Le 11 mai 2026, Jeanne-Blandine Kawanda Walwom, directrice générale de la Congolaise des voies maritimes est suspendue pour trois mois de ses fonctions par la ministre du Portefeuille, Julie Shiku. Grief : tentative de détournement de 44 millions USD dans une opération d’achat d’une drague autoporteuse à élinde traînante pour désenvaser le bief maritime du fleuve Congo. Un contrat négocié en gré à gré avec le néerlandais IHC DREDGING. Mais cette suspension de trois mois est au-delà de sa durée.
Le samedi 05 septembre 2026, Me Justin Molima invite la presse. Objectif : éclairer l’opinion sur ce dossier et laver Jeanne-Blandine Kawanda, sa cliente, de l’opprobre vers lequel l’on veut la trainer.
De prime à bord, l’avocat fait savoir l’acquisition d’une drague n’est pas l’initiative de sa cliente. C’est un projet de 2019 qu’elle a trouvé sur la table à sa prise des fonctions à la tête de la CVM en juin 2024. L’urgence d’avoir cet outil important de travail est réelle et pressente. Mais la société n’a pas d’argent pour se l’acheter.

Dans son esprit managérial, explique Me Molima, Jeanne-Blandine Kawanda se tourne vers l’Association des armateurs, partenaires de la CVM et premiers bénéficiaires des services de dessablement du bief maritime, réunis au sein de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC). Un montage financier est effectué avec l’Association des armateurs africains pour cette acquisition. Un compte est créé et cogéré par la FEC et la CVM. Donc, pour que l’argent sorte de ce compte, il faudra la réunion obligatoire de deux signatures.
Me Justin Molima explique aussi que le process de la passation du marché de gré en gré a été validé par les deux ministères de tutelle (Portefeuille et Transports) et autorisé par la Direction générale de passation des marchés publics. Et que le choix du constructeur hollandais de la drague n’a pas été fait par sa cliente, mais plutôt par les armateurs. Non sans raison, car chaque drague a sa spécificité selon l’hydrologie.
De la transaction et du montant …
Le prix est convenu à 38 millions USD. Ce montant comprend la fabrication, la formation des techniciens congolais, la prise en charge des techniciens hollandais qui viendront au Congo et d’autres charges d’entretiens.
Me Justin Molima insiste sur le fait que la CVM a des caisses vides mais s’abreuve aux mamelles de l’Association des armateurs qui ont leur argent versé dans le compte. L’opération doit être faite avec la banque UBA. Mais comme celle-ci n’a pas une renommée internationale, elle est portée par une banque allemande par laquelle elle doit passer pour verser l’argent dans le compte d’IHC DREDGING. Un acompte de 12.000 euros est ainsi versé.
Il ne s’agit donc pas de 44 millions USD dont on parle que d’ailleurs la CVM n’a pas dans son compte, indique Me Molima pour élaguer le reproche de tentative de détournement.
« Mme Kawanda n’a pas brassé cet argent. Il n’y a pas eu un compte appartenant à Mme Kawanda dans lequel est parti l’argent pour la firme. C’est UBA vers la banque internationale qui l’a parrainée. Donc, il n’y a pas 44 millions USD logés quelque part que Mme Kawanda aurait tenté de détourner. Ça n’existe pas, la CVM n’a pas 44 millions logés quelque part qu’aurait tenté de détourner Mme Kawanda, c’est la cagnotte de la Corporation des armateurs qui est logée à l’UBA qui aide à acheter cette drague-là », martèle l’avocat en ajoutant que tout a été fait dans une transparence totale et que les preuves existent à l’UBA.
« On est en train de peindre en noir ma cliente alors qu’elle est très blanche », a conclu Me Molima.
Affaire de rétrocommission en sourdine…
Dans sa spécialité de fouiner jusqu’au fond pour bien comprendre les contours et les dessous de ce dossier. Conclusion : une affaire de rétrocommission, mieux de surfacturation que Mme Kawanda aurait refusée de cautionner.
Tout partirait d’un ordre de mission rejeté par le ministère des Transports qui comportait le nom du PCA de la CVM, Christopher Ngoy, et d’autres administrateurs pour un voyage aux Pays-Bas en vue de négocier avec IHC DREDGING.
Le PCA Ngoy avec d’autres administrateurs auraient demandé à la DG, à défaut de rétrocession que la firme hollandaise ne pouvait pas donner sur les 38 millions, de mentionner un montant de 44 millions dans le contrat de telle sorte que le gap de 7 millions soit rétribué, non seulement entre eux, mais aussi avec certains conseillers de la Primature habitués à la mafia. Proposition qu’aurait catégoriquement refusée la DG Kawanda. D’où ses déboires partis de la Primature.
Règlement des comptes…
Selon certaines indiscrétions parvenues à Scoop RDC, le courant ne passerait pas bien entre Mme Kawanda et Mme Julie Shiko, ministre du Portefeuille qui a la tutelle administrative sur la CVM. Ego des femmes…
La DG de la CVM serait ainsi victime de « qui veut noyer son chien, l’accuse de rage ». Non sans raison, car Mme Shiko est censée bien connaitre que la CVM ne peut jamais disposer de 44 millions USD dans son compte, pas même 5 millions. Pourquoi alors une sanction sur un montant inexistant ? Pourquoi ne pas approcher la FEC de qui dépend l’Association des armateurs, propriétaire de l’argent logé à l’UBA ?
S’inscrivant dans la logique de « Ôte-toi de là, que je m’y mette », le DGA Sele Yemba, désigné par Mme Shiku pour assumer l’intérim, tirerait déjà le drap de son côté, en instrumentalisant les syndicalistes et agents de la CVM dans la diabolisation de sa titulaire.
« En seulement trois mois, le bilan est palpable : Renouvellement des outils de travail, avec l’achat de jeeps neuves et de tracteurs ; Social du personnel amélioré, avec le paiement, 40 ans après, d’une prime spéciale longtemps réclamée. Une bouffée d’oxygène pour une entreprise stratégique longtemps asphyxiée par la mauvaise gouvernance. Les agents en appellent désormais au chef de l’État, Félix Tshisekedi : au regard des conclusions accablantes de l’Inspection Générale des Finances, ils exigent l’ouverture d’un dossier judiciaire contre Blandine Kawanda et que justice soit faite », fait écrire Dr Sele Yemba dans un média très proche de son parti politique UNC. De la bonne guerre de positionnement…




