Par Héritier Kazadi.
Par une décision présentée comme urgente et stratégique, le Gouvernement de la République démocratique du Congo a ordonné la reprise de la conduite de toutes les opérations militaires dans la province du Nord-Kivu par le Gouverneur militaire. Cette instruction est contenue dans une correspondance officielle signée le 5 juin 2026 par le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et Anciens combattants, Me Guy Kabombo Muadiamvita, et adressée au Chef d’État-Major Général des FARDC.
Le document, référencé N° VPM/MDNAC/CAB/3072/2026, indique que cette décision a été prise sur instruction du Commandant suprême des FARDC, le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Elle ordonne que le Gouverneur militaire du Nord-Kivu reprenne la conduite de toutes les opérations militaires menées sur l’ensemble du territoire provincial, conformément aux dispositions de l’Ordonnance relative à l’application de l’état de siège instauré depuis mai 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
« Je vous informe que, sur instructions du commandant suprême des FARDC, le Gouverneur militaire du Nord-Kivu doit reprendre la conduite de toutes les opérations militaires sur l’ensemble de la province », peut-on lire dans cette correspondance marquée du sceau de l’urgence.
Le ministre de la Défense demande par ailleurs à la hiérarchie militaire de prendre toutes les dispositions nécessaires pour l’exécution immédiate de cette instruction. Le document se conclut par une formule particulièrement ferme : « Exécution sans faille ».
Une décision dans un contexte sécuritaire délicat
Cette orientation des autorités congolaises intervient alors que la situation sécuritaire demeure préoccupante dans l’Est de la RDC. Le Nord-Kivu continue de faire face à plusieurs défis sécuritaires majeurs, notamment les attaques des groupes armés locaux et étrangers, les violences contre les populations civiles, les déplacements massifs de personnes ainsi que les tensions liées à la présence de mouvements rebelles dans plusieurs zones de la province.
Depuis l’instauration de l’état de siège, les autorités militaires ont reçu des compétences exceptionnelles afin d’accélérer les opérations de sécurisation et de restaurer l’autorité de l’État dans les zones affectées par l’insécurité. Cependant, au fil des années, plusieurs voix se sont interrogées sur l’efficacité du dispositif ainsi que sur la coordination entre les différents niveaux de commandement militaire.
La décision de redonner officiellement au Gouverneur militaire la conduite de toutes les opérations pourrait ainsi répondre à une volonté de renforcer l’unité de commandement et d’éviter toute dispersion des responsabilités sur le terrain.
Une volonté de renforcer la chaîne de commandement
Pour plusieurs observateurs, cette instruction traduit la volonté du pouvoir central de consolider le leadership de l’autorité provinciale dans la gestion des questions sécuritaires. En réaffirmant le rôle du Gouverneur militaire comme principal coordonnateur des opérations, Kinshasa entend probablement améliorer la cohérence stratégique des interventions militaires dans une province confrontée à des menaces multiples.
Cette mesure pourrait également permettre une meilleure coordination entre les unités déployées sur les différents fronts, les services de renseignement, la Police nationale congolaise et les autres structures impliquées dans la sécurisation de la province.
La mention « Exécution sans faille » témoigne de l’importance accordée à cette décision au plus haut niveau de l’État et laisse entrevoir une volonté d’obtenir des résultats concrets sur le terrain dans les plus brefs délais.
Un signal fort envoyé aux forces engagées au front
Au-delà de son caractère administratif, cette correspondance constitue un signal politique et militaire fort. Elle réaffirme que le Gouvernement demeure attaché au modèle de l’état de siège comme outil de gestion de la crise sécuritaire dans l’Est du pays.
La reprise du commandement opérationnel par le Gouverneur militaire pourrait permettre une meilleure centralisation des décisions et une plus grande rapidité dans la conduite des opérations. Dans un environnement marqué par des menaces évolutives et des affrontements récurrents, la fluidité de la chaîne de commandement est souvent considérée comme un facteur déterminant pour l’efficacité militaire.
Cependant, cette décision ne suffira pas à elle seule à résoudre les défis sécuritaires auxquels le Nord-Kivu est confronté. Son succès dépendra de plusieurs facteurs, notamment la disponibilité des moyens logistiques, la qualité du renseignement, la coordination entre les différentes forces engagées ainsi que l’adhésion des populations aux efforts de stabilisation.
En définitive, cette instruction de Kinshasa apparaît comme une tentative de renforcer l’autorité opérationnelle du Gouverneur militaire et de donner un nouvel élan aux efforts de sécurisation du Nord-Kivu. Reste à voir si cette réorganisation du commandement produira les résultats attendus sur le terrain, dans une province où la paix demeure l’une des principales attentes des populations.



