« La loi est dure, mais c’est la loi », dit l’adage. C’est au regard de ce principe que l’autorité de l’État s’est imposée ce mardi 10 février 2026 au quartier Pakadjuma, dans la commune de Limete.
Occupé illégalement depuis plus de trois décennies, cet espace devenu un vaste foyer d’habitations précaires a été la cible d’une opération de démolition d’envergure, marquant la fin annoncée de ce quartier emblématique.
Le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a personnellement supervisé la destruction des constructions anarchiques érigées le long de la voie ferrée, sur des emprises appartenant à l’ONATRA. Pour les autorités provinciales, il s’agit d’une opération de restauration de l’ordre urbain longtemps compromis par une urbanisation incontrôlée.
Selon l’autorité provinciale, cette intervention s’inscrit dans la campagne « Retour à la norme », destinée à renforcer la sécurité, la salubrité et l’ordre public. Le gouvernement provincial y voit un tournant dans la reprise de contrôle des espaces publics. Les autorités ont d’ailleurs averti que toute tentative de réoccupation sera sévèrement sanctionnée.
Les autorités justifient également l’opération par des impératifs sécuritaires. Le quartier était régulièrement présenté comme un refuge pour des délinquants opérant le long de la voie ferrée et de la route. La reconquête de ces zones réputées criminogènes pourrait renforcer la confiance des citoyens envers les pouvoirs publics.
Pakadjuma : le Sodome et Gomorrhe kinois…
Même si cette action relance le débat sur la gestion humaine des déguerpissements massifs dans une capitale confrontée à une crise chronique du logement, la démolition de Pakadjuma apparait pour les Chrétiens et les gens épris de décence, comme la destruction d’un temple satanique.
En effet, ce quartier ghetto en plein Limete est, mieux était le prototype de Sodome et Gomorrhe, deux villes bibliques qui avaient été détruites par le souffle et le feu divins à cause de l’immoralité sexuelle accrue et des relations contre nature. Quand on parle du commerce banalisé du sexe à Kinshasa, tous les regards étaient tournés vers Pakadjuma. La débouche même des mineures y était une activité intensément exercée à vil prix et ce, dans toute impunité et l’indifférence des autorités.

Si Sodome et Gomorrhe avaient été détruites par le souffle et le feu, Pakadjuma a vu comme dans un film le bulldozer de l’Hôtel de ville marcher sur elle, détruisant tout au passage. Avec cette action d’envergure, l’on espère, cette fois-ci, à la disparition définitive de ce quartier de haute prostitution et qui favorisait en même temps l’exode rural. La crédibilité de l’opération dépendra de la capacité du gouvernement provincial à empêcher toute réoccupation et à proposer une vision claire pour l’aménagement futur de l’espace libéré.
Problématique de la prise en charge des déguerpis
Si la démolition a corrigé une anomalie urbaine ancienne, elle soulève cependant une interrogation majeure : quel avenir pour les familles déplacées ? Cette question mérite une grande attention car sans mécanisme d’accompagnement social, des observateurs craignent que ces déguerpissements ne déplacent le problème plutôt qu’ils ne le résolvent durablement.
Pakadjuma symbolise ainsi le conflit permanent entre exigence d’ordre public et urgence sociale. La réussite de l’opération ne se mesurera pas seulement à la disparition des constructions anarchiques, mais à la manière dont Kinshasa saura transformer cette crise en opportunité de réorganisation urbaine plus inclusive.


