Lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics : Et si la RDC faisait de l’expérience Alingete une école de gouvernance ?

Tribune de Gilbert MUHIKA/ Chercheur indépendant en gouvernance publique et partenariats stratégiques

Deux faits me poussent à poser cette question et interpeller les décideurs à faire du mandat de Jules Alingete à la tête de l’Inspection générale des finances (IGF), une école de bonne gouvernance. C’est d’abord la publication récente, à Londres, d’un ouvrage universitaire consacré à la lutte contre la corruption en Afrique subsaharienne dans lequel les auteurs y consacrent un chapitre entier à l’expérience congolaise menée entre 2020 et 2025 et présentent Jules Alingete comme l’une des figures marquantes de cette période.

Ensuite, c’est le récent sondage réalisé par Les Points dont 89,6% des personnes sondées saluent son passage à l’IGF.

En effet, au-delà de l’hommage rendu à un homme, la reconnaissance internationale du travail de l’ancien inspecteur général des finances chef de service nous interpelle sur une question fondamentale : que faisons-nous, en République démocratique du Congo, des expériences qui ont marqué notre administration publique ?

Notre pays a souvent vu naître des réformes ambitieuses qui, malheureusement, se sont essoufflées avec le départ de leurs initiateurs. Pourtant, une réforme ne devrait jamais dépendre d’une seule personnalité. Lorsqu’elle produit des résultats, elle mérite d’être étudiée, documentée, discutée et transmise afin de devenir un patrimoine institutionnel.

C’est pourquoi je pense que le moment est venu d’engager une réflexion nationale sur la création d’un Centre congolais de réflexion sur la gouvernance, l’intégrité publique et la performance de l’État.

Il ne s’agirait ni d’un instrument de célébration, ni d’un espace de promotion personnelle. Il s’agirait d’un laboratoire d’idées où universitaires, magistrats, inspecteurs des finances, économistes, juristes, gestionnaires publics et acteurs du secteur privé pourraient analyser, avec indépendance et esprit critique, les pratiques qui ont contribué à renforcer la gouvernance publique en RDC.

L’expérience de l’Inspection générale des finances durant les années 2020-2025 pourrait naturellement constituer l’un des premiers objets d’étude. Ses succès comme ses limites méritent d’être analysés avec méthode. C’est ainsi que se construit une véritable culture de l’amélioration continue.

Les travaux de ce centre pourraient porter sur l’audit de performance, le contrôle des finances publiques, la gouvernance des entreprises publiques, la digitalisation des procédures, la prévention de la corruption, la gestion des risques, l’éthique administrative, le leadership public et l’évaluation des politiques publiques.

À terme, cette initiative pourrait donner naissance à une École congolaise de la gouvernance, capable de former les futurs dirigeants publics, de produire des recherches de qualité et de proposer des solutions adaptées aux réalités de notre pays.

L’enjeu dépasse largement une personne. Il concerne notre capacité collective à transformer des expériences administratives en connaissances, des pratiques en méthodes et des réformes en institutions durables.

Les grandes nations bâtissent leur avenir en capitalisant leurs réussites. Elles ne laissent pas leurs meilleures expériences disparaître avec les générations qui les ont portées. Elles les enseignent, les enrichissent et les transmettent.

Si des chercheurs étrangers jugent aujourd’hui l’expérience congolaise suffisamment significative pour en faire un objet d’étude, nous avons sans doute le devoir de nous en saisir, avec lucidité et exigence, pour construire une doctrine congolaise de la gouvernance publique.

Au fond, la véritable question n’est pas de savoir si Jules Alingete a marqué son époque. L’histoire en décidera. La véritable question est de savoir si la République démocratique du Congo saura transformer cette expérience, parmi d’autres, en un héritage institutionnel utile aux générations futures.

C’est à cette condition que les réformes cessent d’être des parenthèses pour devenir les fondations d’un État plus fort, plus transparent et plus performant.

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