Les centrales électriques flottantes annoncées à Kinshasa : Gare au scepticisme de saint Thomas

Lors du briefing presse organisé par le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya auquel le directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL), Teddy Lwamba, a été l’invité principal face aux journalistes.

Parmi les solutions planifiées pour combattre les délestages à Kinshasa, le Dg de la SNEL a évoqué le recours aux centrales électriques flottantes en vue de pallier l’insuffisance de la production du Barrage Inga.

En effet, sur un besoin de la capitale congolaise exprimé de près de 1.200 MW, Inga ne lui fournirait que 620 MW, soit la moitié. Parfois, cette production baisse à 450 MW pendant d’étiage.  

Ce grand déficit a des conséquences néfastes sur les industries, les ateliers, les commerces et les ménages obligés de s’alimenter par des groupes électrogènes qui entrainent ainsi des coûts supplémentaires énormes.

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Mais déjà avec cette annonce du recours aux centrales électriques flottantes, les critiques se multiplient et vont dans tous les sens jusqu’à à pousser certains au scepticisme de saint Thomas.

Il est vrai que la critique peut aider à éclairer une décision publique d’autant plus qu’une capacité supplémentaire peut simplement contribuer à soulager une crise structurelle sans prétendre, à elle seule, la résoudre. Cependant, le bon sens exige cette critique distingue la nature du problème, la portée de la solution proposée et les responsabilités financières des parties. Autrement dit, elle doit partir du déficit réel de Kinshasa et du montage économique du projet.C’est à cette réalité que doit être confronté le débat sur les centrales flottantes.

Mais présenter d’emblée le projet comme une opération coûteuse et sans intérêt revient à prononcer un verdict avant même le procès.

Face aux délestages quasi permanents, apporter une capacité supplémentaire qui réponde bien à une dimension structurelle du problème n’est pas une aberration. Non sans raison, car une centrale flottante a un intérêt immédiat qui est bien précis : rendre davantage d’énergie disponible et diminuer une partie des restrictions, sous réserve que le réseau puisse acheminer cette production jusqu’aux consommateurs.

Eclairage sur le montage financier

Ici il faut préciser que les éléments communiqués en soutien au projet, le montage financier Karpowership–SNEL ne ferait pas supporter à la société nationale l’investissement dans le bateau-centrale. L’énergie serait destinée aux consommateurs finaux, tandis que la SNEL percevrait une rémunération de 13 % pour son passage sur le réseau.

Si ces dispositions sont confirmées par le contrat, présenter l’opération comme une acquisition financée par la SNEL serait inexact. L’analyse doit alors porter sur les conditions de vente de l’électricité, la rémunération du réseau et les obligations de chaque partie.

L’absence d’investissement initial ne suffit toutefois pas à établir l’absence de tout risque. Il faut connaître la base de calcul des 13 %, les charges supportées par la SNEL, les modalités de recouvrement et les garanties éventuellement accordées. Ce sont ces clauses qui permettront de juger l’équilibre économique du projet.

Si alors ce contrat de collaboration signé en 2021 a été agréé par l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité en 2022, donc le projet a été jugé bancable et n’appelle pas de critiques stériles et non fondées. Celles-ci ne doivent pas enfermer Kinshasa dans un choix artificiel entre une réponse immédiate et des investissements durables. La capitale a besoin de puissance supplémentaire aujourd’hui, tout en ayant besoin de voir développer sa capacité à Inga, de renforcer son réseau et d’améliorer la gestion du secteur sur plusieurs années. Les centrales flottantes doivent être évaluées à cette double échelle.

Kinshasa attend de l’électricité. D’où pour le moment, les détracteurs du DG Teddy Lwamba devraient s’éviter le scepticisme de saint Thomas vis-à-vis centrales électriques flottantes. Leur utilisation n’est pas une invention congolaise, d’autres pays comme la Côte d’Ivoire, l’Equateur, l’Indonésie, la Guinée, le Cuba, etc. en ont expérimenté et en font usage.

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