Trois mois après la déclaration de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, le gouvernement fait état de plusieurs avancées dans la riposte, tout en reconnaissant que des défis importants demeurent.
Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Dr Roger Kamba, a présenté le bilan de la réponse sanitaire lors d’un briefing spécial animé par le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe.
Au cours de cet exercice, le ministre de la Santé a notamment mis en avant le renforcement des capacités de diagnostic, la multiplication des structures de prise en charge, l’introduction de nouvelles approches thérapeutiques, ainsi que les préparatifs liés à la vaccination des personnes les plus exposées.
Selon les chiffres communiqués au cours du briefing, l’épidémie a enregistré plus de 5 000 cas confirmés et plus de 2 300 décès après trois mois. La province de l’Ituri demeure le principal foyer de concentration de la maladie, même si des cas ont également été signalés dans d’autres provinces.
Pour Roger Kamba, ces chiffres doivent toutefois être analysés avec précision. Le ministre a expliqué que la stratégie de transparence adoptée par le gouvernement conduit à considérer chaque zone de santé touchée comme une zone épidémique, ce qui peut donner l’impression d’une propagation beaucoup plus large lorsqu’on ne regarde pas la répartition à l’échelle des aires de santé.
Plus de 20 laboratoires opérationnels
Parmi les principales avancées citées figure le renforcement du dispositif de diagnostic.
En trois mois, la RDC est passée d’une capacité très limitée à plus d’une vingtaine de laboratoires, notamment grâce à l’installation de laboratoires mobiles dans les zones affectées.
Cette évolution permet désormais de rapprocher le diagnostic des communautés et d’éviter que les échantillons ne soient systématiquement acheminés vers Kinshasa, comme cela pouvait être le cas au début de certaines précédentes épidémies.
La capacité de prise en charge a également été considérablement renforcée. Le pays dispose désormais d’environ 1 600 lits, selon les données présentées par le ministre de la Santé.
Cette augmentation des capacités vise notamment à permettre une prise en charge rapide des patients et à réduire le nombre de décès survenant dans les communautés.
La prise en charge précoce au cœur de la stratégie
Roger Kamba a insisté sur une particularité du virus Bundibugyo : ses premiers symptômes peuvent être relativement discrets.
Fièvre, maux de tête, douleurs abdominales, vomissements ou diarrhée peuvent être confondus avec d’autres maladies. Cette situation favorise le maintien des malades dans leurs communautés et augmente le risque de contamination des proches.
Contrairement à certaines formes d’Ebola caractérisées rapidement par des signes hémorragiques visibles, le virus actuellement en circulation peut ainsi passer plus longtemps inaperçu.
Le gouvernement appelle donc la population à consulter rapidement dès l’apparition de symptômes suspects.
Pour réduire les barrières à l’accès aux soins, les autorités ont également annoncé la gratuité des soins dans les zones concernées par la riposte. L’objectif est d’encourager les personnes malades à se rendre rapidement dans les structures sanitaires, même lorsqu’elles pensent souffrir d’une maladie banale.
Des traitements font l’objet d’évaluations
Autre évolution importante : la riposte ne repose plus uniquement sur les mesures classiques de santé publique.
Le ministère de la Santé a indiqué que certains médicaments antiviraux connus sont utilisés dans le cadre de traitements compassionnels, notamment dans certaines zones où des patients ont été pris en charge.
Le cas de la province de la Tshopo a notamment été évoqué. Selon le ministre, des patients y ont reçu un traitement antiviral et les résultats observés sont jugés encourageants.
Ces observations ne constituent toutefois pas encore une preuve définitive d’efficacité. Des essais cliniques sont menés parallèlement afin de déterminer scientifiquement l’efficacité des différents traitements.
La vaccination des personnels de santé se prépare
La vaccination constitue également l’une des nouvelles composantes de la riposte.
Le gouvernement étudie l’utilisation du vaccin déjà connu contre le virus Ebola Zaïre dans le contexte de l’épidémie actuelle liée au virus Bundibugyo.
Roger Kamba a expliqué que certaines observations réalisées sur des personnes précédemment vaccinées ainsi que des données issues d’études scientifiques ont montré des éléments encourageants.
Les autorités veulent ainsi commencer par les personnes les plus exposées, notamment le personnel de santé, avant d’envisager une extension à d’autres catégories selon les résultats et la disponibilité des doses.
Le ministre a cependant insisté sur la nécessité de ne pas présenter ce vaccin comme une protection absolue. Les données disponibles doivent encore être consolidées par les recherches en cours.
Kinshasa sous surveillance
La capitale fait également l’objet d’une attention particulière du gouvernement.
Face aux mouvements de populations en provenance des zones touchées, les autorités sanitaires ont renforcé la surveillance des voies d’entrée, notamment sur le fleuve.
Le ministre de la Santé a indiqué qu’un bateau en provenance d’une zone à risque avait été contrôlé à plusieurs dizaines de kilomètres de Kinshasa. Les passagers ont été examinés par les équipes sanitaires avant que le bateau ne poursuive son trajet.
À ce stade, le gouvernement affirme qu’aucun cas confirmé d’Ebola n’est enregistré à Kinshasa, tout en maintenant un dispositif de surveillance et de préparation afin de pouvoir réagir rapidement à toute éventuelle alerte.
La communauté, maillon essentiel de la riposte
Au-delà des moyens médicaux, Roger Kamba a insisté sur le rôle déterminant des communautés.
Selon lui, plusieurs décès surviennent encore dans les communautés parce que les malades tardent à rejoindre les structures sanitaires. La sensibilisation doit donc permettre de modifier les comportements face aux premiers symptômes.
Le gouvernement appelle notamment la population à éviter de toucher les personnes présentant des symptômes suspects, à ne pas manipuler les corps ou les effets personnels des malades et à signaler rapidement tout cas suspect.
Le message porté par les autorités sanitaires est donc sans ambiguïté : plus la prise en charge est précoce, plus les chances de survie augmentent et plus le risque de transmission diminue.
Après trois mois de riposte, le gouvernement entend ainsi consolider les acquis enregistrés et renforcer simultanément les volets médical, logistique et communautaire.
Pour Roger Kamba, la lutte contre Ebola ne peut toutefois être gagnée uniquement dans les centres de traitement. Elle dépend également de la capacité des communautés à reconnaître rapidement les symptômes, à accepter la prise en charge médicale et à respecter les mesures de prévention.




