En vrai lecteur des articles de Scoop RDC, celui sur le message du révérend pasteur André Bokondoa, président de l’Eglise du Christ au Congo (ECC) lors de la 6ième édition de la Journée nationale de jeûne et de prière en faveur de la RDC, n’a pas échappé à Gilbert Muhika (lire l’article de Scoop RDC : André-Gédéon Bokundoa : La crise que nous traversons n’est pas uniquement politique ou économique, elle est surtout spirituelle et morale).
Faisant l’autopsie de ce message d’exhortation spirituelle, ce politique congolais chevronné y décèle six « non-dits » de l’homme de Dieu suivants :
1. Un diagnostic qui dépasse la foi — mais qui ne le dit pas directement
Le pasteur affirme que la crise est avant tout spirituelle et morale, plutôt que seulement politique ou économique. Implicitement, il suggère que :
– Les causes sociales profondes de la crise (corruption, inégalités, violence, instabilité institutionnelle) ne seront pas résolues par des mesures techniques ou politiques seules.
– Les solutions purement politiques ou économiques (dialogues, réformes institutionnelles, interventions diplomatiques) sont insuffisantes sans transformation intérieure.
Ce non-dit sert à recentrer le débat national sur la morale et l’éthique, et non seulement sur la gouvernance et l’économie.
2. Une critique implicite de l’élite politique
Même si le message reste respectueux des dirigeants, l’appel à ce que « les dirigeants gouvernent dans la crainte de Dieu et la droiture » est une manière implicite de dire que :
– Certains dirigeants actuels ne gouvernent peut-être ni avec droiture ni avec crainte de Dieu.
– Le manque d’intégrité et de responsabilité morale peut être à la racine des échecs politiques et économiques du pays.
Cela constitue une critique douce mais ferme du comportement des élites sans les nommer.
3. Un appel à la responsabilité individuelle et collective
Le discours est fortement orienté vers la repentance, la prière et le retour à Dieu, mais ce type de langage peut aussi signifier que :
– Les citoyens eux-mêmes ont une part de responsabilité dans la crise par leurs choix, leurs comportements sociaux (violence communautaire, corruption quotidienne, indiscipline civique, etc.).
– L’absence de responsabilité morale n’est pas seulement un problème spirituel : elle a des conséquences concrètes (instabilité, insécurité, affaiblissement social).
Ainsi, le message engage chacun à s’examiner individuellement, pas seulement collectivement.
4. Un sous-texte sur l’échec des structures existantes
En parlant de « crise spirituelle et morale », il y a un non-dit latent :
– Que les structures étatiques, sociales et économiques existantes ne fonctionnent plus efficacement (corruption systémique, inégalités, fractures sociales).
– Et que la restauration de l’ordre moral est perçue comme préalable à toute réforme durable.
Ce type de discours peut laisser entendre que des solutions purement institutionnelles ne suffisent pas.
5. Une priorisation du collectif sur l’individuel politique
Le message appelle les fidèles à devenir « artisans de paix » et à transformer leurs familles en « autels vivants de prière ».
Cela implique que la transformation sociale commence par le niveau micro (famille/communauté) avant de s’étendre au macro (État/institutions).
Il suggère implicitement que la communauté et la société civile (via les églises et familles) ont un rôle crucial à jouer, souvent négligé dans les débats publics qui se focalisent sur l’État et la politique.
Cela montre une redéfinition du champ d’intervention sociopolitique, au-delà de l’État seul.
6. Un encouragement à l’unité au-delà des divisions politiques
Bien que lié à une démarche religieuse, l’appel à : l’intercession, la repentance et la construction collective de la paix, il voit les divisions politiques et sociales comme symptomatiques d’un malaise plus profond, non réglable uniquement par des compromis politiques classiques.
En conclusion, l’ancien directeur de cabinet du tout premier vice-premier ministre, ministre des Infrastructures et Travaux publics sous le premier mandat de Félix Tshisekedi estime que les non-dits du message du pasteur André Bokondoa recommandent qu’il faille dépasser la logique de « camp contre camp » pour restaurer la cohésion nationale.
En bref, les non-dits principaux du message de Bokundoa, selon Gilbert Muhika, sont :
1. Les solutions institutionnelles seules ne suffisent pas sans transformation morale.
2. Une critique implicite de l’élite politique et de ses manquements.
3. Une invitation à la responsabilité individuelle dans la crise collective.
4. Un constat d’échec des structures sociales traditionnelles.
5. Une emphase sur l’action communautaire et spirituelle comme point de départ du renouveau.
6. Un appel à dépasser les divisions partisanes par une vision commune de paix et de réconciliation.


