Tribune de Gilbert MUHIKA MUDIKAKA/Analyste des politiques publiques et des stratégies de développement.
Les récentes déclarations du Vice-Premier ministre, ministre du Budget, sur le faible niveau d’endettement de la République démocratique du Congo, comparativement à certains pays africains comme le Sénégal, méritent une explication accessible à tous. Car, derrière les chiffres, se cache une réalité économique que les Congolais doivent comprendre pour éviter toute interprétation erronée.
Première vérité : la RDC est relativement peu endettée, mais elle n’est pas sans dette.
Lorsque le ministre affirme que la dette congolaise représente une faible proportion du produit intérieur brut (PIB), il évoque un indicateur économique important. Le PIB représente la valeur des richesses produites annuellement dans un pays. Le ratio dette/PIB permet donc d’apprécier le poids de la dette par rapport à la taille de son économie.
Avec une dette publique estimée autour de 20 % du PIB, la RDC présente effectivement un niveau d’endettement relativement modéré. Mais attention : cela ne signifie ni que le pays n’a pas de dette extérieure, ni que les caisses de l’État sont suffisamment garnies pour répondre aux besoins de la population.
Deuxième vérité : un pays peut être peu endetté et rester confronté à de grandes difficultés économiques
Prenons un exemple simple. Deux personnes possèdent chacune une maison de grande valeur. La première n’a presque aucune dette, mais dispose de très faibles revenus. La seconde a contracté un emprunt important pour développer une activité rentable qui lui procure régulièrement des ressources.
Peut-on affirmer que la première est nécessairement dans une meilleure situation financière ? Pas forcément.
Il en va de même pour les États. La RDC possède d’immenses richesses minières, énergétiques, forestières et agricoles. Pourtant, ces richesses ne se traduisent pas automatiquement en recettes budgétaires, en routes, en électricité, en emplois ou en amélioration du pouvoir d’achat.
Troisième vérité : une faible dette constitue une possibilité de financement, et non une garantie de prospérité
Le constat du ministre peut être interprété comme un signal intéressant : la RDC pourrait disposer d’une certaine marge pour mobiliser des financements supplémentaires.
Mais il serait dangereux d’en conclure que le pays peut emprunter sans limites. La capacité de remboursement dépend aussi des recettes publiques, des intérêts à payer, de la stabilité économique et de la qualité des investissements réalisés.
Un emprunt destiné à construire une centrale électrique, développer l’agriculture ou moderniser un chemin de fer peut contribuer à créer durablement des richesses. À l’inverse, une dette contractée sans résultats économiques ou sociaux tangibles risque de devenir une charge pour les générations futures.
Quatrième vérité : la comparaison avec le Sénégal doit être correctement comprise.
Comparer les niveaux d’endettement des pays peut être instructif, à condition de comparer les mêmes catégories de dette : dette extérieure, dette intérieure ou dette publique totale.
Un pays davantage endetté n’est pas automatiquement moins développé, tout comme un pays faiblement endetté n’est pas nécessairement mieux administré économiquement.
Ce qui compte, c’est notamment la capacité à rembourser, le coût des emprunts et l’utilisation des ressources mobilisées.
La grande leçon pour la RDC
Le véritable débat économique ne devrait donc pas se limiter à savoir si notre dette représente 20 %, 50 % ou 100 % du PIB.
Il devrait surtout porter sur trois questions essentielles :
Combien de richesses produites au Congo entrent réellement dans les caisses de l’État ? Comment utilisons-nous nos ressources financières ? Et quels investissements préparons-nous pour les générations futures ?
La RDC doit simultanément améliorer la mobilisation de ses recettes fiscales, lutter contre les pertes de ressources publiques et rechercher des financements productifs, rigoureusement contrôlés.
Elle doit notamment transformer son potentiel énergétique, développer ses infrastructures, industrialiser son économie et former sa jeunesse.
En définitive
Les propos du Vice-Premier ministre ne devraient être interprétés ni comme l’annonce d’une économie congolaise déjà prospère, ni comme une invitation à s’endetter inconsidérément.
Ils mettent plutôt en lumière un indicateur favorable qui mérite d’être replacé dans une vision plus large du développement national.
La véritable réussite économique du Congo ne sera pas d’être simplement un pays peu endetté, mais de devenir un pays capable de transformer ses richesses et ses financements en emplois, en infrastructures et en bien-être pour sa population.
Car, en définitive, ce n’est pas seulement le montant de la dette qui détermine l’avenir d’une nation, mais surtout ce qu’elle fait de ses ressources et de l’argent qu’elle emprunte.



