Par Héritier Kazadi.
Le message délivré à Goma par le Panel des facilitateurs de l’Union africaine se veut à la fois diplomatique et politique : la recherche d’une paix durable dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ne peut, selon cette structure, faire l’économie du dialogue. Après sa rencontre avec l’AFC/M23, le panel encourage les parties à poursuivre de bonne foi le processus de Doha et appelle au strict respect des engagements de cessez-le-feu.
Dans un communiqué publié mercredi 7 octobre, le Panel réaffirme que le règlement de la crise congolaise doit passer par une démarche politique. Il exhorte les parties concernées à éviter toute action susceptible de fragiliser davantage le processus de paix, alors que la situation sécuritaire dans l’est du pays demeure particulièrement préoccupante.
Le cessez-le-feu comme premier test de crédibilité
Au-delà des déclarations diplomatiques, le respect du cessez-le-feu apparaît comme l’un des premiers indicateurs permettant de mesurer la volonté réelle des protagonistes de privilégier la négociation. Le Panel de l’UA appelle ainsi au strict respect des engagements pris dans le cadre des efforts de désescalade.
Dans un contexte où chaque incident militaire peut rapidement compromettre les acquis diplomatiques, le cessez-le-feu ne devrait pas être considéré comme une simple parenthèse entre deux offensives. Il constitue, au contraire, la condition minimale pour permettre aux discussions politiques de produire des résultats.
L’appel lancé depuis Goma prend donc une dimension particulière. La ville, devenue l’un des principaux foyers de la crise dans l’est de la RDC, demeure également un espace où se joue une partie importante de la bataille diplomatique autour du conflit.
Doha, une voie que l’Union africaine veut préserver
Le Panel encourage les parties à poursuivre de bonne foi le processus de Doha. Cette position traduit la volonté de l’Union africaine de préserver un cadre de dialogue susceptible de rapprocher les positions antagonistes et d’éviter une nouvelle escalade militaire.
Le dialogue de Doha ne peut toutefois pas devenir un simple rendez-vous diplomatique supplémentaire. Pour être crédible auprès des populations meurtries par des années de violences, il doit progressivement produire des effets visibles sur le terrain : baisse des hostilités, retour des déplacés, accès humanitaire et restauration des services publics.
Le risque, autrement, serait de voir s’installer un paradoxe : des négociations qui avancent sur le papier tandis que les populations continuent de payer le prix fort des affrontements.
Le Panel exige une coopération avec les mécanismes de vérification
Le Panel de l’Union africaine exhorte également les parties à coopérer pleinement avec les mécanismes chargés de vérifier le respect des engagements pris. Cette exigence est loin d’être secondaire.
Dans un conflit marqué par des accusations réciproques de violations du cessez-le-feu, les mécanismes de vérification sont essentiels pour établir les faits et éviter que les versions contradictoires ne deviennent elles-mêmes un obstacle au processus politique.
La coopération avec ces mécanismes devrait donc être perçue comme un instrument de confiance plutôt que comme une contrainte. Sans vérification crédible, chaque partie peut être tentée de se présenter comme victime et de justifier une nouvelle escalade.
La protection des civils au cœur du message africain
Le Panel insiste également sur l’urgence de protéger les civils, notamment les femmes et les filles. Il appelle à prévenir les violences sexuelles et à poursuivre les auteurs d’exactions.
C’est probablement sur ce terrain que la réussite du processus de paix devra être jugée avec le plus de sévérité. Une paix négociée entre acteurs armés mais incapable de protéger les civils ne saurait être considérée comme une paix véritable.
Les populations de l’est de la RDC attendent moins de nouvelles promesses que des changements concrets dans leur quotidien. Elles veulent pouvoir circuler, travailler, envoyer leurs enfants à l’école et accéder aux soins sans vivre sous la menace permanente des violences.
L’accès humanitaire, autre urgence
Le Panel réclame par ailleurs un accès humanitaire sûr et sans entrave. Il demande également la protection des services essentiels et des écoles, autant d’infrastructures directement exposées aux conséquences du conflit.
L’aide humanitaire ne peut être efficace lorsque les acteurs humanitaires travaillent dans un environnement marqué par l’insécurité, les déplacements massifs et les restrictions d’accès. Garantir les couloirs humanitaires devrait donc constituer une priorité immédiate de toutes les parties.
La protection des écoles revêt également une importance stratégique. Chaque établissement fermé ou transformé par la guerre représente une génération supplémentaire exposée à la déscolarisation et à l’incertitude.
Une délégation de haut niveau à Goma
La délégation du Panel de l’Union africaine était conduite par l’ancienne présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde. Elle comprenait également les anciens présidents Uhuru Kenyatta et Mokgweetsi Masisi.
La présence de ces anciens chefs d’État donne un poids politique particulier à la démarche. Elle montre que l’Union africaine entend mobiliser des personnalités disposant d’une expérience directe des mécanismes de médiation, de négociation et de gestion des crises régionales.
Cette composition peut être considérée comme un signal adressé aux différentes parties : la crise de l’est de la RDC n’est plus seulement une question sécuritaire nationale, mais également un dossier qui engage la crédibilité des mécanismes africains de résolution des conflits.
Souveraineté et intégrité territoriale de la RDC
Dans son communiqué, le Panel réaffirme également son attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.
Cette précision est politiquement importante dans un contexte où la question du contrôle des territoires constitue l’un des principaux points de tension. Le rappel de ce principe signifie que le processus de paix ne devrait pas aboutir à une remise en cause des fondements territoriaux de l’État congolais.
Mais le principe de souveraineté ne doit pas rester une formule diplomatique. Il doit se traduire par la capacité effective de l’État à protéger ses citoyens, à assurer les services essentiels et à garantir une administration fonctionnelle dans les zones affectées par la crise.
Des engagements qui doivent produire des résultats
Le Panel estime d’ailleurs que les engagements pris doivent se traduire par des améliorations concrètes pour les populations.
Cette exigence constitue sans doute l’un des éléments les plus importants du message délivré à Goma. Elle rappelle que la diplomatie ne peut être évaluée uniquement à travers le nombre de rencontres organisées ou de communiqués publiés.
La véritable mesure du processus de paix sera visible sur le terrain. Si les armes se taisent, si les déplacés commencent à regagner leurs villages, si les écoles rouvrent et si l’aide humanitaire circule librement, alors le dialogue commencera à acquérir une légitimité populaire.
À l’inverse, si les déclarations politiques se multiplient sans amélioration de la situation sécuritaire et humanitaire, la confiance des populations risque de s’éroder davantage.
Goma, nouveau théâtre de la bataille diplomatique
La rencontre entre le Panel de l’Union africaine et l’AFC/M23 à Goma intervient ainsi à un moment où la diplomatie tente de reprendre l’initiative sur le terrain militaire.
Il appartient désormais aux différents acteurs de démontrer que le dialogue n’est pas utilisé comme une stratégie de temporisation ou comme une couverture politique pendant que les rapports de force continuent de se construire sur le terrain.
La poursuite de Doha devra donc être accompagnée d’engagements vérifiables. Le respect du cessez-le-feu, l’accès humanitaire, la protection des civils et la coopération avec les mécanismes de vérification doivent constituer des lignes rouges.
Le véritable enjeu : passer des engagements aux actes
Au fond, le message du Panel de l’Union africaine peut se résumer à une équation relativement simple : dialogue politique, cessez-le-feu, protection des civils et résultats concrets.
Mais cette équation ne pourra fonctionner que si les parties acceptent de transformer leurs engagements en actes.
La RDC a déjà connu plusieurs initiatives de paix, plusieurs médiations et plusieurs engagements restés sans lendemain. L’enjeu actuel est donc d’éviter que Doha ne rejoigne la longue liste des processus diplomatiques dont les populations ont attendu les dividendes sans jamais les recevoir.
Le déplacement à Goma de Sahle-Work Zewde, Uhuru Kenyatta et Mokgweetsi Masisi constitue à cet égard un signal diplomatique important. Mais la véritable bataille commence maintenant : faire en sorte que les engagements annoncés à la table des négociations soient perceptibles dans les villages, les villes et les camps de déplacés.
Pour les populations de l’est de la RDC, la paix ne se mesure pas au contenu des communiqués. Elle se mesure à la fin des violences, au retour de la sécurité, à la réouverture des écoles, à l’accès aux soins et à la possibilité de vivre dignement sur ses propres terres.
Le Panel de l’Union africaine a donc placé les parties devant leurs responsabilités. La balle est désormais dans leur camp. Le processus de Doha ne sera crédible que s’il parvient à transformer le langage diplomatique en réalité sécuritaire et humanitaire.



