RDC : Derrière le succès à moitié de l’activité politique de l’opposition, se cache un message adressé au pouvoir en place

Par Henry MUTOMBO MIKENYI/Écrivain et Chercheur en Fiscalité/Acteur Politique.

À l’attention de l’administration Tshisekedi :

La « ville morte » de ce mercredi 03 juin à Kinshasa n’a pas totalement paralysé la ville. Certes. Même en provinces, dans le ventre de la RDC, l’opposition n’a pas su totalement mobiliser le peuple congolais derrière son action. Les marchés ont rouvert, les taxis ont circulé, l’État est resté debout. 

Mais ne vous y trompez pas, l’hésitation qu’on a lue dans les rues, les rideaux baissés à moitié, les conversations à voix basse… c’était le peuple qui parlait sans slogans. Un message silencieux, et les messages silencieux du peuple congolais ont toujours fini par faire trembler l’histoire.

C’est le même peuple qui, le jour où le président de la République remettait des cadeaux aux Léopards pour leur participation à la Coupe du monde, a crié d’une seule voix : « Où est notre part ? »  

Kinshasa parlait pour toute la RDC ce jour-là. Pas par jalousie du sport, mais par ras-le-bol d’un peuple qui aime encore son Chef, parce qu’un ventre affamé n’a point d’oreilles. Ras-le-bol des promesses qui brillent à la télé pendant que les jeunes comptent les jours sans emploi.

Vous vous souvenez : Six (6) millions d’emplois. La promesse a allumé des espoirs dans chaque quartier, de Matete à Mont-Ngafula, de Bandal à Masina. Aujourd’hui, 7 ans après, ces jeunes regardent encore passer les opportunités. Ils ne demandent pas l’aumône, ils demandent la part qu’on leur avait promise. 

L’histoire nous l’enseigne : Un pouvoir tient quand il répond aux attentes concrètes de son peuple. Lumumba n’a jamais trahi le peuple congolais ; c’est le peuple qui a été trahi après lui. Mobutu a duré quand il a su acheter le silence. Cependant la RDC n’est plus à l’ère du silence acheté. Les Kinois d’aujourd’hui hésitent, ils n’obéissent plus aveuglément. Cette hésitation est un avertissement politique, une alerte à la prise de conscience sur sa situation sociale.

Et que le pouvoir le note aussi : L’opposition n’a pas vraiment réussi cette journée. Pas faute de mécontentement dans la rue, mais par son manque de crédibilité. Le peuple a vu les acteurs de l’ombre derrière elle. Joseph Kabila, qui renvoie directement à Paul Kagame, a été senti dans les manœuvres à l’abri des regards. Cette alliance, les Congolais la rejettent farouchement. Ils sont hostiles à toute main étrangère qui veut parler en leur nom. Le peuple choisit ses combats, et il n’accepte pas qu’on instrumentalise sa colère.

Que ce message soit capté dans son essence. Le peuple ne cherche pas le chaos, par ailleurs, il cherche la gouvernance qui lui parle. Il demande qu’on améliore vite là où ça fait mal : L’emploi des jeunes, la justice sociale, la crédibilité de l’État, casser les inégalités sociales. Chaque zone d’ombre dans la gouvernance devient une arme pour l’opposition à la prochaine occasion. Ne leur donnez plus d’arguments.

À l’heure où une réforme constitutionnelle se prépare, le peuple attend un signal fort. Monsieur le président de la République, je vous prie de nommer un autre gouvernement. Pas un gouvernement de gestion traditionnelle et classique, mais le gouvernement du combat. Le combat de la réforme constitutionnelle, oui, mais surtout le combat de la récompense du peuple. Celui qui porte sans relâche le Chef de l’État depuis 2018 mérite mieux que des promesses. Il mérite des résultats. Que ceux à qui le Président a fait confiance ne le déshonorent pas vis-à-vis du peuple ! Car le Congo ne supplie pas, c’est lui le vrai Boss, Il le rappelle.  Et quand le Congo rappelle, les palais doivent écouter.

À ne pas rater

À la une