Tshisekedi en Israël : le Congo doit d’abord défendre ses intérêts

Par Gilbert MUHIKA/Analyste politique et Administrativiste

La visite du président Félix-Antoine Tshisekedi en Israël suscite depuis quelques jours de nombreuses réactions. Sur les réseaux sociaux, certains voudraient enfermer ce déplacement dans le seul conflit du Moyen-Orient et demander à la République démocratique du Congo de choisir son camp. Mais est-ce réellement ainsi que doit fonctionner la diplomatie d’un grand pays ?

La RDC traverse une période particulièrement difficile de son histoire. Une partie de son territoire demeure confrontée à la guerre, aux groupes armés et aux ingérences extérieures. Dans le même temps, le pays doit accélérer sa modernisation, sécuriser ses frontières, développer son agriculture, acquérir de nouvelles technologies, attirer des capitaux et transformer son immense potentiel économique en puissance réelle.

Dans ces conditions, la première responsabilité du Président de la République est de rechercher partout où cela est possible des partenariats utiles au Congo. C’est sous cet angle que la visite en Israël mérite d’être appréciée.

Israël dispose d’une expérience reconnue dans plusieurs domaines stratégiques qui intéressent directement la RDC : agriculture, irrigation, gestion de l’eau, technologies, sécurité, renseignement, cybersécurité, innovation et formation. Si Kinshasa peut tirer de cette coopération des capacités nouvelles pour protéger son territoire, moderniser son économie et améliorer les conditions de vie de sa population, pourquoi devrait-elle s’en priver ?

La diplomatie n’est pas un concours d’amitiés. Elle est d’abord la défense des intérêts d’un État. La RDC entretient des relations avec les États-Unis, la Chine, l’Union européenne, les pays africains, les États du Golfe et de nombreux autres partenaires. Coopérer avec l’un ne signifie pas devenir l’adversaire des autres. De la même manière, renforcer les relations avec Israël ne signifie pas que le Congo adopte automatiquement toutes les positions de l’État israélien.

Notre pays doit précisément sortir de cette diplomatie où les autres choisissent à sa place ses amis, ses partenaires et ses priorités.

Pendant trop longtemps, le Congo a possédé des richesses convoitées par le monde entier sans disposer de toute la puissance politique, économique, technologique et militaire correspondant à son potentiel. La véritable question devrait donc être : qu’est-ce que cette visite peut rapporter concrètement à la RDC ? Des investissements ? Des technologies agricoles ? Une coopération sécuritaire ? Des capacités de renseignement ? Des formations ? Des solutions dans l’eau et l’énergie ? Des partenariats industriels ? C’est sur ces résultats que le déplacement présidentiel devra être jugé.

Il faut également comprendre qu’un pays confronté à une menace sécuritaire ne peut se permettre une diplomatie sentimentale. Il doit multiplier ses partenaires, diversifier ses alliances et rechercher partout les compétences susceptibles de renforcer sa souveraineté.

Le patriotisme ne consiste donc pas à applaudir automatiquement chaque décision du pouvoir. Il consiste aussi à savoir reconnaître et soutenir une initiative lorsqu’elle peut servir les intérêts supérieurs de la Nation, tout en exigeant qu’elle produise des résultats.

La RDC n’a pas vocation à devenir l’appendice diplomatique de Washington, Pékin, Bruxelles, Moscou, Jérusalem ou de quelque autre capitale. Elle doit rester maîtresse de ses choix.

C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre le déplacement du président Tshisekedi : non pas comme le choix d’un camp contre un autre, mais comme la recherche de nouveaux leviers pour défendre le Congo.

Au bout du compte, une seule question devrait guider notre jugement : le Congo sortira-t-il plus fort de ce partenariat ? Si la réponse se traduit demain par davantage de sécurité, de technologies, d’investissements, de capacités agricoles et de souveraineté, alors cette visite aura servi la République.

Car en diplomatie, comme ailleurs, le premier devoir d’un État est de défendre les intérêts de son peuple.

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