Pipeline Matadi–Kinshasa : après 115 ans, le Congo récupère son patrimoine. Mais pour en faire quoi ?

Par Gilbert MUHIKA/Analyste politique et Administrativiste 

Il existe des dossiers économiques dont l’histoire traverse plusieurs générations. Celui du pipeline Matadi–Kinshasa en fait incontestablement partie.

Tout commence en novembre 1910, lorsque l’administration du Congo belge conclut avec la Société anonyme des Pétroles au Congo une convention relative au transport et à la vente des produits pétroliers. De cette architecture naîtra notamment le système permettant d’acheminer les produits pétroliers depuis Ango-Ango, à Matadi, vers Kinshasa.

La convention initiale connaîtra plusieurs modifications au cours de son existence. Mais une date devait finalement mettre un terme à cette très longue histoire : le 31 décembre 2025.

Le Gouvernement congolais lui-même avait rappelé, lors du Conseil des ministres du 27 septembre 2024, qu’à cette échéance les actifs concernés devaient revenir gratuitement à l’État congolais. Parmi eux figurent notamment les pipelines et différentes infrastructures nécessaires à leur exploitation.

L’année 2026 ouvre donc une nouvelle page

L’État congolais a mis en place ENGIP-RDC SA, Entreprise Nationale de Gestion des Infrastructures Pétrolières, appelée à gérer ce patrimoine stratégique. Des contrats ont ensuite été conclus avec SEP Congo afin d’assurer la continuité de l’exploitation de certaines infrastructures.

Il faut saluer cette récupération. Mais elle ne doit surtout pas constituer la fin du dossier. Elle doit en être le commencement.

Car récupérer juridiquement un patrimoine ne suffit pas. Encore faut-il savoir exactement ce que l’État a récupéré, combien cela vaut, dans quel état les infrastructures ont été remises et combien leur exploitation rapporte désormais à la République.

Après plus d’un siècle, le peuple congolais est en droit de connaître la valeur économique du patrimoine revenu dans le domaine de l’État.

Un audit patrimonial, technique, juridique et financier indépendant apparaît dès lors nécessaire. Il permettrait d’établir l’inventaire définitif des biens récupérés, leur état technique, leur valeur réelle et les éventuels investissements nécessaires à leur modernisation.

Les nouveaux contrats conclus pour leur exploitation devraient également garantir une rémunération juste et transparente du patrimoine public.

Mais il faut regarder encore plus loin.

La récupération du pipeline Matadi–Kinshasa peut devenir le point de départ d’une véritable politique nationale des infrastructures énergétiques stratégiques. ENGIP-RDC ne devrait pas être simplement une structure chargée d’administrer les installations héritées du passé. Elle devrait progressivement devenir un instrument permettant à l’État de développer, moderniser et sécuriser ses infrastructures de transport et de stockage des hydrocarbures.

Cette histoire vieille de 115 ans nous laisse finalement une question très contemporaine : Le Congo a récupéré son pipeline. Que va-t-il maintenant en faire ?

La meilleure réponse ne viendra ni des discours ni des cérémonies de rétrocession.

Elle viendra des chiffres : combien valent les actifs récupérés ? Combien rapportent-ils chaque année ? Combien seront réinvestis dans leur modernisation ? Et quelle part de cette nouvelle richesse bénéficiera effectivement à l’économie nationale ?

Après plus d’un siècle de concession, la République démocratique du Congo dispose d’une occasion rare : transformer un héritage colonial en instrument moderne de souveraineté économique. Il ne faudrait pas la manquer.

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