Nul n’est prophète chez lui, dit-on. C’est le cas que vit le savant congolais Blaise Wamba Yetshi qui se démène seul sans attention soutenue du gouvernement alors qu’il est une mine scientifique très garnie.
Ayant un profil marqué par une formation qui traverse plusieurs disciplines scientifiques, allant de la chimie pure aux mathématiques appliquées, en passant par la biologie médicale, les sciences du développement et la télédétection, ce chercheur vient d’annoncer le développement d’un drone présenté comme une réalisation « made in RDC ».
En effet, le modèle décrit repose sur une architecture hexacoptère de type F550, avec un module GPS U-Blox M8N et une carte de vol Pixhawk 2.4.8. Il est équipé de six moteurs et de six contrôleurs électroniques, d’une batterie LiPo 3S de 4 000 mAh ainsi que d’un système de radiocommande et d’une caméra 720P.
Les caractéristiques communiquées font état d’un poids au décollage d’environ 1,8 kilogramme et d’une charge utile annoncée de 1,2 kilogramme. Le plafond de sustentation est estimé à environ 1 000 mètres, tandis que la distance maximale franchissable annoncée se situe entre 8 et 10 kilomètres.
Au-delà de la fiche technique, le symbole est important : développer localement un tel système permet de travailler sur des compétences qui vont de l’électronique à la programmation, en passant par l’aéronautique, la télémétrie, la navigation et le traitement de données.
C’est précisément cette chaîne de compétences qui peut, à terme, nourrir un véritable écosystème technologique national. Malheureusement, malgré ses multiples appels au soutien de ses projets, la réponse gouvernementale tarde à venir.
D’autres projets non soutenus
Dr Blaise Wamba Yetshi n’est pas à sa première démonstration scientifique et d’invention.
Déjà en 2015, ce coordonnateur du Programme de Recherche Spatiale et Technologique (PNRST) en République démocratique du Congo présente la vision congolaise de la technologie spatiale autour d’un prototype de satellite national souverain qui pour lui est un gage du développement socioéconomique de la RDC.
Sa recherche aurait notamment été expérimenté à Nkamba, dans le Kongo-Central, dans le cadre d’un projet visant à développer progressivement une capacité nationale dans le domaine spatial.
Selon les données communiquées autour du projet, le prototype présenté aurait notamment intégré un système de stockage centralisé des informations, des transpondeurs et une liaison avec une station de contrôle destinée à recevoir les données.
Dr Wamba et ses collaborateurs impliqués dans le projet avaient avancé également une capacité de couverture comprise entre environ 75 et 100 kilomètres lors des expérimentations évoquées, avec une résolution annoncée de 1,55 mètre.
L’ambition affichée allait toutefois bien au-delà d’un prototype. Elle consiste à envisager, à terme, une gamme de satellites de différentes catégories, depuis les grands satellites jusqu’aux nano- et pico-satellites.
Pour un pays comme la RDC, qui dispose d’un territoire immense, l’intérêt d’une telle technologie est évident : cartographie, surveillance environnementale, agriculture, infrastructures, télécommunications, gestion des ressources naturelles et observation du territoire pourraient bénéficier d’une capacité accrue de collecte de données. Malheureusement, le soutien financier n’a pas véritablement accompagné ce projet pour sa concrétisation effective.
Mais bien avant l’expérience de satellite, Dr Blaise Wamba avait été appelé avec d’autres scientifiques lorsque le pays avait connu la rébellion du RCD en 1998 à participer à des travaux consacrés à la conception et à la fabrication de matériels destinés à la défense. Les récits associés à cette période évoquent notamment différents équipements militaires et systèmes d’armement produits ou expérimentés localement pour faire face à l’agression rwandaise sous couvert du RCD.
Au-delà de la réussite, cette expérience démontre sans ambiguïté que les compétences scientifiques congolaises peuvent être mobilisées et utilisées pour répondre à des impératifs stratégiques nationaux.
D’où appel pressent envers le gouvernement mais surtout envers le président de la République pour le soutien aux projets de ce compatriote scientifiquement compétent. Non sans raison, car avec ses dimensions géographiques, ses ressources naturelles et son poids démographique et économique, la RDC dispose d’atouts considérables. Mais ces atouts ne deviennent une puissance durable que s’ils s’accompagnent des capacités scientifiques et technologiques nationales.
Dans cette perspective, la recherche stratégique, l’observation spatiale, les drones, les télécommunications sécurisées et l’exploitation des données constituent autant de briques d’une souveraineté moderne.
L’expérience démontre que les États qui ont réussi leur transformation technologique, ont généralement investi dans leurs chercheurs, leurs universités, leurs laboratoires et leurs entreprises innovantes. Ils ont créé des passerelles entre recherche, industrie et puissance publique.
Pour la RDC, l’enjeu serait donc de transformer les initiatives individuelles en programmes structurés, soumis à l’évaluation scientifique, à la certification technique et à des partenariats durables avec les universités, les entreprises et les institutions publiques.
Le mérite d’un chercheur ne se mesure pas seulement aux titres qui lui sont attribués, mais aussi à la capacité de ses travaux à être reproduits, validés, industrialisés et mis au service de la collectivité. Dr Blaise Wamba Yetshi est de cette deuxième catégorie, il mérite le soutien tant matériel que financier de son pays.




