Par Héritier Kazadi.
La barre symbolique des 200 civils tués pourrait désormais être franchie dans la chefferie des Babila-Babombi, en territoire de Mambasa. Une nouvelle attaque survenue dans la nuit du 7 au 8 août à Banana École a fait au moins 13 morts, selon des sources locales. Un bilan encore provisoire qui illustre la persistance des violences attribuées aux ADF dans cette partie de l’Ituri.
Le territoire de Mambasa continue de payer un lourd tribut à l’insécurité. Depuis le début de l’année 2026, plusieurs villages et zones d’exploitation minière ont été attaqués, avec des civils tués, d’autres enlevés, ainsi que des habitations et des biens incendiés ou pillés.
Fin juillet, la Société civile de la chefferie des Babila-Babombi faisait état de plus de 190 civils tués depuis janvier dans cette seule entité, dans des attaques attribuées aux ADF. À ce bilan s’ajoutent les victimes de la dernière attaque de Banana École.
Dans la nuit du 7 au 8 août, au moins 13 personnes ont été tuées dans cette localité située à une vingtaine de kilomètres de Mambasa-centre, sur l’axe Mambasa-Kisangani. Plusieurs habitants restent portés disparus, selon les mêmes sources. Des boutiques auraient été incendiées, ainsi que deux véhicules de marque Actros et trois motos.
Une spirale meurtrière depuis mars
Si les violences étaient déjà signalées avant mars, leur intensification au cours de ce mois a marqué un nouveau tournant dans la situation sécuritaire de Mambasa. Les attaques contre les sites miniers de Muchacha, puis contre Babesua, où 19 morts avaient été rapportés, ont été suivies de plusieurs incursions et enlèvements dans différentes localités.
En avril, Bafwakoa a notamment été frappé par une attaque particulièrement meurtrière. Le bilan, initialement évalué à 11 morts, avait ensuite été revu à la hausse jusqu’à 32 victimes selon plusieurs sources. D’autres incursions ont également été rapportées à Mambasa-centre et Makoko-Quartuma.
Les mois de mai et juin n’ont pas inversé la tendance. Biakato, Makumo, Mabuo, Alima, Manyama, mais aussi les sites miniers de Tepe, Pangoy et Itembo ont été concernés par des attaques, enlèvements ou actes de pillage rapportés localement.
En juillet, la situation s’est de nouveau aggravée. Au moins 32 civils ont été tués en 72 heures dans plusieurs attaques attribuées aux ADF, selon un bilan rapporté par Radio Okapi. Une succession d’événements qui a provoqué de nouveaux déplacements et renforcé la peur au sein de la population.
Plus de 200 morts : un chiffre à prendre avec prudence
Le dépassement de la barre des 200 morts doit néanmoins être présenté avec prudence. Il s’agit d’une compilation de bilans communiqués par différentes sources locales, dont les méthodes de comptabilisation et les périodes couvertes peuvent varier.
Certaines victimes ne sont identifiées qu’après plusieurs jours, tandis que d’autres personnes restent portées disparues. Les bilans peuvent donc évoluer au fil des recherches et de la découverte de nouveaux corps.
Cette difficulté statistique ne remet cependant pas en cause la réalité de la violence : depuis plusieurs mois, les populations civiles de Mambasa sont confrontées à une succession d’attaques meurtrières et d’enlèvements.
La protection des civils au cœur des préoccupations
Face à cette situation, la société civile appelle les autorités à renforcer la sécurisation des zones affectées et à intensifier les opérations des FARDC, en collaboration avec l’UPDF, afin de réduire la capacité de nuisance des groupes armés et de mieux protéger les populations.
Au-delà des opérations militaires, les acteurs locaux insistent également sur la nécessité de sécuriser les axes routiers, les zones minières et les localités exposées aux incursions.
Alors que Mambasa entre dans le second semestre de l’année sous une forte pression sécuritaire, la multiplication des attaques attribuées aux ADF pose une nouvelle fois la question de l’efficacité de la protection des civils dans les zones rurales de l’Ituri.
À Mambasa, le défi n’est donc plus seulement de compter les victimes après chaque attaque. Il est désormais de parvenir à empêcher que la prochaine liste de morts ne vienne encore allonger un bilan déjà particulièrement lourd.




