Travail de dimanche dans les banques commerciales : Le syndicat la CLE dénonce le caractère illégal de l’instruction de la BCC

Depuis la tendance baissière du franc congolais sur le marché de change en RDC, la Banque centrale du Congo (BCC) a multiplié les sorties médiatiques, les conférences de presse, les publications journalières du taux officiel et une lettre rendant obligatoire les heures de travail le dimanche dans les banques. 

Par la lettre du premier vice-gouverneur adressée à madame la présidente de l’Association congolaise des banques (ACB), relative aux files d’attente dans les guichets, les injonctions données sont non équivoques : l’ouverture obligatoire des agences le dimanche ce, jusqu’à 17 heures. 

Pour le syndicat Convention pour la lutte des employés (CLE), ce travail du dimanche énerve les articles 7 et 119 du Code de travail ainsi que les dispositions de l’arrêté ministériel 68-12 du 17 mars 1968 relatif au repos hebdomadaire. 

« Sauf dans les conditions prévues dans l’arrêté précité, les employeurs ne peuvent occuper, le dimanche, des travailleurs ou des apprentis. Ainsi, le repos hebdomadaire de 24 heures est une obligation légale échappant au pouvoir de direction des employeurs », rappelle le syndicat la CLE qui martèle sur le fait que le législateur interdit de faire travailler un même salarié plus de six jours par semaine en vue de respecter la limite de 45 heures. 

« Curieusement, la lettre de la BCC établit un régime d’exception amenant les prestations de certains salariés des banques à 53 heures par semaine. En cas de nécessité absolue pour contenir les urgences en entreprises, seul l’inspecteur du travail est compétent pour autoriser les prestations pendant le repos hebdomadaire après une demande motivée de l’employeur pour des  prestations ne pouvant dépasser 12 fois l’an », fait observer la CLE.

Pour éviter les mesures unilatérales en violation des dispositions légales, réglementaires et conventionnelles, la CLE invite l’Association congolaise des Banques à privilégier le caractère conventionnel avant l’exécution des injonctions de la BCC. Son président, Me José Kadima, rappelle que le législateur congolais a fait de l’horaire de travail une matière nécessitant aussi bien un avis préalable de la délégation syndicale (article 157 du code de travail) que de consultation obligatoire de la même instance (article 259 du code de travail).

En ́absence du caractère conventionnel pour l’exécution d’une telle mesure, la prise en charge des coûts afférents au personnel mobilisé, présentée comme appât pour les travailleurs mal payés, n’est qu’un voile pudique pour la dérive sanitaire et sociale contre le repos hebdomadaire obligatoire, fait remarquer la CLE. 

« Au demeurant, les problématiques des repos compensateurs des travailleurs mobilisés, les rotations des équipes successives et l’exercice des heures supplémentaires vont raviver les cas des pertes et erreurs dues à la fatigue des travailleurs et probablement conduire à leurs arrestations, aux procédures judiciaires et à leurs licenciements, victimes d’un syndicalisme passif », prévient la CLE qui s’indigne de l’empressement capitaliste surprenant des banques à faire travailler les congolais le dimanche, visiblement pour les profits et non pour rendre service à une clientèle quasiment absente, alors que l’ACB, destinataire de la lettre ne s’est pas encore prononcée sur la mesure.

La CLE conseille et estime que les modalités pratiques de cette mesure de la BCC conviennent d’être négociées entre les employeurs et les travailleurs aux mieux des intérêts de deux parties. 

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