Par Héritier Kazadi
L’inquiétude grandit dans le territoire de Bafwasende, dans la province de la Tshopo, où l’avancée de la menace des rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) provoque un important mouvement de déplacement des populations. Au moins douze villages du groupement Bambodi, situé dans le secteur de Barumbi, se sont progressivement vidés de leurs habitants ces dernières semaines, sous l’effet de la psychose sécuritaire qui gagne la région.
Selon le député provincial Typhen Mabikinyambey, les combattants ADF auraient été repérés à proximité immédiate de plusieurs localités de Bambodi, à seulement deux heures de marche des villages concernés. Une présence qui alimente la crainte d’éventuelles attaques et pousse les habitants à abandonner leurs foyers par mesure de précaution.
Face à cette menace persistante, des milliers de personnes ont quitté leurs villages pour chercher refuge dans des zones jugées plus sûres. Les déplacés se dirigent principalement vers les centres de Nia-Nia, Bafwasende-centre ainsi que vers la ville de Kisangani. Sur place, plusieurs témoignages rapportent des départs précipités, des familles contraintes de laisser derrière elles leurs habitations, leurs récoltes et l’ensemble de leurs moyens de subsistance.
Cette situation sécuritaire a rapidement entraîné des répercussions sur l’économie locale. L’agriculture, qui constitue la principale activité des populations du groupement Bambodi, est fortement affectée. De vastes superficies agricoles ont été abandonnées, faisant craindre une diminution significative de la production vivrière et une aggravation de l’insécurité alimentaire dans la région.
Le secteur éducatif n’est pas épargné. Plusieurs établissements scolaires ont suspendu leurs activités en raison de l’insécurité, privant de nombreux enfants de leur accès à l’éducation. Dans le domaine sanitaire, certaines structures médicales fonctionnent au ralenti tandis que d’autres ont fermé leurs portes, compliquant davantage l’accès aux soins pour les populations restées sur place.
Au-delà de l’urgence sécuritaire, les acteurs locaux alertent sur les risques d’une crise humanitaire. Les sites d’accueil improvisés peinent à faire face à l’afflux croissant de déplacés. Les besoins en nourriture, en eau potable, en médicaments et en abris deviennent de plus en plus pressants, alors que la majorité des familles déplacées survivent grâce à la solidarité des communautés hôtes.
Face à cette détérioration rapide de la situation, le député provincial Typhen Mabikinyambey appelle le gouvernement congolais à agir sans délai. Il plaide notamment pour un renforcement de la présence des forces de défense et de sécurité dans les zones exposées afin de prévenir toute progression des groupes armés et de rassurer les populations civiles.
Cette nouvelle vague de déplacements illustre une fois de plus l’impact dramatique de l’insécurité persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo. Malgré les opérations militaires menées contre les groupes armés, les populations civiles continuent de subir les conséquences les plus lourdes du conflit, contraintes d’abandonner leurs terres, leurs activités économiques et parfois toute une vie bâtie au fil des années.
Alors que la peur continue de gagner du terrain dans plusieurs localités de Bafwasende, les habitants attendent une réponse forte et rapide des autorités afin d’éviter que cette crise sécuritaire ne dégénère en catastrophe humanitaire de grande ampleur.



