« Il n’y a pas de fumée sans feu », dit-on ! Et en politique, certaines révélations donnent rétrospectivement un relief particulier aux déclarations d’hier.
En République démocratique du Congo (RDC), les informations faisant état de la naissance d’un nouveau mouvement rebelle armé, présenté comme une restructuration de l’AFC/M23 et placé sous la direction de l’ancien président Joseph Kabila, ravivent les interrogations sur les véritables rapports entre l’ex-chef de l’État et la rébellion qui sévit dans l’Est du pays.
Depuis samedi 10 octobre 2026, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), associée au Mouvement du 23 mars (M23), a été réorganisée sous une nouvelle appellation : le Front pour la refondation de la nation (FRN). Cette nouvelle structure est présentée comme un mouvement rebelle armé dont Joseph Kabila prendrait officiellement la tête. Il s’agit là sans doute d’une simple mutation de l’AFDL qui est passée par le RCD, le CNDP, le M23 1 et 2, l’AFC et maintenant vers le FRN sous l’éternelle emprise du Rwanda.
Non sans raison, car ce sont les mêmes figures de l’ancienne architecture qui reviennent à côté de Joseph Kabila : Bertrand Bisimwa, Sultani Makenga, Moïse Nyarugobo, René Abandi, etc. auxquelles il faut ajouter le nouveau patin Corneille Nangaa.
Et lorsque le président Tshisekedi avait déclaré le 6 août 2024, lors d’un entretien accordé à Top Congo FM depuis Bruxelles, parlant de l’AFC sous la coordination de Corneille Nangaa, que l’AFC c’est Kabila, beaucoup ont crié à la logorrhée et la calomnie.
Après Tshisekedi, les experts de l’ONU avaient aussi annoncé les contours de cette restructuration de l’AFC/M23 qui ne surgirait pas entièrement de nulle part. Leur rapport du 5 juin 2026 faisait déjà état d’une réorganisation profonde du mouvement, avec notamment un changement de nom envisagé et l’attribution de responsabilités de premier plan à Joseph Kabila.
Les experts relevaient également des rapprochements publics entre l’ancien président congolais et les dirigeants de l’AFC/M23. Étaient notamment évoqués ses déplacements, depuis mai 2025, dans des territoires contrôlés par la rébellion, ainsi que ses rencontres avec des responsables du mouvement.
Aujourd’hui que Joseph Kabila a fait tomber officiellement le masque, personne ne donne tort à Tshisekedi. Il avait vu juste.
Désavoue général et prise de distance
S’étant ainsi montré un loup dans la peau e l’agneau dans une bergerie aux yeux de Congolais, l’ancien président Joseph Kabila est vomi, non seulement par ses anciens sociétaires du PPRD-FCC, mais également par les non-politique.
Des sociétaires, on peut citer Ange Mushobekwa, Patrick Kanga, Marley Vuvu, India Omari, Allegra Fosh Ngalula, Alain Bolodjwa, …personne n’est d’accord avec le recours aux armes adopté par Kabila dans le combat politiquement démocratique.
Dans un message publié sur X, Mushobekwa dit avoir servi l’ancien président « avec respect, conviction et loyauté » pendant une dizaine d’années et lui exprime sa gratitude. Elle affirme toutefois refuser la voie armée qu’il a choisie, à laquelle elle assure n’être liée « ni de près ni de loin ». Faisant ce qu’elle qualifie de « choix républicain », Marie-Ange Mushobekwa indique qu’elle poursuivra son combat politique au sein de l’opposition, à Kinshasa et « mains nues ». Elle plaide pour un dialogue « franc, inclusif et constructif » comme seule voie vers la paix.
Quant à Marley Vuvu, il écrit aussi sur son X : « Le Congo n’a pas besoin d’un mouvement rebelle pour déstabiliser les institutions en place. Tous ceux qui veulent accéder au pouvoir doivent se battre par des voies constitutionnelles, et non prendre les armes au risque de sacrifier des milliers de Congolais. Je me désolidarise de Joseph Kabila. En tant qu’ancien président de la République, son rôle est de participer au débat démocratique pour le développement du pays, et non de contribuer à la déstabilisation des institutions. Le MRC et moi-même retirons toute considération à son égard ».
Dans un communiqué, Patrick Nkanga, annonce sa prise de congé du PPRD et sa démission de ses fonctions de Rapporteur du Bureau politique. Le choix actuel de Kabila ne fait pas partie de ses convictions politiques.
India Omari de son côté ne mâche pas les mots en se désolidarisant de son ancien mentor Kabila : « Parfois, la fidélité à ses convictions impose de se dissocier de certaines orientations et de prendre du recul lorsqu’elles s’éloignent de nos principes. Mon engagement demeure pacifique, dans le respect de la Constitution de mon pays et des valeurs démocratiques ».
Vice-présidente de la Ligue des jeunes du PPRD, Allegra Fosh Ngalula a présenté sa démission avec effet immédiat le 12 octobre 2026, refusant toute association avec des initiatives qui menacent la paix et les institutions congolaises.
S’exprimant au nom de la Génération Rupture (en dehors du PPRD mais proche des dynamiques politiques), Alain Bolodjwa a rejeté le soutien aux alliés de Joseph Kabila et réaffirmé son attachement aux voies démocratiques et constitutionnelles
Les non-politiques ont aussi vomi l’ancien président et sénateur à vie pour son recours aux armes.
« Kabila estime qu’il n’avait pas fini sa mission au profit du Rwanda, à savoir affaiblir la RDC pour la mettre à genoux et la dépecer dans un horizon proche !! », réagit Damien, tandis que Marco Mulumba, ancien journaliste de Radio Okapi réagit : « Il a repris ses caoutchoucs qu’il avait égarés dans les bourbiers de Masisi, et c’est là qu’il finira ses jours dans peu de temps comme Savimbi, Willy Ngoma et autres ».
Quant à Raphaël Lokombe, agent d’Ami Congo, il déclare que « Joseph Kabila vient de fermer d’une très mauvaise manière la parenthèse de 18 ans de sa présidence de la République cela donne finalement raison à ceux qui n’ont jamais cru à ses origines congolaises. Plusieurs Présidents Africains ont été persécutés par leurs successeurs le dernier en date c’est Édouardo d’Angola mais il n’a pas rejoint ou créé un mouvement insurrectionnel Franchement Congo Eza na chance te ».
Le silence de Kamerhe et Bahati sous le regard de l’opinion
Pendant ce temps, au sein de l’Union sacrée de la nation, le silence public de Vital Kamerhe et de Modeste Bahati Lukwebo, deux figures importantes de la majorité présidentielle, suscite également des interrogations.
Soixante-douze heures après le discours de Joseph Kabila évoqué dans les informations relayées, aucune réaction publique de leur part n’était signalée dans les éléments disponibles. Ce silence peut-il être interprété comme une réserve politique, une prudence stratégique ou simplement une attente d’éclaircissements ? En l’absence d’explications de leur part, aucune conclusion définitive ne peut être tirée. Mais ce silence est tout de même jugé suspect.



