Le territoire de Wamba, dans la province du Haut-Uélé, se retrouve au cœur d’une situation très préoccupante où se croisent désormais trois fronts auxquels l’État doit répondre efficacement : la riposte rigoureuse contre la maladie à virus Ebola, la persistance de la menace des ADF et les accusations visant certains éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Cette situation, décrite par certains acteurs locaux comme une « tri-insécurité », dépasse désormais la seule question sécuritaire. Elle interpelle directement l’autorité de l’État, la chaîne de commandement militaire et la capacité des pouvoirs publics à garantir la protection d’une population déjà fragilisée.
La situation telle que décrite par la députée nationale Géneviève Inagosi en vacances parlementaires dans le Haut-Uele et à lire le message adressé au député André Lite par l’abbé Dieumerci, aumônier diocésain du CALCC, actuellement en soins médicaux à Bujumbura, sollicite une intervention urgente des autorités nationales.
Le plaidoyer identifie trois fronts auxquels l’État est appelé à répondre simultanément : endiguer Ebola, neutraliser la menace des ADF et restaurer la discipline au sein des forces chargées de protéger les populations.
Ebola : une riposte sanitaire peu efficace
La maladie à virus Ebola constitue le premier défi. Malgré la décision de l’administrateur du territoire a.i. de fermer certains points de passage, notamment PK 18 et PK 51, afin de limiter les mouvements susceptibles de favoriser la propagation de l’épidémie, 6 zones de 13 zones sont gravement touchées la maladie.
Dans la zone de santé de Pawa par exemple, sur 17 de 19 cas détectés et confirmés sont décédés. Et c’est pareil dans d’autres zones également où le taux de mortalité de la maladie dépasse 80%.
Face aux promesses élastiques des partenaires qui tardent à être des actions concrètes, la députée nationale Géneviève Inagosi sollicite l’intervention du président de la République, en sa qualité de président de la task force de riposte contre Ebola, pour une disponibilité des ressources conséquentes pour la riposte efficace dans la province du Haut-Uélé, où dit-elle, il n’y a aucun centre de prise en charge ou de traitement qui réponde aux normes requises.
La même attention particulière, l’élue de Wamba la sollicite auprès de la première ministre à qui elle demande de faire une descente au Haut-Uélé comme elle l’a fait en Ituri et à la Tshopo.
Au ministre de la santé publique, Géneviève Inagosi déconseille de gérer à distance à partir de Kinshasa la risposte. Elle lui demande de descendre aussi sur le terrain en vue de constater personnellement l’ampleur de la maladie au lieu de se contenter des rapports lointains.
ADF : la question de l’efficacité du dispositif sécuritaire
Le deuxième front concerne la menace des groupes armés. Dans son message au député André Lite, abbé Dieumerci déplore ce qu’il considère comme une réponse insuffisante face aux ADF, alors que plusieurs zones du territoire de Wamba restent exposées aux violences et aux incursions. Ce qui complique aussi la riposte contre Ebola.
Il cite notamment Sukanamboka à Mungbere, Betongwe et Sele-Sele, où des civils et des écoliers seraient retenus ou portés disparus dans le contexte des violences armées.
Au regard des indices du mode opératoire des ADF, l’assassinat du chef Mamboli décapité avec ses enfants dans le groupement Bedegawo et la tuerie de 21 personnes dans la même contrée, leur sont attribués.
La hiérarchie militaire est donc appelée à intensifier les opérations contre les groupes armés et à renforcer la protection des populations.
Indiscipline militaire à sanctionner
Alors que la décision de l’administrateur a.i. de fermer certains points de passage était considérée comme salutaire, certains militaires chargés de faire respecter les restrictions, ont transformé les barrières sanitaires en lieux de tracasseries et de perception illégale d’argent sous forme de péage. Des sommes allant, selon le témoignage fait au député André Lite, de 5.000 à 100.000 francs congolais seraient exigées auprès de personnes, automobilistes, motocyclistes ou cyclistes.
Ces accusations, qui nécessitent des vérifications par les autorités compétentes, soulèvent une question importante pour la gouvernance de la crise : comment faire respecter les mesures sanitaires sans fragiliser davantage une population déjà éprouvée ?
La réussite de la riposte contre Ebola repose en effet sur l’adhésion des communautés. Toute pratique susceptible d’être perçue comme une tracasserie peut alimenter la méfiance et compromettre l’efficacité du dispositif sanitaire, estime la députée Inagosi.
Outre les tracasseries et la perception illégale du péage, une série d’autres griefs visant certains militaires, accusés notamment des faits présumés de rançonnement, violences sexuelles, pillages, vols, assassinats et indiscipline, sont rapportés.
À Mungbere, un infirmier a été tué alors qu’il était en service à l’hôpital.
À Apodo, plusieurs accusations de violences sexuelles sont rapportées et un enfant a été tué alors qu’il tentait de défendre sa mère contre le viol.
À Mekoko et dans les villages environnants, plusieurs cas de viols ont également été signalés à la Société civile locale.
La gravité de ces accusations impose cependant de distinguer les faits rapportés des faits judiciairement établis. Seules des enquêtes crédibles pourront permettre d’en vérifier la matérialité et d’établir les éventuelles responsabilités individuelles.
Wamba-Centre : un incident qui appelle des éclaircissements
Le témoignage fait également état d’un incident qui a eu lieu dans la nuit du samedi 22 août, vers 23 heures, au quartier Gbadi, sur l’avenue Yangala, à Wamba-Centre.
Selon le récit transmis, un jeune homme a été abattu alors qu’il tentait de porter secours à une fille agressée sexuellement à son domicile par un militaire.
Si ces faits étaient confirmés, ils nécessiteraient une réponse judiciaire immédiate et transparente.
La chaîne de commandement au centre des interrogations
Derrière les accusations formulées se pose une question plus large : celle de l’autorité de l’État et du fonctionnement de la chaîne de commandement militaire.
Une armée ne peut remplir efficacement sa mission que si elle dispose d’un encadrement rigoureux, d’une discipline effective et de mécanismes de contrôle et de sanction.
Lorsque certains militaires sont accusés de violences contre les populations qu’ils sont censés protéger, la responsabilité individuelle des auteurs présumés doit être établie, mais l’efficacité des mécanismes de supervision et de commandement doit également être interrogée.
Le message adressé aux autorités évoque par ailleurs un sentiment d’impunité qui serait perceptible sur le terrain. Il signale également l’abandon présumé de certains sentiers stratégiques, notamment Injo, Kpulu et Agyabalekpata, ce qui, selon le témoignage, pourrait créer des espaces favorables aux mouvements des groupes armés.
« Qu’ils aillent au front ! »
Le témoignage devient particulièrement ferme lorsqu’il dénonce la présence supposée de certains militaires dans des lieux de consommation d’alcool ou leur implication présumée dans des comportements répréhensibles, alors que plusieurs zones sensibles nécessiteraient une présence sécuritaire accrue.
« Qu’ils aillent au front ! », cette formule traduit une frustration plus profonde : celle d’une population qui attend des forces de défense qu’elles concentrent leurs efforts sur les zones où la menace armée demeure la plus importante. La question de la confiance entre les populations et les forces de sécurité apparaît donc centrale.
Il faut le rétablissement urgent de la discipline militaire, la sanction des éléments qui seraient reconnus coupables de violations, le délogement des ADF de leurs bastions, la restauration de l’autorité de l’État et la poursuite de la lutte contre Ebola sans tracasseries envers la population.
La situation de Wamba place ainsi les pouvoirs publics face à une triple exigence : répondre à l’urgence sanitaire, renforcer la réponse sécuritaire et garantir la discipline des forces chargées de protéger les citoyens. Ces trois dimensions sont étroitement liées.
La lutte contre Ebola ne peut être efficace sans la confiance des populations. La lutte contre les ADF ne peut produire des résultats durables sans une présence effective de l’État. Et la restauration de l’autorité publique ne peut être crédible si les éventuels abus commis par des agents de l’État restent sans réponse.
Le dossier de Wamba appelle donc moins à une simple réaction ponctuelle qu’à une réponse institutionnelle, sécuritaire, sanitaire et judiciaire coordonnée.
Pour les autorités nationales, l’enjeu est désormais clair : protéger les populations, rétablir l’ordre dans les zones affectées, renforcer la discipline au sein des forces de défense et garantir que la riposte contre Ebola ne devienne pas une nouvelle source de vulnérabilité.
À Wamba, la demande formulée est finalement celle d’un État plus présent, plus protecteur et plus exigeant envers ceux qui agissent en son nom.




