Par Gilbert MUHIKA/Analyste politique et Administrativiste
À mi-parcours de son second mandat, Félix-Antoine Tshisekedi peut être jugé sur les faits. Dans un environnement marqué par la guerre dans l’Est, les rivalités autour des minerais stratégiques et les profondes recompositions géopolitiques mondiales, la République démocratique du Congo avance, mais elle reste confrontée à des défis considérables.
Sur le front diplomatique, le changement est perceptible. La RDC est progressivement revenue au centre du jeu international. Washington, Pékin, Bruxelles et d’autres capitales regardent désormais Kinshasa non seulement comme la capitale d’un pays en crise, mais aussi comme celle d’une puissance minière incontournable dans la transition énergétique mondiale. Les minerais critiques, les corridors économiques, l’énergie et les infrastructures donnent aujourd’hui au Congo une importance stratégique qu’il doit savoir convertir en développement.
Sur le plan économique, malgré le poids de la guerre, le pays continue d’afficher une croissance relativement robuste et une certaine stabilité macroéconomique. Mais c’est précisément ici que commence le véritable défi : les bons indicateurs doivent désormais entrer dans le portefeuille du citoyen. La croissance n’a de véritable sens que lorsqu’elle crée des emplois, améliore les revenus et réduit le coût de la vie.
Sur le terrain des infrastructures, les chantiers sont visibles : routes, voiries, écoles, centres de santé, corridors économiques et projets énergétiques. Le PDL-145 Territoires constitue notamment une tentative importante de rapprocher l’investissement public du Congo profond. Mais l’heure doit progressivement passer des annonces à l’achèvement, puis de l’achèvement à l’entretien des ouvrages.
Le défi économique majeur reste cependant celui de la transformation. Pendant trop longtemps, la RDC a exporté ses minerais et importé les produits fabriqués avec ses propres ressources. Le second mandat de Tshisekedi sera véritablement historique s’il réussit à engager le pays dans la transformation locale du cuivre, du cobalt, du lithium et des autres minerais stratégiques, tout en relançant l’agriculture et l’industrie nationale.
Mais aucune lecture sérieuse du bilan présidentiel ne peut contourner l’Est du pays.
Malgré les avancées diplomatiques et la mobilisation internationale, la RDC n’a pas encore restauré son autorité sur l’ensemble du territoire national. C’est aujourd’hui la principale ombre au tableau. La diplomatie congolaise a réussi à internationaliser davantage la question de l’agression et à replacer le dossier des Grands Lacs au cœur des préoccupations internationales. Mais la victoire diplomatique ne sera complète que lorsqu’elle produira une victoire concrète : le retour effectif de l’autorité de l’État sur chaque portion du territoire national.
Il reste également le chantier de la gouvernance. Les milliards annoncés, les partenariats internationaux et les grands projets ne suffiront pas si la corruption, les détournements, les dépenses improductives et l’impunité continuent d’absorber une partie des ressources destinées au développement.
À mi-parcours, le bilan est donc contrasté, mais loin d’être vide.
La RDC est diplomatiquement plus visible, économiquement résiliente et engagée dans plusieurs grands chantiers. Mais elle doit encore devenir militairement plus forte, administrativement plus efficace et socialement plus protectrice.
La deuxième moitié du mandat sera donc celle de la vérité. Il faudra moins annoncer et davantage achever. Moins exporter les richesses à l’état brut et davantage les transformer. Davantage produire ce que les Congolais consomment. Davantage combattre la corruption. Et surtout, restaurer définitivement l’intégrité territoriale du pays.
Car au terme du mandat, l’Histoire ne demandera pas seulement combien de sommets ont été organisés, combien d’accords ont été signés ou combien de milliards ont été annoncés.
Elle posera une question beaucoup plus simple : le Congo de 2028 sera-t-il plus souverain, plus sûr, plus productif et ses citoyens vivront-ils mieux que ceux de 2023 ?
C’est désormais sur cette réponse que se construira véritablement l’héritage du second mandat de Félix-Antoine Tshisekedi.




