Page d’histoire (série II de premiers ministres de Mobutu) : Du Général Mulamba au Général Likulia, 13 hommes à l’ombre du Maréchal

Par Gilbert MUHIKA/Analyste politique.

Vous avez lu la série I et vous avez découvert ces hommes de l’ombre qui tenaient la sécurité du Maréchal : Nendaka, Singa, Mokolo, Bolozi, Baramoto, Nzimbi… Mais qui tenait le Gouvernement ?

Entre 1965 et 1997, Mobutu a nommé 13 Premiers ministres. Certains étaient des généraux. D’autres des professeurs. Un seul était son adversaire déclaré.  Tous avaient le même titre. Aucun n’avait le même pouvoir.  Un seul commandait : Mobutu.

Pourquoi cette Série II ? Parce que comprendre le zaïrianisme, c’est comprendre ce poste impossible.  Parce que la crise de 1990-1997 s’explique par ce bras de fer permanent entre le Palais et la Primature.  Parce que Kengo, Tshisekedi, Birindwa, Likulia… ces noms résonnent encore aujourd’hui.

Dans cette Série II, vous allez lire :

1. Comment Mobutu utilisait ses Premiers ministres : fusible, technicien ou otage.  

2. Pourquoi il a supprimé le poste pendant 13 ans, puis l’a ressuscité.  

3. Le destin tragique de ceux qui ont cru pouvoir gouverner sans lui.  

La Série II commence …

Introduction : Le poste le plus dangereux du Zaïre

Le 24 novembre 1965, Mobutu prend le pouvoir.  Le 28 novembre 1965, il nomme le Général Léonard Mulamba Premier ministre.  

Le 17 mai 1997, Mobutu quitte le pouvoir. Mais bien avant, le 9 avril 1997, il avait nommé le Général Likulia Bolongo, son dernier Premier ministre.  Entre ces deux généraux, 32 ans d’histoire. 11 autres hommes. 13 nominations. 3 constitutions.  

Le poste de Premier ministre sous Mobutu est un mystère : 

– Créé en 1966 pour rassurer l’Occident : « Le Zaïre a un gouvernement ».  

– Supprimé en 1977 quand Mobutu devient « Guide ». Le MPR gouverne seul.  

– Ressuscité en 1990 sous la pression de la rue et de l’étranger, mais la règle n’a jamais changé : Au Zaïre, il n’y a qu’un seul Chef. Le reste exécute.

La situation générale : Les 4 vies d’un Premier ministre sous Mobutu

Avant de détailler chaque homme, il faut comprendre les 4 périodes qui ont marqué la fonction. Chaque PM a vécu sous l’une de ces logiques.

 1. 1965-1977 : Le PM-Fondateur

_Mulamba_  

Contexte : 

Mobutu installe son régime. Il a besoin d’un soldat pour tenir la maison pendant qu’il construit le MPR.  

Caractéristique : Loyauté militaire absolue. Le PM gère l’intendance. Mobutu fait la politique.  

Sort : Une fois le MPR installé, le poste devient inutile. Mobutu le supprime.

2. 1977-1990 : Le PM n’existe pas

Contexte : 

L’apogée du mobutisme. Parti-État. Guide éclairé.  

Caractéristique : Mobutu est Président, Chef du Gouvernement, Chef du Parti, Chef de l’Armée.  

Conséquence : Quand tout va mal, il n’y a plus de fusible. La crise des années 80 tombe directement sur lui.

3. 1990-1993 : Le PM-Bouclier

_Lunda Bululu, Mulumba Lukoji, Tshisekedi I, Mungul, Tshisekedi II, Birindwa_ 

Contexte : 

Discours de la Baule. Multipartisme imposé. Conférence Nationale Souveraine.  

Caractéristique : Mobutu nomme pour diviser. Un PM « élu » par la CNS, un PM « nommé » par lui. Deux gouvernements.  

Sort : Révocations, dédoublement, chaos. Le poste devient une arme politique.

4. 1993-1997 : Le PM-Barrage

_Kengo wa Dondo, Likulia Bolongo, Tshisekedi III_  

Contexte : 

Le Zaïre s’effondre. Hyperinflation. Guerre à l’Est.  

Caractéristique : Mobutu cherche un dernier rempart. Il rappelle Kengo, technicien réputé. Puis un général pour mourir debout.  

Sort : Impuissance totale. L’AFDL entre à Kinshasa pendant que le PM est en fonction.

Ce qu’il faut retenir globalement :

1. Aucun PM n’a choisi ses ministres clés : Défense, Sécurité, Finances, Affaires étrangères restaient la chasse gardée de Mobutu.  

2. Aucun PM n’a duré 3 ans : La durée moyenne est de 11 mois. Tshisekedi détient le record… de révocations : 

3. Tous les PM ont fini mal : Disgrâce, exil, prison, oubli. Sauf Kengo, qui reviendra 10 ans plus tard.  

Le pouvoir était à Gbadolite. La Primature n’était qu’une salle d’attente.

A bientôt.

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