« La solidarité ne doit pas être une réaction ponctuelle face à une crise, mais une valeur permanente de notre société ». C’est dans cet esprit que la ministre d’État, ministre des Affaires sociales, de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale, Eve Bazaïba Masudi, a annoncé le lancement, le 25 août prochain, d’une campagne permanente de solidarité nationale en République démocratique du Congo. Une initiative qui vise à mobiliser la société congolaise en faveur de plus de 15 millions de personnes en situation de vulnérabilité, tout en contribuant à lutter contre l’indifférence sociale.
C’était à l’occasion du briefing presse, exercice de recevabilité du Gouvernement, organisé ce jeudi 13 août 2026 au studio Maman Angebi de la RTNC. Coanimant cette rencontre avec le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, Eve Bazaïba a présenté les contours d’une campagne appelée à s’inscrire dans la durée.
Plus de 15 millions de Congolais en situation de vulnérabilité
Selon la ministre d’État, plus de 15 millions de personnes sont actuellement en situation de vulnérabilité en RDC. Une situation qu’elle relie notamment aux conflits armés, aux épidémies, aux catastrophes naturelles et aux effets des changements climatiques.
Les conflits armés représenteraient environ 60 % des situations de vulnérabilité, tandis que les épidémies en constitueraient près de 25 %, le reste étant notamment lié aux catastrophes naturelles et aux aléas climatiques.
Face à cette situation, le Gouvernement entend renforcer les efforts de l’État et de ses partenaires humanitaires par une mobilisation accrue des ressources nationales.
« La campagne sera lancée le 25 août, mais elle aura désormais un caractère permanent », a insisté Ève Bazaïba expliquant que l’objectif est de permettre aux Congolais, mais également aux personnes morales, entreprises, organisations et membres de la diaspora, de contribuer selon leurs moyens. Cette contribution pourra prendre la forme d’un appui financier, de biens, de compétences ou encore de temps consacré au volontariat.
Transparence et traçabilité au cœur du dispositif
L’un des principaux enjeux de cette campagne reste la gestion des ressources qui seront mobilisées.
Eve Bazaïba a ainsi insisté sur la nécessité de mettre en place des mécanismes permettant de garantir la transparence, la traçabilité et le suivi des contributions.
La Caisse de solidarité nationale, ainsi que les structures compétentes du ministère des Affaires sociales et de l’Action humanitaire, seront mises à contribution pour la collecte et la gestion des ressources.
Un comité de pilotage est également annoncé. Il devra notamment définir les orientations, évaluer régulièrement les ressources mobilisées et déterminer les priorités en fonction de l’évolution des besoins humanitaires.
La ministre a, par ailleurs, évoqué la traçabilité numérique, qui devrait permettre d’améliorer le suivi des contributions et leur affectation.
Déplacés, enfants de la rue, personnes âgées : les principales cibles
La campagne devrait concerner plusieurs catégories de personnes en situation de vulnérabilité, notamment les déplacés internes, réfugiés, personnes âgées, orphelins, indigents, enfants vivant dans la rue et victimes de catastrophes naturelles.
S’agissant particulièrement des enfants vivant dans la rue, Ève Bazaïba privilégie une approche axée sur la réinsertion sociale, à travers l’encadrement, le rattrapage scolaire et, lorsque cela s’avère nécessaire, la formation professionnelle.
L’ambition est de passer progressivement d’une logique d’assistance à une politique de réintégration sociale et d’autonomisation.
Retour des déplacés : miser sur des solutions durables
La ministre d’État a également évoqué le retour volontaire, sécurisé et digne des personnes déplacées comme l’un des indicateurs permettant de mesurer les résultats de l’action humanitaire.
La réhabilitation des infrastructures de base, notamment les écoles, centres de santé, points d’eau et logements, devra accompagner ce processus afin de favoriser un retour durable et d’éviter de nouveaux déplacements.
Baisse de l’aide humanitaire internationale
Eve Bazaïba a également fait état de la réduction de certains financements humanitaires internationaux, une situation qui impose, selon elle, à la RDC de développer des mécanismes complémentaires de mobilisation des ressources.
La solidarité nationale ne doit toutefois pas être comprise comme un désengagement de l’État, mais comme un mécanisme complémentaire destiné à renforcer les efforts publics et ceux des partenaires humanitaires.
Entreprises, diaspora et médias appelés à jouer leur partition
Pour assurer la réussite de cette campagne, la ministre mise également sur l’implication du secteur privé, des fondations, de la société civile et de la diaspora congolaise.
Les entreprises sont appelées à renforcer leur engagement dans les actions sociales, tandis que les médias devront contribuer à la sensibilisation, à l’information et à la mobilisation de la population.
Pour Eve Bazaïba, la solidarité ne doit cependant pas se limiter à l’argent ou aux biens matériels. Elle peut également prendre la forme du volontariat, du don de compétences, de l’accompagnement social et de l’engagement citoyen.
Combattre l’indifférence sociale
Au-delà de l’aspect humanitaire, la campagne vise également à lutter contre ce que la ministre considère comme une progression de l’indifférence sociale.
Elle a appelé les Congolais à renouer avec les valeurs d’entraide, de compassion et de solidarité, notamment dans les rapports entre citoyens et sur les réseaux sociaux.
Pour Eve Bazaïba, cette solidarité doit dépasser les clivages politiques, tribaux et communautaires et devenir une valeur commune.
Le défi des résultats
Le 25 août marquera donc le début d’une campagne que le Gouvernement veut inscrire dans la durée.
Mais au-delà de l’annonce, le véritable défi sera celui de l’efficacité et des résultats : ressources mobilisées, bénéficiaires ciblés, mécanismes de contrôle et impact concret sur le quotidien des personnes vulnérables.
La crédibilité de cette initiative dépendra ainsi de la capacité des autorités à garantir une gestion transparente des ressources, une traçabilité effective des contributions et une évaluation régulière des résultats sur le terrain.
Avec plus de 15 millions de personnes en situation de vulnérabilité, la RDC fait face à un défi humanitaire de grande ampleur. À travers cette campagne, Ève Bazaïba entend faire de la solidarité nationale non plus une réponse occasionnelle aux crises, mais un réflexe collectif et permanent contre l’indifférence sociale.




