Kwilu : Quand les rivalités de leadership autour de Transco menacent l’autorité de l’Etat !

Par Gilbert MUHIKA/Analyste politique et Administrativiste. 

La cérémonie organisée le mardi 15 septembre dernier à Bulungu à l’occasion du lancement de la ligne TRANSCO Bulungu–Kinshasa aurait dû être exclusivement un moment de satisfaction collective : celui d’un service public supplémentaire offert à la population.

Pourtant, les tensions rapportées autour de son organisation mettent en lumière un mal plus profond : la confusion croissante entre l’État, l’administration et les ambitions politiques individuelles.

Lorsqu’une manifestation publique devient un terrain de compétition entre autorités, responsables politiques, services protocolaires et groupes de sympathisants, l’essentiel disparaît : le citoyen et le service qui lui est rendu.

L’État ne doit appartenir à personne

TRANSCO est un service public. Une route, un autobus, une école, un hôpital ou toute autre réalisation financée ou organisée par les pouvoirs publics ne devrait devenir la propriété politique de personne.

Les responsables politiques peuvent légitimement expliquer leurs démarches et leurs plaidoyers. Mais la recherche de paternité ne doit jamais transformer une cérémonie officielle en compétition de banderoles, de slogans et de démonstrations partisanes.

Le protocole doit servir l’État, non se substituer aux autorités

Un autre enseignement concerne la discipline administrative. Le protocole d’État n’est pas une autorité politique autonome. Il organise, facilite et sécurise le déroulement des cérémonies conformément aux compétences et préséances établies.

Lorsque les rôles deviennent confus, que des instructions contradictoires circulent ou que les rapports entre autorités provinciales se transforment en démonstrations publiques de défiance, c’est l’image même de l’État qui se trouve affaiblie.

Les éventuels incidents de Bulungu devraient donc être objectivement établis par l’autorité compétente, plutôt que devenir une nouvelle source de règlements de comptes.

Gouverneur, Vice-gouverneur et ministres : une seule province

Le Kwilu ne gagnera rien à voir ses responsables se neutraliser mutuellement.

Les divergences administratives sont normales. Les humiliations publiques, les guerres de préséance et les rivalités permanentes ne le sont pas. Gouverneur, Vice-gouverneur, ministres provinciaux, autorités urbaines et territoriales appartiennent à une même architecture institutionnelle et doivent pouvoir travailler dans le respect de leurs compétences respectives.

Une province dans laquelle les responsables consacrent leur énergie à se combattre finit nécessairement par perdre du temps sur son développement.

Bulungu doit servir d’avertissement

Il serait donc souhaitable que l’Exécutif provincial tire des enseignements de cet épisode et adopte rapidement quelques règles simples : un protocole unique pour les manifestations officielles ; une chaîne claire de commandement ; la stricte séparation entre cérémonies de l’État et propagande partisane ; le respect des préséances et fonctions ; et un mécanisme interne permettant de régler les différends avant qu’ils n’éclatent devant la population.

Le Kwilu a besoin de routes, de transports, d’investissements, d’emplois et de services publics efficaces. Il n’a pas besoin d’une guerre permanente de paternité autour de chaque réalisation.

Que chacun apporte sa contribution et que l’histoire reconnaisse les mérites de chacun. Mais lorsque l’État agit, c’est d’abord la République qui agit au bénéfice du citoyen.

L’enjeu désormais n’est donc pas de déterminer qui a remporté la bataille de visibilité de Bulungu. Il est de faire en sorte que pareille confusion ne se reproduise plus.

Le développement du Kwilu exige moins de guerres de leadership et davantage de leadership collectif.

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