Très fâché lors de sa récente descente au Grand marché de Kinshasa (Zando) à cause de l’insalubrité découverte, le président de la République Félix Tshisekedi qui avait tonné et menacé les autorités urbaines, passe à une vitesse supérieure en chargeant le général Jean-Pierre Kasongo de la salubrité de la capitale. Ce dernier, commandant du Service national (SN), s’est fait remarquer par un travail très excellent à la tête de cette structure qui produit des bancs, des tonnes de maïs et relance l’élevage bovin avec des ex-kuluna recyclés à Kanyama-Kasese dans la province du Haut-Lomami.
Humiliation qui exigerait une démission
Dans un monde civilisé où l’on tient à son honneur et sa personnalité, avec la dépossession de cette prérogative majeure qui rentre dans la gestion de la ville, le gouverneur Daniel Bumba aurait sans atermoiement présenté sa démission et quitter de soi l’Hôtel de ville de Kinshasa. Mais la honte étant une vertu congolaise, il ne le fera pas, le prestige prévalant sur toute autre considération…
En effet, n’ayant pas bien tablé sur l’échec de l’opération « Kin bopeto » lancée par son prédécesseur Gentiny Ngobila, Bumba a miroité les Kinois avec son « Kin ezo bonga » (Kinshasa va s’améliorer), programme d’action officiel de l’Hôtel de ville avec pour ambition de transformer la capitale à travers d’importants chantiers visant à bâtir le rêve kinois. Lancé en août 2024, le programme « Kin ezo bonga » est l’ombre de lui-même, du moins sur le plan salubrité : Kinshasa est plus sale qu’elle était auparavant.
Le constat est que malgré les efforts du gouverneur à déployer ses engins et équipes de “Kinshasa Ezo bonga” sur terrain pour assurer la propreté de la ville, en se battant pour dégager les montagnes d’immondices, curer les caniveaux et même les rivières devenues des dépotoirs, malheureusement, aussitôt que ces équipes tournent le dos, tous les restaurants, hôtels, boutiques et ménages trouvent bon d’annihiler ces efforts en redéployant la saleté où elle venait d’être évacuée.
Impunité et manque de suivi, faiblesse de la gouvernance de Kinshasa
Le vrai et sérieux problème qui se pose à Kinshasa est celui de la mentalité et de la conscience collective chez les Kinois. Ces “citadins” ont perdu les habitudes à la propreté, par ras-le-bol ou par manque de sensibilisation, Dieu seul sait. Mais le tout repose sur l’impunité et le manque de suivi de la part des autorités dans leur gouvernance. Sinon, comment Daniel Bumba peut-il prétendre découvrir au même moment que le président de la République les dépotoirs à Zando ? Incroyable pour un gouvernant qui est à quelques mètres de cet endroit générateur des recettes pour la ville !
Pour bien résoudre le problème de salubrité à Kinshasa, l’idée d’une brigade de salubrité coercive s’impose. Celle-ci devra être constituée de la police et des agents du service urbain d’hygiène et prévention non complaisants, dont la mission ultime sera de traquer les grands générateurs d’immondices sur les places publiques, qui sont potentiellement – comme nous l’avons dit ci-haut – des restaurants, des hôtels et des boutiques voire des ménages. Et de punir les récalcitrants par le paiement de fortes amendes.
En Occident par exemple, la peur qu’a tout citoyen est de voir l’Etat soutirer tout le temps de l’argent sur son portemonnaie en termes de paiement des amendes des bavures commises. Si cette peur est aussi instaurée dans l’homme kinois, non seulement dans le domaine de salubrité, mais aussi dans celui de la conduite sur la route ou encore de la pollution sonore, la ville reprendra ses habitudes citoyennes. L’ancien président de la République Laurent-Désiré Kabila l’a bien démontré en si peu de temps dans le secteur de transport en commun, en restituant par la chicotte la dignité bafouée de passagers par les transporteurs. Depuis son départ jusqu’aujourd’hui, les taximen ne prennent jamais deux passagers devant comme ils le faisaient avant. C’est cela discipliner un peuple moins civilisé.
Bref, aussi longtemps que les autorités urbaines, mais surtout la police censée faire respecter les lois et règles laisseront passer l’impunité, Kinshasa sombrera toujours. Le cerveau de l’homme kinois étant à formater, le général Jean-Pierre Kasongo est appelé à appliquer de fortes méthodes pour le fléchir. Rien que la politique de la carotte et du bâton est à appliquer, pas autre chose pour réussir la mission lui confiée.



