Par Gilbert MUHIKA MUDIKAKA/Analyste politique.
Quelque chose semble bouger sur l’échiquier politique congolais. Car, depuis quelques jours, le nom d’Olivier Kamitatu revient avec insistance dans l’actualité. La restitution de son passeport et les informations circulant autour d’un éventuel retour au pays suscitent commentaires, interrogations et, déjà, quelques procès d’intention.
Mais il faut pourtant éviter d’aller plus vite que les faits d’autant plus qu’à ce stade, rien ne permet d’affirmer avec certitude l’existence d’un accord politique entre Olivier Kamitatu et le pouvoir de Kinshasa. Mais si les gestes observés annoncent effectivement une politique de décrispation et s’inscrivent dans la perspective des concertations nationales, alors il faut avoir le courage de le dire : c’est une bonne nouvelle pour la République.
Le Congo a besoin de retrouver ses fils
La RDC traverse l’une de ces périodes où l’intérêt supérieur de la Nation devrait momentanément dépasser les calculs des états-majors politiques.
Une partie du territoire national demeure confrontée à une grave crise sécuritaire. Les tensions régionales restent préoccupantes. Les défis économiques et sociaux sont considérables. Dans pareil contexte, continuer à approfondir les fractures entre Congolais serait difficilement compréhensible.
Le dialogue ne signifie pourtant ni la disparition de l’opposition ni l’effacement des responsabilités du pouvoir. Il signifie simplement qu’il existe des circonstances où une Nation doit être capable de placer quelques intérêts fondamentaux au-dessus de ses divisions : l’intégrité du territoire, la souveraineté nationale, la paix et la survie de l’État. C’est autour de cela que les Congolais doivent pouvoir se retrouver.
Kamitatu : un symbole qui dépasse l’homme
Olivier Kamitatu n’est pas un nouveau venu dans les grandes séquences politiques de notre pays.
Ancien président de l’Assemblée nationale de transition, acteur du Dialogue intercongolais et personnalité ayant traversé plusieurs périodes importantes de l’histoire politique récente, son éventuel retour au pays aurait nécessairement une portée dépassant sa situation personnelle.
Mais il faudrait précisément éviter de réduire ce retour éventuel à la question de savoir s’il rejoint ou non le pouvoir. Cette vieille manière congolaise d’interpréter chaque rapprochement comme un « ralliement », chaque discussion comme un « débauchage » et chaque compromis comme une « trahison » finit par rendre presque impossible la construction d’un consensus national.
On peut parler au Président de la République sans devenir membre de sa majorité. On peut participer à une concertation nationale sans abandonner son appartenance politique. On peut être opposant et considérer néanmoins que, lorsque le territoire national est menacé, certaines questions dépassent la majorité et l’opposition.
La République appartient à tout le monde.
La décrispation doit cependant concerner tout le monde. C’est ici que le pouvoir doit aller jusqu’au bout de la logique. Si l’évolution observée autour d’Olivier Kamitatu traduit effectivement une volonté d’apaisement, celle-ci ne devrait pas rester un acte isolé. Une véritable décrispation politique doit être globale.
Il faut examiner toutes les situations qui entretiennent inutilement les frustrations : opposants en exil, restrictions administratives, contentieux politiques et toutes les autres questions susceptibles d’être réglées dans le respect de la Constitution et des lois de la République.
La décrispation ne devrait jamais apparaître comme une faveur accordée à quelques personnalités. Elle doit progressivement devenir une politique d’État. C’est ainsi seulement que les concertations nationales pourront inspirer confiance. Il ne s’agit pas de fabriquer une unanimité
Personne ne demande que les Congolais pensent désormais de la même manière. La démocratie suppose justement la contradiction. Le pouvoir doit gouverner. L’opposition doit critiquer, proposer une alternative et préparer démocratiquement l’alternance. La société civile doit conserver sa liberté de parole. Mais au-dessus de ces différences doit subsister un socle. Ce socle porte un nom : la Nation congolaise.
Nous pouvons nous diviser sur la fiscalité, les institutions, les politiques économiques, les choix sociaux et même sur la manière dont le pays est gouverné. Mais pouvons-nous réellement être divisés lorsqu’il s’agit de défendre l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo ? La réponse devrait être non.
Il faut donner une chance aux concertations. C’est pourquoi ceux qui voient déjà d’un mauvais œil les premiers signes de rapprochement entre certaines personnalités politiques devraient peut-être attendre avant de condamner.
Juger les concertations avant qu’elles ne commencent serait une erreur. Ce qui devra être jugé, ce sont leur inclusivité, leur sincérité, leur agenda et leurs résultats. Si elles deviennent un simple arrangement politique entre quelques acteurs, elles échoueront. Si elles servent à redistribuer des postes, elles décevront. Mais si elles permettent aux différentes sensibilités nationales de définir un minimum de consensus sur la paix, la souveraineté, la défense du territoire et l’avenir institutionnel du pays, alors elles auront été utiles à la République.
Et si la situation d’Olivier Kamitatu constitue l’un des premiers signes de cette décrispation, nous devons savoir reconnaître que quelque chose de positif est peut-être en train de commencer. Car le véritable enjeu n’est finalement pas le retour d’un homme. C’est le retour du dialogue entre Congolais.
Et dans les circonstances que traverse notre pays, savoir se retrouver autour de la République n’est ni une compromission ni une faiblesse. C’est peut-être, aujourd’hui, l’une des formes les plus élevées du patriotisme.




