Dialogue national : Cette fois, il faut surtout réussir l’après dialogue

Par Gilbert Muhika/Analyste politique.

La République démocratique du Congo n’en est pas à son premier dialogue. En plus de soixante années d’indépendance, le pays a accumulé conférences, concertations, négociations, accords et compromis politiques. Cette longue expérience ne doit pourtant pas conduire au découragement. Elle devrait, au contraire, permettre aux Congolais de ne plus répéter les mêmes erreurs.

L’annonce par le président de la République d’un nouveau dialogue entre Congolais suscite naturellement des interrogations. Certains se demandent : à quoi bon encore dialoguer ? Combien de dialogues avons-nous déjà organisés ? Combien d’accords ont été signés avant de connaître des difficultés d’application ?

Ces questions sont légitimes. Mais elles ne devraient pas conduire au rejet du principe même du dialogue. Car une nation confrontée à une crise politique, sécuritaire et sociale profonde doit toujours conserver la capacité de faire parler ses propres citoyens.

Le véritable enseignement de notre histoire est ailleurs. Notre faiblesse n’est pas toujours le dialogue, mais ce qui vient après.

La RDC a souvent démontré qu’elle pouvait réunir autour d’une table des acteurs profondément divisés. Elle a également montré qu’elle pouvait produire des compromis parfois remarquables. Mais une fois les assises terminées, les difficultés commencent.

Les résolutions sont progressivement oubliées. Certains engagements sont appliqués, d’autres non. Les mécanismes de suivi s’essoufflent. Les préoccupations de positionnement politique finissent parfois par prendre le dessus sur les réformes qui avaient justifié la rencontre. Et quelques années plus tard, les mêmes problèmes reviennent.

Voilà peut-être la première leçon à tirer de nos expériences passées : un dialogue ne se juge pas seulement à la qualité de ses résolutions, mais surtout à leur application.

C’est pourquoi la question du suivi doit être placée, dès le départ, au cœur du processus envisagé.

Chaque engagement important devrait avoir un responsable clairement identifié, un calendrier d’exécution et un mécanisme permettant d’en évaluer régulièrement l’application.

Il faudrait même envisager que la population soit périodiquement informée de l’état d’exécution des principales résolutions.

Le dialogue ne devrait plus se terminer avec la cérémonie de clôture.

Dialoguer ne signifie pas tout négocier

L’autre élément important du message du président de la République concerne les principes fondamentaux de l’État. C’est essentiel.

Un dialogue politique suppose nécessairement des compromis. Si chacun vient uniquement pour imposer intégralement sa position, il n’y a plus véritablement de dialogue. Mais compromis ne signifie pas renoncement.

Certaines questions doivent demeurer au-dessus de la négociation politique : l’indépendance nationale, la souveraineté du pays, son intégrité territoriale, l’ordre constitutionnel et les intérêts fondamentaux de la République.

On peut négocier les conditions permettant de retrouver la paix. On peut rechercher des mécanismes de réconciliation. On peut convenir de réformes politiques ou institutionnelles. Mais on ne peut pas négocier l’existence même du Congo comme État souverain.

Cette ligne doit être comprise aussi bien par la majorité que par l’opposition et par tous ceux qui seront appelés à participer au processus.

La parole donnée doit retrouver sa valeur

L’histoire récente du Congo offre également une autre leçon.

À plusieurs reprises, des négociations ont conduit des acteurs engagés dans des confrontations avec l’État à accepter des accords, à renoncer à certaines revendications ou à choisir la voie politique. Mais lorsqu’un accord est signé, chacune des parties doit respecter ses engagements.

Car lorsqu’un État signe aujourd’hui et oublie demain, ou lorsqu’un mouvement prend des engagements pour ensuite les remettre en cause, c’est la crédibilité même du dialogue qui disparaît.

Or, sans confiance minimale dans la parole donnée, aucun processus politique durable n’est possible.

Le futur dialogue devrait donc aussi être celui de la responsabilité politique.

Signer doit vouloir dire s’engager.

Ne faisons pas du dialogue un simple partage des postes

C’est probablement l’un des risques les plus importants. Si les Congolais finissent par considérer tout dialogue comme une étape précédant une redistribution des fonctions politiques, la population perdra progressivement confiance dans ce type d’initiative.

La question essentielle devrait plutôt être : qu’est-ce que ce dialogue va changer concrètement dans la vie et dans l’avenir du pays ?

La paix à l’Est ? La cohésion nationale ? Le fonctionnement des institutions ? La confiance entre acteurs politiques ? La consolidation de l’État ? La sécurité des populations ?

Voilà les véritables résultats sur lesquels le dialogue devrait être évalué.

Les éventuels arrangements politiques ne devraient jamais devenir la finalité principale du processus.

Les anciens doivent aussi préparer le Congo de ceux qui viennent après eux

Il y aura probablement autour de la table des personnalités de 60, 70 voire 80 ans. C’est une richesse.

Ces hommes et ces femmes ont traversé plusieurs périodes de notre histoire. Certains ont connu les crises politiques, les guerres, les rébellions, les transitions et les différentes tentatives de réconciliation nationale. Cette expérience doit servir.

Mais leur responsabilité historique est également de préparer le pays qu’ils laisseront aux générations suivantes.

Après plus de six décennies d’indépendance, le Congo ne peut éternellement recommencer les mêmes discussions.

Le prochain dialogue devrait donc avoir une ambition supérieure : régler certaines questions suffisamment profondément pour que nos enfants n’aient plus à les négocier à leur tour.

Faire de nos échecs une expérience

Il ne faut donc pas avoir peur de dialoguer parce que certains dialogues précédents ont déçu. Un pays apprend aussi de ses échecs.

Et après plus de soixante années d’expériences politiques, la RDC dispose aujourd’hui d’un avantage considérable : elle connaît une bonne partie des erreurs à ne plus commettre.

Il faut les identifier avant le début du processus. Il faut construire les mécanismes permettant de les éviter. Et surtout, il faut penser dès aujourd’hui à ce qui se passera le lendemain de la signature des conclusions.

Car, finalement, le défi du Congo n’est peut-être plus d’apprendre à dialoguer. Il est d’apprendre à respecter ce qui a été convenu après le dialogue.

Si le prochain processus parvient à résoudre cette faiblesse historique, alors il ne sera pas simplement un dialogue de plus. Il pourrait devenir celui qui aura enfin permis au Congo de ne plus recommencer éternellement les mêmes dialogues.

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