Chose promise, chose due. En janvier dernier, le vice-premier ministre, ministre de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, et le Directeur Général de la Caisse d’épargne et de développement du Congo (Cadeco), Célestin Mukeba Muntuabu, avaient posé les bases d’un partenariat destiné à apporter une réponse à l’une des difficultés persistantes de la bancarisation de la paie : l’accès au salaire pour les Agents publics affectés dans les territoires faiblement ou non couverts par les banques commerciales.
Quelques mois plus tard, cette ambition franchit une étape décisive. La Fonction Publique et la Cadeco passent des discussions à l’action, avec la signature d’un protocole d’accord qui consacre l’intégration de cette institution financière publique parmi les opérateurs appelés à intervenir dans la paie des Agents publics de l’État.
De l’engagement de janvier à la concrétisation
Le 27 janvier 2026, à Kinshasa, Jean-Pierre Lihau et Célestin Mukeba Muntuabu avaient tenu une séance de travail stratégique autour d’une préoccupation précise : comment rapprocher la paie des fonctionnaires qui servent l’État dans le Congo profond ?
Le diagnostic était connu. Malgré les avancées enregistrées depuis la mise en œuvre de la bancarisation de la paie, la faible présence des banques commerciales dans certaines parties du territoire national continue de créer des difficultés.
Dans plusieurs zones enclavées, accéder à son salaire peut encore signifier parcourir de longues distances, supporter des frais de déplacement importants et parfois s’absenter plusieurs jours de son poste d’affectation pour rejoindre un centre disposant de services bancaires.
Face à cette réalité, le Gouvernement entend désormais tirer parti du maillage territorial de la Cadeco pour renforcer le dispositif existant.
La Cadeco devient opérateur de paie
Le protocole conclu avec la Fonction Publique permet désormais à la Cadeco d’intégrer le dispositif de bancarisation comme opérateur de paie, aux côtés des autres établissements bancaires.
Il ne s’agit donc pas de remplacer les banques qui participent déjà à la paie des fonctionnaires. L’approche est complémentaire : aller là où les mécanismes actuels atteignent leurs limites et rapprocher davantage le service bancaire des Agents publics.
La Cadeco dispose, à cet égard, d’un avantage considérable. Selon son Directeur Général, elle est présente dans 144 territoires et 25 provinces, représentant une couverture estimée à près de 80 % du territoire national.
Dans un pays aux dimensions continentales comme la République Démocratique du Congo, ce maillage constitue un levier important pour atteindre progressivement des milliers d’Agents publics qui exercent loin des principaux centres urbains.
Derrière la bancarisation, une question de justice sociale
Pour Jean-Pierre Lihau, la question dépasse largement le simple mécanisme bancaire. Elle touche à la dignité de l’Agent public et à l’effectivité d’un droit fondamental attaché au travail accompli.
« Le salaire est un droit, et non un cadeau ou un privilège accordé par l’État au fonctionnaire », rappelle le Vice-Premier Ministre.
Cette conception implique une responsabilité supplémentaire pour l’État : il ne suffit pas que la rémunération soit mise à disposition. Encore faut-il que son bénéficiaire puisse effectivement y accéder dans des conditions raisonnables.
Car pour un fonctionnaire affecté dans un territoire enclavé, devoir engager une partie de son salaire en frais de transport ou parcourir des centaines de kilomètres simplement pour percevoir sa rémunération constitue une difficulté que la modernisation de la paie doit progressivement permettre de résorber.
Rapprocher la paie de l’Agent, c’est donc aussi rapprocher l’État de celui qui le sert.
Priorité aux zones les moins desservies
La mise en œuvre du partenariat se fera progressivement, à travers une première phase pilote fondée sur une approche de proximité.
L’attention sera notamment portée sur les territoires dans lesquels la Cadeco est déjà opérationnelle et où les difficultés d’accès aux services bancaires sont les plus importantes.
Le Mai-Ndombe figure parmi les zones nécessitant une attention particulière. À Inongo notamment, la faiblesse de l’offre bancaire constitue une contrainte importante alors que la ville représente un point de convergence pour plusieurs territoires.
D’autres provinces confrontées à des réalités comparables, notamment la Tshuapa, la Mongala, le Haut-Lomami et le Lomami, devront également faire l’objet d’une attention particulière.
Le Comité de suivi aura ainsi la responsabilité d’établir les priorités, d’identifier les zones où les besoins sont les plus pressants et d’accompagner progressivement le déploiement du nouveau dispositif.
Faire de la géographie un obstacle de moins
À travers ce partenariat, le Gouvernement s’attaque à l’un des paradoxes de la paie dans un pays aussi vaste que la RDC : servir l’État dans les zones les plus reculées ne devrait pas rendre plus difficile l’accès à la rémunération due par ce même État.
L’intégration de la Cadeco au dispositif poursuit ainsi un objectif concret : faire en sorte que la distance entre le lieu d’affectation d’un Agent public et une agence bancaire ne soit plus un obstacle à l’exercice de son droit au salaire.
En janvier, les bases avaient été posées. Aujourd’hui, le mécanisme prend corps.
À la Cadeco désormais de capitaliser sur sa vocation de banque publique de proximité et sur son implantation territoriale pour contribuer à relever ce défi.
« Vous êtes donc investis d’une mission importante », a souligné Jean-Pierre Lihau.
Une mission à la fois bancaire, administrative et profondément sociale : faire parvenir la paie au plus près de ceux qui servent la République, jusque dans le Congo profond.




