Dossier Israel Mutombo – Blanche Kandolo : « Entre révélations médiatiques et vérité judiciaire : l’indispensable devoir de prudence » (Analyse de Maître Albert Fabrice Puela/ministre honoraire des droits humains)

Le soir du jeudi 28 mai 2026, l’attention de toute l’opinion congolaise, ici comme ailleurs, était focalisée sur l’émission de notre compatriote, le journaliste Israël Mutombo, consacrée à la restitution des investigations par lui menées, sur les circonstances du décès de Mme Blanche Kandolo, épouse regrettée du pasteur Marcello Tunasi.

Il convient, de prime abord, de saluer le travail de recherche abattu par notre compatriote. En recueillant des témoignages auprès des avocats et des membres de la famille, et en nous faisant écouter un extrait sonore, le journaliste a suscité une vive émotion. 

Ayant moi-même déjà eu l’occasion d’échanger avec Mme Blanche de son vivant, ces révélations m’ont, comme beaucoup, interpellé.

Cependant, il est crucial de rappeler une distinction fondamentale dans tout État de droit : ce que révèle la presse n’est pas une parole d’Évangile.

Aussi sérieux soit-il, le travail journalistique ne peut être confondu avec l’exercice de la justice. 

Un journaliste n’est ni un officier de police judiciaire (OPJ), ni un agent assermenté. Ses révélations, bien qu’utiles à la réflexion, ne constituent pas des preuves judiciaires. 

Elles peuvent offrir un début de piste, mais elles ne sauraient fonder, seules, la conviction d’un magistrat instructeur ou d’un juge.

En droit, la vérité ne se forge ni sur les plateaux de télévision, ni sous la pression des réseaux sociaux. Elle repose sur des éléments probants, obtenus légalement, débattus contradictoirement et soumis aux juridictions compétentes.

Il ne s’agit pas ici de prendre la défense de qui que ce soit. Si Mme Blanche était de ma famille, je réagirais, je questionnerais, je souffrirais. Mais, avec le recul, nous devons éviter de nous transformer en juges populaires, bien que « l’émotion soit nègre… »

La précipitation dans le jugement est bien souvent l’ennemie de la vérité. ​Entre les spéculations médiatiques et la réalité judiciaire, il existe un fossé que seuls les faits rigoureusement établis peuvent combler. 

Restons donc prudents et mesurés. Car, si l’émotion peut légitimement interpeller l’opinion, seule la preuve admissible permet de rendre justice.

La quête de vérité exige de la rigueur ; elle exige, avant tout, que nous laissions la justice, si jamais elle est saisie, dire le droit, loin de l’agitation des écrans.

À ne pas rater

À la une