Page d’histoire série II (Les premiers ministres de Mobutu) : Général Léonard Mulamba, « Le soldat de la transition »

Gilbert MUHIKA/Analyste politique.

Premier ministre du 25 novembre 1965 au 26 octobre 1966

1. Un militaire pour ouvrir le nouveau régime

Le 24 novembre 1965, le lieutenant-général Joseph-Désiré Mobutu renverse le président Joseph Kasa-Vubu et met fin à la longue crise institutionnelle qui opposait la Présidence au Gouvernement.

Dès le 25 novembre 1965, Léonard Mulamba, alors chef d’état-major de l’Armée nationale congolaise et l’un des officiers les plus prestigieux du pays, devient premier ministre.

Son choix n’est pas anodin. Mulamba est avant tout un soldat, auréolé du rôle qu’il a joué dans les opérations militaires contre les rébellions de 1964. Il possède une réelle réputation au sein de l’armée mais ne dispose ni d’un parti politique ni d’une base politique susceptible de concurrencer immédiatement Mobutu.

Le nouveau pouvoir présente encore une apparence institutionnelle classique : Mobutu est Chef de l’État ; Mulamba est Chef du Gouvernement. Mais cette architecture ne durera que onze mois.

2. Onze mois de consolidation du nouveau pouvoir

La mission de Mulamba se déroule dans une période extrêmement sensible.

Le nouveau régime doit rétablir l’autorité de l’État, remettre en ordre une administration désorganisée par plusieurs années de crises et surtout rétablir la discipline dans un pays où différentes forces militaires demeurent difficiles à contrôler.

Mulamba dirige donc essentiellement un gouvernement de transition et de stabilisation. Mais, progressivement, le véritable centre du pouvoir se déplace vers la Présidence.

Mobutu consolide son autorité sur l’armée, l’administration et les institutions. Le premier ministre demeure Chef du Gouvernement, mais l’impulsion politique essentielle vient de plus en plus directement du Chef de l’État.

C’est dans ce contexte que survient, en 1966, une crise qui va précipiter la fin de Mulamba.

3. Kisangani : la crise qui précipite sa chute

Durant l’été 1966, Kisangani — encore récemment appelée Stanleyville — connaît une grave mutinerie impliquant notamment d’anciens gendarmes katangais intégrés dans les forces armées.

Mulamba est directement impliqué dans les efforts destinés à résoudre la crise. En août 1966, il se rend à Kisangani avant de regagner Kinshasa pour faire rapport à Mobutu sur les négociations engagées avec les militaires mutinés.

Mais sa manière de gérer la crise suscite des critiques au sein du haut commandement militaire. Il lui est notamment reproché une attitude jugée trop conciliante, voire trop hésitante, envers les anciens gendarmes katangais. C’est ici que se trouve la cause immédiate de son éviction.

Le 26 octobre 1966, sous la pression d’une partie du haut commandement et après les critiques suscitées par sa gestion de la mutinerie, Mobutu démet Léonard Mulamba de ses fonctions. Mais l’affaire de Kisangani n’explique pas tout.

4. 26 octobre 1966 : derrière le limogeage, la fin du bicéphalisme

La véritable portée politique de la décision apparaît immédiatement après le départ de Mulamba.

Mobutu ne nomme pas un autre premier ministre. Il supprime le poste.

C’est ce détail qui permet de comprendre que le problème dépassait la personne de Léonard Mulamba.

Le pouvoir explique alors publiquement que l’existence simultanée d’un Chef de l’État et d’un Chef du Gouvernement crée un « bicéphalisme » de l’exécutif, considéré comme une source de lenteur et de lourdeur dans la conduite des affaires publiques.

À partir du 26 octobre 1966, Mobutu cumule donc de fait les fonctions de Chef de l’État et de Chef du Gouvernement.

Le limogeage de Mulamba doit ainsi être lu à deux niveaux :

La cause immédiate : les critiques du haut commandement concernant sa gestion de la mutinerie de Kisangani et son attitude jugée trop conciliante envers les anciens gendarmes katangais.

La cause politique de fond : la volonté de Mobutu de mettre fin au partage institutionnel du pouvoir exécutif et de concentrer progressivement la décision autour de la Présidence.

Mulamba n’est donc pas simplement remplacé. Sa fonction disparaît avec lui. Et c’est probablement là l’événement historique le plus important de son départ.

5. Ce que révèle l’épisode Mulamba

Léonard Mulamba aura dirigé le Gouvernement pendant onze mois, du 25 novembre 1965 au 26 octobre 1966.

Son passage à la Primature correspond à une phase très particulière du régime : celle où Mobutu, tout juste arrivé au pouvoir, conserve encore autour de lui certaines structures héritées du régime précédent.

Mulamba sert à assurer la transition. Mais dès que le pouvoir présidentiel se consolide, la fonction de premier ministre devient, aux yeux de Mobutu, moins nécessaire — et potentiellement encombrante. Le poste restera ainsi supprimé pendant plus de dix ans.

Ce n’est que le 6 juillet 1977 que Mobutu rétablira une fonction équivalente, sous une autre appellation : celle de premier commissaire d’État, confiée à Mpinga Kasenda.

Héritage

Léonard Mulamba restera donc dans l’histoire comme le premier et le dernier premier ministre de la première phase du régime Mobutu.

Son départ marque surtout une étape fondamentale dans la construction du système politique mobutiste : le passage d’un exécutif encore formellement partagé à un pouvoir progressivement concentré entre les mains du Chef de l’État.

La leçon de Mulamba

Mulamba est entré à la Primature pour accompagner l’installation du nouveau régime. Il en est sorti lorsque Mobutu a estimé que le nouveau régime n’avait plus besoin de deux têtes.

La mutinerie de Kisangani fut le déclencheur.

La concentration du pouvoir fut la logique de fond.

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