Par Gilbert MUHIKA MUDIKAKA.
Le débat suscité par les chiffres relatifs à l’exécution du budget 2025 mérite de la sérénité. Les montants évoqués sont importants et certaines anomalies appellent incontestablement des explications. Mais anomalie budgétaire ne signifie pas automatiquement détournement, pas plus qu’un paiement hors chaîne ne constitue, à lui seul, la preuve d’une malversation. Le document qui alimente aujourd’hui la controverse le reconnaît d’ailleurs explicitement.
Il faut surtout comprendre que le FMI et la Cour des comptes ne regardent pas exactement les finances publiques avec les mêmes lunettes. Le FMI apprécie notamment les grands équilibres macroéconomiques : croissance, inflation, réserves, dette et déficit. Sur plusieurs de ces indicateurs, la RDC affichait des résultats favorables. La Cour des comptes, elle, descend davantage dans la mécanique de l’exécution budgétaire : respect des crédits, procédures, traçabilité et conformité de la dépense.
Ainsi, une économie peut préserver certains équilibres macroéconomiques tout en présentant de sérieuses faiblesses dans la gestion quotidienne de ses finances publiques. Les deux constats peuvent donc être vrais simultanément. D’ailleurs, lorsque le FMI qualifiait la performance de « globalement satisfaisante », il relevait déjà que le critère relatif au solde budgétaire intérieur n’avait pas été respecté, notamment en raison de dépenses sécuritaires supérieures aux prévisions.
Dans un pays confronté à une guerre à l’Est et à des impératifs sécuritaires exceptionnels, certaines dépenses urgentes peuvent être compréhensibles. Elles ne dispensent cependant jamais l’État de l’obligation de justification, de traçabilité et de reddition des comptes.
La réponse responsable n’est donc ni de nier les chiffres ni d’annoncer l’effondrement des finances publiques. Elle consiste à rapprocher les données du Trésor, de la Banque centrale et de la Cour des comptes, expliquer publiquement les écarts et régulariser ce qui doit l’être. Le rapport lui-même souligne que certaines données restent à confirmer et que le Gouvernement n’avait pas encore répondu aux observations formulées.
La République n’a rien à gagner à la panique, mais elle n’a rien à gagner non plus à l’opacité. La meilleure manière de rassurer les Congolais et les partenaires du pays reste la vérité des comptes. Une institution forte n’est pas celle qui ne connaît jamais d’anomalies ; c’est celle qui sait les identifier, les expliquer et les corriger.



