La réforme de l’administration publique et la modernisation des mécanismes de contrôle des finances publiques étaient au cœur du séminaire organisé par l’Inspection générale des finances (IGF), du 19 au 20 août 2026, dans le cadre de la vulgarisation de son Plan stratégique triennal 2026-2028.
À la clôture de ces travaux, Christophe Bisimwa, Inspecteur général des finances, chef de service, a appelé les hauts fonctionnaires et responsables des services publics à s’approprier les nouvelles orientations de l’IGF, notamment le passage du contrôle classique au contrôle systémique, présenté comme une étape majeure dans l’amélioration de la gouvernance publique en République démocratique du Congo.
Pendant deux jours, les participants issus de différents secteurs de l’État ont échangé sur les réformes engagées dans les finances publiques et l’administration, avec un accent particulier sur la nécessité de renforcer la prévention, l’anticipation, la maîtrise des risques et la digitalisation.
De la sanction à la prévention
Dans son intervention, Christophe Bisimwa a reconnu les résultats enregistrés ces dernières années dans la lutte contre les antivaleurs et les détournements des deniers publics. Selon lui, les mécanismes de contrôle ont permis de détecter des irrégularités et de contribuer à la protection des ressources publiques.
Mais pour la RDC, le défi consiste désormais à aller plus loin.
« On ne peut plus se contenter de courir derrière les fautes commises. Il faut prévenir, anticiper, structurer et sécuriser la gestion des finances et des biens publics », a-t-il insisté.
Cette nouvelle approche constitue le fondement du passage au contrôle systémique. Elle doit permettre à l’IGF de mieux analyser les données relatives aux finances publiques et d’identifier plus rapidement les risques susceptibles de favoriser les détournements et autres antivaleurs.
L’objectif n’est donc plus seulement de constater les irrégularités après leur commission, mais d’agir en amont pour réduire les risques et sécuriser les ressources de l’État.
Le Plan stratégique 2026-2028, un levier de gouvernance
Christophe Bisimwa a présenté le Plan stratégique triennal 2026-2028 et l’approche du contrôle systémique comme bien plus que de simples instruments de travail.
Ils doivent, selon lui, constituer des leviers de bonne gouvernance, de performance économique et de mobilisation accrue des ressources publiques nécessaires au développement de la RDC.
L’approche systémique doit notamment permettre une meilleure connaissance des flux d’activités et des flux financiers au sein des différents secteurs de l’État.
Les responsables des administrations sont ainsi appelés à développer une même compréhension du contrôle systémique et à maîtriser les données liées aux activités et aux ressources placées sous leur responsabilité.
Le budget-programme appelé à s’étendre
Les échanges ont également porté sur la réforme budgétaire.
Le budget de l’État, a souligné Christophe Bisimwa, ne doit plus être considéré comme un simple document financier. Il doit devenir un véritable instrument de réforme et de pilotage de l’action publique.
Cette transformation passe notamment par des prévisions budgétaires réalistes, une exécution disciplinée, une amélioration de la qualité de la dépense publique et une véritable évaluation des performances.
Certains services de l’État ayant déjà amorcé leur basculement vers le budget-programme, l’objectif est de poursuivre ce processus afin de l’étendre progressivement à l’ensemble des administrations et services publics.
Une administration davantage axée sur les résultats
La réforme de l’administration publique a également occupé une place importante dans les travaux.
L’ambition est de faire évoluer l’administration vers un modèle davantage axé sur les résultats, la performance et la qualité des services rendus aux citoyens.
Pour Christophe Bisimwa, cette transformation constitue un impératif pour permettre à l’administration congolaise de gagner en efficacité et en transparence.
La performance de l’administration publique ne peut donc plus être dissociée de la modernisation des méthodes de gestion, de l’évaluation des résultats et de la capacité des services publics à répondre efficacement aux besoins des citoyens.
Le contrôle interne comme première ligne de défense
Autre point abordé : l’importance du contrôle interne et de l’audit interne dans les administrations publiques.
Ces mécanismes doivent être intégrés aux activités quotidiennes des services. Il ne faudrait plus attendre l’intervention d’un service de contrôle extérieur pour découvrir les faiblesses ou les irrégularités dans la gestion.
Le contrôle interne doit ainsi contribuer à la maîtrise des risques, à la sécurisation des dépenses publiques, à la prévention des fraudes et des détournements, mais aussi à l’amélioration de la performance des administrations.
Chaque fonctionnaire et chaque responsable public est donc appelé à contribuer, à son niveau, à la promotion d’une administration plus efficace, plus rigoureuse et plus responsable.
La digitalisation, une nécessité pour la nouvelle gouvernance
La digitalisation et l’interopérabilité des systèmes d’information ont constitué un autre axe majeur des échanges.
La modernisation des services publics passe notamment par la mise en place de plateformes sectorielles interconnectées, permettant aux différentes administrations d’échanger des données et de travailler de manière plus coordonnée.
Cette transformation doit contribuer à renforcer la transparence, améliorer la circulation de l’information et faciliter le contrôle des opérations publiques.
Mais plusieurs défis restent à relever, notamment en matière d’infrastructures, de compétences des ressources humaines et de mobilisation des ressources financières nécessaires à la transformation numérique.
L’IGF, en collaboration avec les structures publiques concernées, entend accompagner cette dynamique afin de favoriser la digitalisation et l’échange des données entre les différents services de l’administration publique.
« La digitalisation n’est plus une option »
Dans cette nouvelle ère marquée par l’accélération de la révolution numérique et l’avènement de l’intelligence artificielle, Christophe Bisimwa estime que la RDC ne peut plus se permettre de retarder sa transformation numérique.
La digitalisation de l’administration publique est désormais présentée comme une condition essentielle à la réussite du contrôle systémique, mais aussi comme un moyen de réduire l’opacité et de renforcer la transparence dans la gestion publique.
Les responsables des services publics ont ainsi été invités à s’approprier cette nouvelle culture administrative et à intégrer davantage les outils numériques dans leurs méthodes de travail.
« Ce séminaire ne doit pas être une fin en soi »
En guise de conclusion, Christophe Bisimwa a exhorté les participants à ne pas considérer ces deux jours de travaux comme une simple rencontre de formation.
Pour lui, le séminaire doit plutôt constituer le point de départ d’une transformation culturelle profonde au sein des administrations publiques.
Les connaissances acquises doivent désormais se traduire en actions concrètes dans les différents services de l’État.
« Vous êtes au cœur de l’action étatique. Vos décisions managériales peuvent changer positivement la vie de millions de nos compatriotes », a-t-il rappelé aux responsables présents.
L’Inspection générale des finances entend, pour sa part, poursuivre son accompagnement aux côtés des administrations publiques afin de relever les défis liés à la bonne gouvernance.
À travers son Plan stratégique 2026-2028, l’IGF mise ainsi sur une approche préventive, systémique, numérique et orientée vers la performance, avec l’ambition de contribuer à une gestion publique plus transparente, plus rigoureuse et plus efficace en République démocratique du Congo.




