« Les grandes crises nationales ne trouvent leur issue ni dans la confrontation permanente ni dans l’exclusion, mais dans le compromis politique ». Cette réflexion résume la philosophie du Camp de la Nation (CN), une nouvelle coalition politique officiellement lancée ce vendredi 17 juillet 2026 à Kinshasa sous la coordination de Moïse Moni Della.
Réunissant des partis politiques, des regroupements, des mouvements citoyens, des personnalités politiques ainsi que des organisations de la société civile, cette nouvelle plateforme entend s’imposer comme une force de rassemblement dans un contexte politique marqué par de profondes divergences autour de la réforme constitutionnelle, la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays et la montée des tensions entre les acteurs politiques.
À travers la présentation de sa vision politique, prélude à la publication prochaine de son manifeste, le Camp de la Nation affirme vouloir replacer l’intérêt supérieur de la République démocratique du Congo au centre du débat national.
Pour ses initiateurs, seule une démarche fondée sur le consensus permettra de préserver l’unité nationale et d’éviter ce qu’ils qualifient de risque de « yougoslavisation » de la RDC.
Une coalition qui se veut au-dessus des clivages politiques
Contrairement aux plateformes traditionnellement alignées sur la majorité présidentielle ou sur l’opposition, le Camp de la Nation revendique une posture de dépassement des clivages politiques.
Ses animateurs expliquent que leur coalition rassemble indistinctement des personnalités issues de la majorité, de l’opposition, des confessions religieuses et de la société civile, autour d’une priorité commune : préserver l’unité nationale, sauvegarder l’intégrité territoriale, consolider les institutions de la République et rechercher une paix durable fondée sur un large consensus politique.
« Le Camp de la Nation n’est pas une coalition contre une famille politique. Il se veut une coalition pour la Nation », résume le document de vision politique présenté devant la presse.
Le spectre d’une « yougoslavisation » de la RDC
Le concept qui structure toute la vision politique du Camp de la Nation est celui de la « yougoslavisation » de la République démocratique du Congo.
Les initiateurs de la plateforme font référence à l’éclatement de l’ancienne République fédérative socialiste de Yougoslavie, autrefois État unitaire, devenu plusieurs États indépendants après de profondes crises politiques, ethniques et militaires.
À leurs yeux, la RDC présente aujourd’hui plusieurs facteurs de vulnérabilité : la guerre persistante dans l’Est, les fractures communautaires, les tensions politiques, les violations des droits humains, les difficultés économiques ainsi que la perte progressive de confiance entre les principaux acteurs politiques.
Selon eux, si ces facteurs ne sont pas traités dans un esprit de consensus national, ils pourraient fragiliser durablement l’unité de l’État congolais.
Une position d’équilibre sur la réforme constitutionnelle
Le Camp de la Nation entend également se distinguer par une position médiane sur le débat relatif à la réforme de la Constitution.
La plateforme reconnaît que la majorité présidentielle est en droit d’engager une réflexion sur une éventuelle révision de la Loi fondamentale, rappelant que la Constitution demeure un contrat social susceptible d’évoluer selon la volonté souveraine du peuple.
Dans cette logique, ses responsables rappellent que la Constitution « n’est ni la Bible, ni le Coran, ni la Torah », estimant qu’aucun texte constitutionnel n’est immuable.
Toutefois, la coalition juge également légitimes les préoccupations exprimées par l’opposition. Elle estime qu’un éventuel référendum organisé alors qu’une partie du territoire national demeure sous occupation de groupes armés risquerait d’exclure plusieurs millions de Congolais du processus et d’accentuer les fractures nationales.
Pour le Camp de la Nation, le contexte actuel ne se prête donc pas à un débat constitutionnel.
Le Dialogue national inclusif comme voie de sortie

Face à cette situation, la coalition appelle le président de la République, Félix Tshisekedi, à convoquer sans délai un Dialogue national inclusif (DNI).
Elle propose que ce dialogue soit facilité par les principales confessions religieuses — notamment la CENCO, l’ECC, l’Église de Réveil du Congo, la communauté musulmane et l’Église kimbanguiste — avec l’accompagnement de l’Union africaine et des Nations unies.
Selon le Camp de la Nation, ce cadre devrait réunir la majorité présidentielle, l’opposition, les forces sociales, les confessions religieuses ainsi que les groupes armés disposés à abandonner la lutte armée afin de dégager un consensus national sur les grandes questions qui divisent le pays.
L’objectif est de restaurer durablement la paix, préserver l’intégrité territoriale, stabiliser les institutions, préparer des élections véritablement inclusives et apporter une réponse concertée aux crises sécuritaire et humanitaire.
Décrispation politique et appel à la responsabilité
Au-delà des réformes institutionnelles, le Camp de la Nation plaide pour une véritable décrispation du climat politique.
La plateforme recommande notamment la libération des détenus et prisonniers politiques, le retour des exilés politiques, la cessation des poursuites qu’elle considère comme motivées par des considérations politiques ainsi que le respect des libertés publiques.
Elle appelle également les regroupements de l’opposition, notamment C64 et Sauvons la RDC, à renoncer aux appels exigeant la démission du chef de l’État afin d’éviter une crise institutionnelle.
Parallèlement, elle invite l’AFC/M23 et les autres groupes armés à déposer les armes pour intégrer le processus de dialogue.
Enfin, le Camp de la Nation exhorte la majorité présidentielle à éviter toute initiative susceptible d’exacerber les tensions, notamment à l’approche des manifestations prévues le 22 juillet 2026, mettant en garde contre tout risque d’affrontement pouvant faire basculer le pays dans une crise plus profonde.
Une nouvelle offre politique
En privilégiant le compromis, le dialogue et le consensus, le Camp de la Nation ambitionne de s’imposer comme une nouvelle force politique capable de rapprocher des positions aujourd’hui profondément antagonistes.
Sa devise, « Une Nation, un peuple, un destin », traduit cette volonté de placer l’unité nationale au-dessus des intérêts partisans, tandis que son slogan — « Le Camp de la Nation, la voix du peuple. Le Congo avant les intérêts des partis » — illustre son ambition de contribuer à la recherche d’une solution politique consensuelle face aux défis auxquels la République démocratique du Congo est confrontée.



