Afrique : nos richesses valent aussi celles des autres

Tribune de Gilbert MUHIKA MUDIKAKA.

Une comparaison entre l’huile d’olive et l’huile de palme rouge peut paraître banale. Pourtant, elle pose une question fondamentale : pourquoi l’Afrique valorise-t-elle si facilement les produits venus d’ailleurs et si difficilement ses propres richesses ?

L’huile d’olive et le vin de raisin appartiennent à l’histoire et à l’environnement culturel dans lesquels le christianisme est né. Leur présence dans les Écritures leur a donné une forte dimension symbolique. Mais cette dimension religieuse ne signifie nullement que les produits africains seraient inférieurs.

Le véritable enseignement est ailleurs : les peuples qui savent donner de la valeur à leurs produits finissent aussi par créer autour d’eux une économie. Derrière l’huile d’olive se trouvent des plantations, des industries, des marques, des emplois, des exportations et un puissant marketing international.

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Et nous ?

Prenons simplement le palmier. Nous en tirons l’huile de palme rouge, l’huile de palmiste, des savons et des produits cosmétiques. Ses feuilles, ses fibres, ses noyaux et d’autres résidus peuvent être valorisés. Sa sève donne le vin de palme. Autrement dit, presque rien ne devrait se perdre.

Pourtant, nous continuons trop souvent à vendre nos richesses avec peu de transformation, peu d’emballage, peu de recherche, peu de marques fortes et donc peu de valeur ajoutée.

Le problème n’est donc pas l’huile d’olive. Le problème est notre incapacité à faire de l’huile de palme ce que d’autres ont réussi à faire de l’huile d’olive. Le problème n’est pas davantage le vin de raisin : c’est notre difficulté à transformer nos propres produits traditionnels en filières modernes, normalisées et compétitives.

L’Afrique ne se développera pas en rejetant ce qui vient d’ailleurs. Elle se développera lorsqu’elle cessera de considérer que ce qui vient d’ailleurs vaut nécessairement mieux que ce qu’elle possède.

Nos ressources doivent devenir des produits. Nos produits doivent devenir des marques. Nos marques doivent devenir des industries. Et nos industries doivent créer des emplois et de la richesse chez nous.

Voilà peut-être l’une des batailles silencieuses de la véritable indépendance économique africaine.

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