« Quand la maison brûle, la fumée finit toujours par trahir l’incendie ». C’est sous ce vieil adage que semble désormais s’écrire la crise qui secoue l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP).
Derrière l’image d’une institution longtemps présentée comme l’un des symboles de la gouvernance publique sous Félix Tshisekedi, les langues commencent progressivement à se délier. Au cœur des révélations : un profond malaise interne, des accusations de mégestion et de sérieux soupçons de détournement qui éclaboussent aujourd’hui le directeur général, Miguel Kashal.
En effet, dans une correspondance explosive adressée au ministre de tutelle et largement transmise aux plus hautes institutions de la République, un collectif d’agents et cadres de cet établissement public accuse la direction générale de « mégestion », de « détournement des deniers publics » ainsi que de graves dérives administratives.
Datée du 25 mai 2026 et signée par Maître Merdy KPAMA au nom du collectif, cette dénonciation, dont Scoop RDC a obtenu copie, dresse un tableau particulièrement sombre du fonctionnement interne de l’institution.
Selon les auteurs de cette lettre, les tensions auraient commencé peu après l’installation de l’actuelle équipe dirigeante issue de l’ordonnance présidentielle du 15 novembre 2022.
Depuis lors, les agents dénoncent un climat de peur alimenté, selon eux, par des intimidations répétées, des menaces contre certains travailleurs ainsi qu’une centralisation excessive des décisions autour du Directeur général.
Mais au-delà des accusations de dérive autoritaire, c’est surtout la gestion financière de l’ARSP qui se retrouve aujourd’hui au centre de la tourmente. Le collectif affirme notamment que plusieurs directions provinciales ne perçoivent plus leurs frais de fonctionnement ni les loyers de leurs bureaux depuis août 2025, soit près de dix mois d’arriérés.
Les dénonciateurs évoquent également le non-versement des cotisations sociales à la CNSS ainsi que le non-reversement à la DGI des impôts prélevés sur les salaires des agents. Le montant dû au fisc dépasserait, selon eux, les sept millions de dollars américains.
Parmi les accusations jugées les plus graves figurent également l’ouverture présumée de comptes bancaires parallèles, notamment à la SOFIBANQUE, dans le but supposé de contourner le système de compte séquestre instauré par la tutelle.
Le collectif évoque également des retraits irréguliers de fonds, des décaissements jugés opaques ainsi qu’un endettement contracté auprès de RAWBANK à des fins présumées personnelles.
Autre révélation particulièrement sensible : l’encaissement anticipatif de redevances auprès de certaines entreprises minières sous prétexte de soutenir des activités politiques liées au projet de changement constitutionnel. Une accusation délicate qui, si elle venait à être confirmée par les instances compétentes, pourrait provoquer une véritable onde de choc politique jusque dans les sphères du pouvoir.
La lettre dénonce également des pratiques assimilées à du népotisme. Des membres de la famille biologique du Directeur général auraient, selon le collectif, pris le contrôle informel de certains marchés publics et circuits de sous-traitance, au détriment des structures légalement compétentes.
Le document fait également état :
– du paiement sélectif des primes ;
– de la neutralisation de la direction d’audit ; du recours excessif aux marchés de gré à gré ; de l’absence d’avancement en grade des agents ; de l’utilisation présumée des ressources de l’ARSP pour la location de jets privés ; ainsi que d’une présumée agression physique d’un agent par des gardes du corps du Directeur général lors d’une réunion de service.
Face à cette situation jugée « chaotique », le collectif sollicite l’intervention urgente de l’Inspection Générale des Finances (IGF), de la CENAREF, de la justice ainsi que des autres structures de contrôle afin qu’un audit indépendant soit diligenté pour faire toute la lumière sur la gestion de l’ARSP.
La correspondance a notamment été transmise au président de la République, à la première ministre, au président de l’Assemblée nationale, au ministre de la Justice, au Conseil national de sécurité ainsi qu’aux procureurs généraux près la Cour de cassation et la Cour des comptes.
Jusqu’à la publication du présent article, la direction générale de l’ARSP n’avait pas encore officiellement réagi à ces accusations particulièrement graves.
Si certaines allégations restent encore à être établies par les services compétents, cette affaire pourrait néanmoins ouvrir un nouveau front dans la lutte contre la corruption et la gouvernance des établissements publics en République démocratique du Congo.



