Après quatre mois de riposte contre la maladie à virus Ebola, la République démocratique du Congo enregistre une amélioration de plusieurs indicateurs épidémiologiques.
Mais « sous contrôle » ne signifie pas « fin de l’épidémie », préviennent les experts. Le suivi des contacts, la surveillance communautaire et les capacités de diagnostic restent au cœur du dispositif.
C’est l’un des principaux messages ressortis du Special briefing presse consacré à l’évolution de la riposte contre la maladie à virus Ebola, tenu mardi 15 septembre 2026 au Studio Mama Angebi, à Kinshasa.
Au cours de cette rencontre, le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a échangé avec le Professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et membre de la Task présidentielle, ainsi qu’avec le Professeur Placide Mbala, directeur de la Recherche, Essais cliniques et Innovation à Africa CDC.
L’exercice visait notamment à faire le point sur l’évolution de la riposte, quatre mois après la déclaration officielle de l’épidémie, mais également à apporter des précisions sur certains termes scientifiques utilisés dans la communication publique.
« Sous contrôle » ne signifie pas « finie »
Depuis le début de la riposte, les autorités et leurs partenaires disent avoir privilégié une communication fondée sur la publication régulière des données relatives aux cas, aux décès, aux guérisons et aux différentes interventions menées sur le terrain.
Face aux réactions suscitées par l’annonce d’une épidémie désormais « sous contrôle », les experts ont insisté sur la nécessité de replacer cette expression dans son véritable contexte épidémiologique.
Une épidémie considérée comme « sous contrôle » signifie que plusieurs paramètres évoluent favorablement et que les mécanismes de riposte permettent de mieux contenir la transmission.
Cela ne signifie donc pas que le virus a disparu ni que la riposte peut prendre fin.
Le suivi des contacts passe de 40 % à plus de 80 %
Présent au briefing après une mission effectuée dans les zones affectées, le Professeur Jean-Jacques Muyembe a partagé plusieurs observations recueillies auprès des équipes engagées sur le terrain.
Il a notamment évoqué des visites dans différentes structures de prise en charge ainsi que des échanges avec les équipes chargées de la coordination de la riposte.
Parmi les avancées citées figure l’amélioration du suivi des contacts. Selon les données présentées au cours du briefing, la proportion de contacts effectivement suivis serait passée d’environ 40 % au début de la riposte à plus de 80 % actuellement.
Pour les experts, cette progression constitue un élément important pour détecter rapidement d’éventuels nouveaux cas et interrompre les chaînes de transmission.
De deux à 24 laboratoires
Les capacités de diagnostic ont également été considérablement renforcées.
Au début de la riposte, le pays disposait de capacités limitées pour effectuer les analyses nécessaires. Certaines opérations impliquaient notamment l’envoi d’échantillons à l’étranger, avec pour conséquence des délais plus longs avant l’obtention des résultats.
Selon les chiffres présentés lors du briefing, le dispositif compte désormais 24 laboratoires, contre deux au début de la riposte.
Cette extension permet de rapprocher les capacités de diagnostic des zones affectées et de réduire les délais nécessaires à la confirmation ou à l’exclusion des cas suspects.
Autre indicateur cité : le taux de positivité des échantillons. Celui-ci serait passé d’environ 60 % au début de l’épidémie à près de 25 % actuellement, d’après les données présentées.
Pour les experts, l’évolution de ces différents paramètres constitue un signal favorable quant à la gestion de l’épidémie.
La courbe épidémique appelle toutefois à la prudence
Les spécialistes ont également apporté des précisions sur la notion de pic épidémique, souvent source de confusion dans le débat public.
Le pic correspond au moment où le nombre de nouveaux cas atteint son niveau le plus élevé avant une éventuelle phase de décroissance. Mais une baisse ponctuelle ne suffit pas à confirmer que le pic a été dépassé.
La tendance doit être observée sur une période suffisamment longue afin de confirmer une décroissance durable.
Autre élément important : toutes les provinces et toutes les zones de santé ne suivent pas nécessairement la même trajectoire.
Certaines zones peuvent déjà connaître une baisse des nouveaux cas tandis que d’autres continuent d’enregistrer une progression.
D’où l’importance, selon les experts, d’analyser les données zone de santé par zone de santé, au-delà des seuls chiffres nationaux.
Les chiffres cumulés ne racontent pas toute l’histoire
Les intervenants ont également appelé à une lecture plus précise des statistiques.
Le nombre cumulé de cas ne correspond pas nécessairement au nombre de personnes actuellement malades. Il peut inclure des personnes déjà guéries ou décédées.
Pour apprécier l’évolution réelle de l’épidémie, il convient donc de distinguer les cas actifs, les guérisons, les décès et les nouvelles contaminations.
Cette approche permet de mieux comprendre la dynamique de la courbe et l’évolution de la transmission dans les différentes zones concernées.
« Il faut doubler les efforts »
Si plusieurs indicateurs évoluent favorablement, les experts appellent à éviter tout relâchement.
Au contraire, le fait de considérer l’épidémie comme « sous contrôle » doit conduire à maintenir, voire à renforcer, les mécanismes de surveillance.
Le suivi des contacts demeure notamment une priorité.
Les partenaires de la riposte préconisent également une mobilisation accrue des relais communautaires afin d’assurer le suivi des contacts dans les villages et au sein des communautés affectées.
Une telle stratégie nécessite toutefois des ressources humaines, logistiques et financières conséquentes.
Jusqu’au dernier cas positif
Le message des experts reste ainsi particulièrement prudent : la fin de l’épidémie ne peut être déduite de la seule baisse de la courbe.
La surveillance doit se poursuivre jusqu’à l’interruption complète de la chaîne de transmission et à la confirmation durable de l’absence de nouveaux cas.
Cette vigilance demeure nécessaire alors que les situations diffèrent encore d’une province à une autre et d’une zone de santé à une autre.
Les communautés au cœur de la riposte
Au-delà des données scientifiques, la sensibilisation communautaire demeure un maillon essentiel de la lutte contre Ebola.
Les experts ont relevé une meilleure compréhension, dans certaines communautés, des modes de transmission de la maladie et des comportements permettant de réduire les risques.
La population est notamment appelée à éviter les contacts à risque avec les personnes présentant des symptômes compatibles avec la maladie ainsi qu’avec les dépouilles, qui peuvent également présenter un risque de transmission.
L’objectif est de renforcer la compréhension du risque et l’adoption des mesures de prévention au sein des communautés.
Un message d’espoir, mais pas de relâchement
Quatre mois après le début officiel de l’épidémie, les données présentées au cours de ce briefing font ressortir plusieurs avancées : amélioration du suivi des contacts, renforcement des capacités de diagnostic, meilleure organisation de la riposte et tendance à la baisse dans plusieurs zones.
Mais les autorités sanitaires et les experts tiennent à éviter toute confusion : Une épidémie sous contrôle n’est pas une épidémie terminée, répètent-elle.
La baisse de la courbe constitue un signal encourageant, mais la surveillance et les interventions devront se poursuivre jusqu’à l’interruption complète de la transmission.




