Entendu de juristes et de ses confrères avocats : « Nous sommes déshonorés par la sortie ratée de Me Dorothée Madila »

L’avocate-députée nationale Dorothée Madiya est ce dernier temps la cible des critiques paroxysmiques dans la presse et sur les réseaux sociaux. Non seulement que les journalistes qu’elle a médisés dans son point de presse, se sont chargés d’elle pour relever dans leurs publications ses faiblesses de la grammaire française ainsi que ses insuffisances de la loi sur la presse, mais aussi les juristes et ses confrères avocats ont vivement critiqué sa sortie médiatique.

Un avocat qui a requis l’anonymat déclare ceci à Scoop RDC : « une affaire dans une instruction préjudictionnelle, il est interdit par le code de déontologie et par la loi, de commenter. Elle ne pouvait pas se permettre de le faire dans une affaire dont elle est la principale actrice. Pourquoi elle est la principale actrice, c’est parce qu’elle dit elle-même que son client ne réclame pas de dommages-intérêts. Implicitement, ça veut dire qu’elle n’est pas partie civile dans l’affaire menée par le ministère public contre la journaliste ».

L’avocat explique que c’est le ministère public qui devait en principe parle. Il se demande quelle opportunité pour elle d’organiser une conférence de presse pour parler au nom du ministère public.

« Même en parlant comme ministère public, elle n’a pas le jargon journalistico-juridique, elle ne maîtrise rien », déplore son confrère qui regrette du fait qu’elle est ignorante de l’existence de l’UNPC qui a un tribunal des paires qui juge les délits de presse, en parlant malencontreusement du CSAC.

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« Quand le CSAC constate qu’il y a délit de presse, et que ces faits sont constitutifs des faits infractionnels, il traduit le journaliste devant le procureur de la République du parquet près le tribunal de grande instance du lieu de la commission de ces infractions. Mais elle s’érige en CSAC, elle ne connait pas le rôle du CSAC, elle ne connait pas le rôle de l’UNPC, elle rétablit Muyaya journaliste, elle ne comprend pas que la loi de 2023 dite loi Muyaya érige comme préalable que le droit de réponse constitue un moyen de réparation du préjudice et annule le dommage-intérêt », explique l’avocat interlocuteur de Scoop RDC qui ne comprend pas comment une législatrice de son état peut-elle se comporter de la sorte.

Un autre juriste qui s’est aussi confié au média en ligne tranche lui carrément : « Après la sortie médiatique de notre consœur, il y a lieu de formuler des recommandations à nos barreaux qui s’évertuent à organiser des épreuves écrites pour l’admission sur la liste des stagiaires sans tenir compte des examens oraux qui devraient nous permettre de jauger le niveau d’éloquence ou des atouts de l’impétrant à prendre parole sur des bases reconnues justes ».

Pour lui, si nous pouvons ensemble scruter les caractéristiques du langage d’un avocat, nous pourrions retenir ce qui suit :

1. L’avocat doit réserver une attention soutenue à la précision terminologique (le mot juste selon le contexte) car chaque concept a une conséquence juridique et c’est pour cela, plusieurs actes juridiques (lois, contrats ou conventions) contiennent des glossaires facilitant l’interprétation et la compréhension des dispositions ou des clauses.

2. L’avocat doit intégrer dans son exercice oral la prudence et la nuance de peur de ne pas s’enfermer ou se lier par ce qu’il débite. D’où, les expressions, » sans préjudice de… »,  » A titre principal et à titre subsidiaire… »

3. Le langage d’un avocat doit mettre au centre la dépersonnalisation ou l’impersonnalisation : le non recours excessif à « je » mais l’on peut mieux dire, par exemple, « la jurisprudence constante renseigne… », « la doctrine enseigne… ».

4. Le langage juridique offre une place importante au rituel, à la solennité et l’on observe que des formules telles que « Plaise à la Cour… », « Votre honneur… » sont souvent usitées.

5. Le langage juridique doit ressortir de la clarté, de la cohérence, de la rigueur et surtout une très bonne logique car c’est pour cela que le syllogisme ou la philosophie constituent des outils dissuasifs de l’avocat en particulier et de tout juriste en général.

Ce juriste chevronné qui a préféré l’anonymat, conclut par : « la sortie médiatique de l’avocate a jeté dans l’opinion une certaine absurdité car l’on avait l’impression que c’était, elle, la plaignante faute de l’observance du principe de dépersonnalisation dans son langage. Nous sommes déshonorés par la sortie ratée ».

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