Par Héritier Kazadi.
« J’ai comme impression que cette émission risque encore de créer plus de polémiques que de ramener la paix au sein d’Ensemble pour la République », telle a été la crainte émise par Pero Luwara, présentateur de l’émission ‘’Qu’entre nous’’ et patron de CPL-TV, qui recevait sur sa chaîne YouTube depuis Bruxelles, Me Hervé Diakese, porte-parole d’Ensemble pour la République, parti cher de Moïse Katumbi.
Cette crainte bien justifiée du journaliste sur les propos très durs tenus contre certains cadres du parti, notamment et surtout contre Salomon Idi Kalonda dit SK Della, a vite occasionné des sanctions sur l’avocat qui est suspendu de ses fonctions de porte-parole d’Ensemble pour la République et interdit de tout engagement et de toute activité au nom et pour le compte du parti. La mesure de cette suspension est annoncée dans un communiqué rendu public jeudi 20 août 2026 et signé par Dieudonné Bolengetenge, secrétaire général d’Ensemble pour la République, consulté par Scoop RDC.
Il lui est reproché d’avoir tenu au cours de cette émission « des propos désobligeants à l’encontre du leadership du parti et de plusieurs de ses cadres ».
Bien que la nature précise des faits reprochés à Hervé Diakese ne soit pas bien détaillée dans le communiqué, Scoop RDC s’est donné la peine de suivre sur YouTube l’entièreté de cette émission de 1 heure 28 minutes et 32 secondes et vous dégage les propos jugés par la hiérarchie d’Ensemble pour la République de « désobligeants ».
En effet, dans ses dires, Hervé Diakese se déclare très proche d’Olivier Kamitatu qu’il qualifie de « son mentor », sa source de son inspiration, un modèle politique pour lui. Or, au sein d’Ensemble pour la République, ce dernier est en divergence totale et en adversité prononcée avec Salomon Kalonda, l’éternel Conseiller spécial de Moïse Katumbi que l’on vante d’être « l’homme qui chuchote à l’oreille du chef ».
« Dans cette affaire, je suis avec Olivier. Si Olivier part, je pars avec lui…Dans cette affaire, je suis belligérant et belliqueux, j’ai un parti pris », déclare Me Diakese qui va plus loin pour dire que « toute personne dans Ensemble pour la République, quels que soient son rang et son statut, ne mérite aucun respect de moi s’il n’en a pas pour Olivier Kamitatu ».
A la relance du journaliste de savoir « toute personne, y compris Moïse Katumbi ! », Hervé Diakese le confirme jusqu’à traiter les adversaires de « son mentor » Kamitatu qui redoutent de son poids politique au sein d’Ensemble pour la République, de souffrir de « cécité politique » et d’« handicap stratégique mental ».
« Si nous perdons Kamitatu, on est foutu. Il représente à lui seul toute une armée (politique) », martèle-t-il en ajoutant : « une comparaison entre Salomon et Olivier, c’est même insultant pour ce dernier. On ne peut pas le faire…le manque du respect, on ne doit plus le tolérer ».
Dans un langage imagé, il traite Salomon Kalonda d’« aide du camp, bon pour apprêter les habits et les chaussures du chef » et Kamitatu de « maréchal » dans la cour de « l’empereur » Katumbi. « Lorsqu’un aide de camp se mêle des affaires des maréchaux, là c’est dangereux », déclare-t-il avant de verser dans la médisance : « Quand Oliveir Kamitatu était en train de faire des négociations à Sun City, il y avait de gens qui étaient en train de vendre des viandes boucanées, de vendre des vêtements et des chaussures en contrefaçon ».
Pour Hervé Diakese, tous les messages de Salomon Kalonda sortent des caniveaux. « Tout ce qui vient des caniveaux, on n’a pas besoin de l’extraire pour sentir les miasmes. Ça doit y rester », dit le fils de feu Gabriël Kyungu wa Kumwanza.
Signe de rupture et de départ…
La sortie médiatique très piquante de Me Hervé Diakese peut paraitre anodine, d’une expression d’un simple ras-le-bol, aux yeux de ceux qui souffrent, s’il faut emprunter ses propres mots, de la « cécité politique ». Mais les vrais lecteurs de la scène politique congolaise qui connaissent bien l’homme d’Olivier Kamitatu, y voient clairement les indices de son départ d’Ensemble politique en créant cet incident à travers son « disciple » Diakese, en cette période où le sujet du dialogue politique est sur les lèvres de tous les politiciens.
La restitution récente de son passeport confisqué par le pouvoir de Kinshasa et les informations circulant autour de son éventuel retour au pays, ont été analysées et perçues par plusieurs, à tort ou à raison, comme un rapprochement avec le régime de Tshisekedi.
Non sans raison, car l’homme est très connu pour sa transhumance politique légendaire. Son départ du MLC de son ami d’enfance Jean-Pierre Bemba dont il était secrétaire général, pour embrasser l’AMP de Kabila et sa rupture plus tard avec cette plateforme devenue MP afin de s’aligner derrière Moïse Katumbi, d’abord dans G7, puis maintenant dans Ensemble pour la République, sont de belles illustrations de cette transhumance politique doublée de trahison.
Comme dit-on que « qui a bu, boira », il ne sera pas surprenant d’apprendre sous peu que l’ancien président de l’Assemblée nationale, devenu par le concours des circonstances, directeur de cabinet de Moïse Katumbi et porteur de sa mallette, a quitté ce dernier pour se jeter dans les bras de Tshisekedi dont il a cessé ces derniers temps de critiquer durement comme auparavant. Croisons les doigts !




