Par Claude Baguma.
Longtemps associée aux conflits armés, aux catastrophes naturelles et à l’instabilité, la ville de Goma s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire. Pour la première fois, la capitale du Nord-Kivu accueillera un festival de mode d’envergure : Sauti ya Mitindo (La Voix de la Mode), un événement inédit placé sous le thème puissant de la Renaissance.
Bien plus qu’un simple rendez-vous de haute couture, ce festival dont la date n’est pas encore précise mais se prépare déjà, se veut un manifeste artistique et social, mettant en lumière le courage, la créativité et le talent des femmes dans une région où créer relève souvent d’un véritable acte de résistance.
Goma, une ville debout malgré les épreuves
Ville résiliente, marquée par les éruptions du volcan Nyiragongo et par des années de conflits armés, Goma continue pourtant de rayonner par sa vitalité culturelle. Aujourd’hui, ses talents locaux attirent l’attention de toute la région des Grands Lacs, prouvant que l’art peut éclore même sur des terres meurtries.
Une vision portée par une jeune femme de Goma
À l’initiative de Sauti ya Mitindo se trouve Sifa Aline Ndaliko, styliste et modéliste de 25 ans, native de Goma. Formée entre la Tanzanie et Kinshasa, elle a fait le choix fort de revenir dans sa ville natale afin de mettre son expertise au service de sa communauté.
Fondatrice et CEO de l’Alinda Fashion Academy, elle a transformé un simple atelier en un véritable espace d’autonomisation féminine. À ce jour, plus de 70 jeunes filles et femmes y ont été formées aux métiers de la mode, leur offrant une alternative concrète à la précarité dans un contexte marqué par l’insécurité persistante.
« Cette jeune femme a changé ma vie »
Parmi les bénéficiaires de cette initiative, Mme Alice, une trentenaire formée à l’académie, témoigne avec émotion : « Je me suis retrouvée assise sur le même banc que des jeunes filles, apprenant la corseterie à la main et bien d’autres techniques. Cette jeune femme a changé ma vie »
Aujourd’hui, Alinda Fashion Academy accueille des apprenant(e)s venus du Nord-Kivu, de l’Ituri, du Sud-Kivu, mais aussi de pays voisins, faisant de Goma un véritable carrefour régional de formation artistique.
Créer malgré la guerre
Pour Sifa Aline Ndaliko, la créativité ne doit jamais céder face à la violence : « Ce n’est pas parce que nous sommes en guerre que tout doit s’arrêter. Ce n’est pas facile, nous travaillons avec nos propres moyens. Il n’y a pas encore de grands financements, mais nous faisons avec ce que nous avons ».
Un message fort, dans un contexte où persévérer est déjà un acte de courage.
Un engagement salué par le monde culturel
Samuel Abiba, journaliste engagé et chargé de l’organisation du festival, se souvient de leur première rencontre en 2019 à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers (ISAM-Goma) : « Sifa était déjà une étudiante intelligente et novatrice. Aujourd’hui, je suis convaincu de ne pas m’être trompé en marchant à ses côtés. Son engagement pour la culture et pour faire entendre la voix des opprimés est un pas immense pour l’avenir de notre région ».
La mode comme voix d’espoir
Avec Sauti ya Mitindo, Goma ne célèbre pas uniquement la mode. La ville affirme que l’art, la culture et l’autonomisation des femmes peuvent devenir de puissants leviers de transformation sociale, même dans les contextes les plus fragiles.
Ce premier festival de mode s’annonce ainsi comme un message d’espoir, une vitrine du génie créatif congolais et un appel fort à la reconnaissance internationale des talents qui émergent de l’est de la République démocratique du Congo.


