Concours des mandataires publics : Une réforme historique, à condition d’aller jusqu’au bout

Par Gilbert MUHIKA MUDIKAKA/Analyste politique

La décision du Gouvernement de la République de recruter désormais les mandataires des entreprises publiques par voie de concours constitue une évolution majeure dans la gouvernance du portefeuille de l’État. Si elle est menée avec rigueur et transparence, cette réforme pourrait marquer un tournant dans la modernisation de l’administration économique congolaise.

Pendant de nombreuses années, le débat sur les entreprises publiques s’est concentré sur les personnes : qui nommer, qui remplacer, qui maintenir. Aujourd’hui, une autre logique semble émerger : celle de la compétence, du mérite et de l’égalité des chances. Cette évolution mérite d’être saluée.

Cependant, une question essentielle demeure : le concours, à lui seul, suffit-il à transformer les entreprises publiques ? La réponse est non.

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Le concours constitue une excellente porte d’entrée, mais il ne représente que la première étape d’une réforme beaucoup plus ambitieuse. Une gouvernance moderne des entreprises publiques repose sur au moins cinq piliers, à savoir :

Le premier est le mérite, qui garantit que les responsabilités sont confiées aux femmes et aux hommes les plus qualifiés.

Le deuxième est le contrat de performance. Chaque dirigeant devrait recevoir des objectifs clairs, mesurables et compatibles avec les missions de son entreprise. Une nomination ne devrait plus être perçue comme une récompense, mais comme un engagement à produire des résultats.

Le troisième pilier est l’évaluation indépendante. Les performances des dirigeants devraient être appréciées régulièrement sur la base d’indicateurs objectifs : qualité du service rendu, santé financière de l’entreprise, investissements réalisés, gouvernance interne, innovation, satisfaction des usagers et contribution au développement national.

Le quatrième pilier est la stabilité de la gouvernance. Les dirigeants qui atteignent leurs objectifs doivent pouvoir travailler dans la durée. À l’inverse, ceux qui ne remplissent pas leur mission doivent être remplacés selon des procédures transparentes et prévisibles.

Enfin, le cinquième pilier est la reddition des comptes. Les entreprises publiques gèrent des ressources appartenant à la Nation. Elles doivent donc rendre compte régulièrement de leurs performances aux autorités compétentes et aux citoyens, dans le respect des règles de gouvernance.

Au fond, le véritable enjeu n’est pas seulement de changer la manière de désigner les dirigeants. Il est de changer la manière de gérer les entreprises publiques.

La République démocratique du Congo dispose d’entreprises stratégiques dans les secteurs de l’énergie, des transports, de l’eau, des infrastructures et des services publics. Leur performance influencera directement la compétitivité de l’économie nationale, l’attractivité du pays pour les investisseurs et l’amélioration des conditions de vie de la population.

Le concours constitue donc un signal fort. Il traduit une volonté de renforcer la place du mérite dans la gestion publique.

Mais le succès de cette réforme sera jugé non pas au jour des nominations, mais dans quelques années, à travers les résultats obtenus par les entreprises concernées.

La véritable réforme ne consiste pas seulement à choisir les meilleurs dirigeants.

Elle consiste à créer un système où les meilleurs peuvent réussir, être évalués objectivement et rendre compte de leur action.

C’est à cette condition que les entreprises publiques deviendront de véritables moteurs du développement économique et de la souveraineté nationale.

En définitive, la RDC ne gagnera pas seulement avec de meilleurs dirigeants. Elle gagnera surtout avec une meilleure gouvernance.

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