Séminaire de l’IGF à l’intention des services publics : Olga Kavira prêche la digitalisation de l’administration et appelle à sortir des systèmes en silos

La transformation numérique de l’administration publique congolaise ne pourra être pleinement efficace que si les différents systèmes informatiques de l’État cessent de fonctionner de manière isolée. C’est l’un des principaux messages portés par Olga Kavira, Chef de Travaux et conseillère au ministère de l’Économie numérique, lors de son intervention au séminaire organisé par l’Inspection générale des finances (IGF) à l’intention des services publics, mercredi 19 et jeudi 20 août derniers.

Consacrée à la digitalisation et à l’interopérabilité des administrations publiques, cette intervention a permis à l’experte de mettre en lumière les défis auxquels la République démocratique du Congo reste confrontée dans sa marche vers la transformation numérique.

Devant les participants, Olga Kavira a insisté sur la nécessité de dépasser une conception limitée de la digitalisation, souvent réduite à la mise en place d’applications propres à chaque ministère ou service. Pour elle, l’enjeu consiste désormais à faire communiquer ces différents systèmes afin de permettre un échange sécurisé, rapide et efficace des informations publiques.

Une fracture numérique encore importante

Olga Kavira a d’abord dressé un état des lieux de la digitalisation en République démocratique du Congo. Elle a notamment relevé l’existence d’une importante fracture numérique, qui se manifeste aussi bien sur le plan humain que territorial.

Selon elle, l’accès à Internet reste très inégal entre Kinshasa et plusieurs territoires de l’intérieur du pays. Une situation qui complique la mise en ligne des services publics dans certaines zones où la connectivité demeure particulièrement faible.

« Comment permettre à une division provinciale, par exemple à l’intérieur du pays, d’offrir des services publics en ligne avec un taux de connectivité très faible ? », s’est-elle interrogée, soulignant que la digitalisation demeure étroitement liée à l’accès aux infrastructures numériques.

Malgré ces difficultés, elle reconnaît plusieurs avancées enregistrées par la RDC depuis l’adoption du Plan national du numérique, lancé sous l’impulsion du chef de l’État. L’encadrement juridique du secteur numérique, le développement de l’écosystème des start-ups, la protection des données personnelles et la mise en place de nouvelles institutions constituent, selon elle, des étapes importantes.

Le piège de la digitalisation en « silos »

Mais au-delà des progrès enregistrés, Olga Kavira met en garde contre ce qu’elle qualifie de « piège de la digitalisation ».

Plusieurs administrations congolaises ont déjà développé des outils numériques pour améliorer leur fonctionnement. Les régies financières, la chaîne de la dépense, la Fonction publique ou encore d’autres secteurs disposent ainsi de différentes plateformes et bases de données.

Le problème, explique-t-elle, est que ces systèmes ne communiquent pas suffisamment entre eux.

« La digitalisation se fait de façon cloisonnée. Chacun est dans son coin », a-t-elle déploré.

Elle cite notamment le cas de services qui, malgré leur informatisation, continuent à échanger certaines informations à travers des supports physiques ou des fichiers Excel, alors que les données pourraient être transmises automatiquement entre les différentes plateformes.

Pour l’experte, cette situation entraîne non seulement une perte d’efficacité, mais également des dépenses supplémentaires pour l’État.

L’interopérabilité au cœur de la réforme

Face à ce constat, l’intervenante préconise de placer l’interopérabilité au centre de la transformation numérique de l’administration.

L’objectif est de permettre aux systèmes informatiques des différents services publics de communiquer entre eux, dans un cadre sécurisé et juridiquement encadré.

Elle compare cette interopérabilité à la communication entre deux personnes parlant des langues différentes : « Il faut un interprète. » Dans le langage informatique, cet « interprète » correspond notamment aux interfaces et mécanismes permettant aux différents systèmes d’échanger des informations.

« Les technologies que nous utilisons peuvent-elles se parler ? », a-t-elle demandé aux responsables administratifs, les invitant à intégrer cette question dès la conception de leurs projets numériques.

« La donnée appartient à l’État »

Olga Kavira a également insisté sur la question de la gestion des données publiques.

Elle estime que les informations produites dans le cadre du fonctionnement de l’administration ne doivent pas être considérées comme la propriété personnelle d’un agent simplement parce qu’elles sont stockées sur son ordinateur.

Pour elle, les administrations doivent donc investir dans des infrastructures numériques appropriées et sécurisées afin d’éviter que les données publiques ne dépendent d’un équipement individuel.

Cette problématique est d’autant plus importante, selon elle, que le cadre juridique congolais reconnaît désormais une valeur aux échanges électroniques et aux documents numériques.

Elle encourage ainsi les administrations à privilégier les courriers électroniques et les outils numériques dans leurs communications internes afin de réduire les délais administratifs.

Digitaliser ne signifie pas simplement scanner des documents

Autre clarification apportée par Olga Kavira : la différence entre numérisation et digitalisation.

La numérisation consiste notamment à transformer un document physique en document électronique. La digitalisation va beaucoup plus loin : elle vise à repenser et automatiser les processus grâce aux technologies numériques.

Avant de développer une application, l’administration doit donc, selon elle, commencer par comprendre son fonctionnement.

« La première chose à faire, c’est de comprendre l’existant », a-t-elle expliqué.

Il faut notamment identifier les postes de travail, les missions, les flux d’informations, les procédures et les interactions entre les différents services. Ce n’est qu’après cette cartographie que l’administration peut déterminer les outils numériques nécessaires.

La digitalisation doit être budgétisée

Olga Kavira a par ailleurs appelé les administrations à intégrer la digitalisation dans leurs prévisions budgétaires.

Elle estime que les ministères et services publics doivent eux-mêmes identifier leurs besoins numériques et défendre les crédits nécessaires auprès des instances budgétaires.

Le ministère de l’Économie numérique, explique-t-elle, a vocation à accompagner les administrations, et non à se substituer à elles dans la digitalisation de leurs processus.

« La digitalisation est sectorielle », a-t-elle rappelé, invitant chaque administration à prévoir les ressources nécessaires à sa transformation numérique.

Vers une administration fondée sur la donnée

Pour Olga Kavira, la finalité ultime de cette transformation n’est toutefois pas la technologie elle-même.

L’objectif est de permettre à l’État de disposer d’informations fiables et disponibles à temps afin d’améliorer la prise de décision et d’offrir de meilleurs services aux citoyens.

Elle plaide ainsi pour une administration capable de croiser ses données, de développer des tableaux de bord et, progressivement, de recourir à des technologies avancées comme l’intelligence artificielle.

La transformation numérique de la RDC doit donc, selon elle, passer d’une juxtaposition de plateformes à un écosystème public intégré, dans lequel les systèmes, les processus et les données peuvent dialoguer dans un cadre juridique, organisationnel et technique clairement défini.

Une évolution qui pourrait, à terme, renforcer l’efficacité du contrôle public, réduire les doublons et les fraudes, accélérer les procédures administratives et améliorer la qualité des services rendus aux citoyens.

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