Révolte politique : Alfred Mote, un disciple qui désavoue son mentor Lambert Mende !

Est-ce une rébellion contre mon maître, une délivrance de soi, un règlement politique dû aux frustrations longtemps accumulées et endurées ou tout simplement de l’opportunisme politique ? Libre à chacun de faire son analyse face à la bombe rédactionnelle d’Alfred Mote, le désormais ancien disciple du député national Lambert Mende, le président du parti Convention des Congolais unis (CCU), larguée contre toute attende à celui qui était son maître d’école. Entre les deux, c’est le divorce politique idéologique et comportemental. Ci-dessous et sans autre commentaire, la tribune d’Alfred Mote intitulée « La girouette et la République : Ce que le cas Mende sous enseigne sur notre politique » :

Il y a des trajectoires qui, à force d’être répétées, cessent d’étonner et finissent par instruire. Celle de Lambert Mende Omalanga, mon mentor politique et autorité morale en fait partie. Onze années durant, il fut la voix la plus assurée, la plus tranchante, la plus dévouée du pouvoir de Joseph Kabila. Porte-parole du gouvernement, ministre de la Communication plusieurs fois, défenseur inlassable d’un homme et d’un système qu’il présentait, micro en main, semaine après semaine, comme la seule voie possible pour le Congo. Aujourd’hui, le même homme affirme avoir été « manipulé », se dit « floué », et découvre avec une candeur qui devrait faire sourire s’il ne s’agissait pas d’un homme qui a exercé le pouvoir pendant plus d’une décennie que celui qu’il servait avec tant de zèle avait, dit-il, des accointances qu’il n’avait pas voulu voir. Avec le Rwanda pour être exact.

Je ne parle pas ici en observateur extérieur. J’ai été, durant plus de vingt ans aux côtés de cet homme, six ans comme Secrétaire général adjoint de la Convention des Congolais unis, le parti de Lambert Mende. J’ai porté ce parti, défendu ses couleurs, souvent dans l’ombre, sans éclat ni retour, par conviction plus que par calcul. Récemment encore, c’est lui-même qui m’a fait nommer Directeur de cabinet au ministère des Relations avec le Parlement. Autant dire que ma loyauté n’est ni distante ni de circonstance. C’est précisément pour cela que j’ai le devoir de dire, aujourd’hui, que je ne reconnais plus mon chef.

Une mémoire qui a un prix

Car il faut le rappeler, pour que nul n’en ignore l’ampleur : l’homme qui aujourd’hui court derrière le prix Nobel de chantre invétéré de la mouvance de Félix Tshisekedi et célèbre le « retour de l’image d’or » du pays sous sa présidence est le même qui, comme porte-parole du gouvernement Kabila, a qualifié l’auto-proclamation d’Étienne Tshisekedi, après l’élection contestée de 2011 d’« acte irresponsable » violant les lois de la République, promettant que la justice s’en saisirait. C’est le même homme qui, en 2017, expliquait doctement aux journalistes que le blocage du rapatriement de la dépouille du « Sphinx de Limete » relevait d’un différend purement familial dont le gouvernement n’avait pas à répondre pendant que le corps d’Étienne Tshisekedi gisait à Bruxelles plus de deux ans, dans un imbroglio dont chacun savait qu’il n’avait rien d’un simple différend privé. C’est le même homme dont les relations avec le patriarche de l’UDPS étaient si tendues que celui-ci, à bout d’entendre ses éditoriaux, l’avait surnommé publiquement de « perroquet national ».

Voilà l’histoire réelle. On peut discuter des mots exacts, des formules, des nuances d’une déclaration à une autre. Mais aucune bonne foi ne peut effacer ce fait central : celui qui célèbre aujourd’hui Félix Tshisekedi a été, pendant les années les plus dures de l’opposition entre son père et le pouvoir, l’un des artisans les plus visibles de l’humiliation politique infligée à cette famille. Et c’est précisément cet homme-là qui prétend aujourd’hui recevoir des gratifications de ce même camp, quand ce n’est pas y quêter une promotion.

Le confort du reniement

Je ne prétends pas juger les convictions intimes de quiconque. Les hommes changent, les circonstances évoluent, et il serait malhonnête d’exiger de quiconque une fidélité aveugle à des choix d’hier. Mais il y a une différence essentielle entre évoluer et se réinventer au gré du vent, entre reconnaître une erreur et la maquiller en trahison subie plutôt qu’en aveuglement consenti. Ce que le cas Mende illustre n’est pas une conversion, c’est une conversion utile. Elle survient précisément au moment où son ancien camp s’effondre, où son ancien mentor est sanctionné par les puissances occidentales, et où le nouveau pouvoir distribue postes, présidences de conseils d’administration et strapontins politiques à qui sait chanter la bonne chanson au bon moment.

C’est là que le bât blesse. On ne fustige pas un homme d’avoir changé d’avis, on fustige un homme d’avoir changé d’avis exactement quand son intérêt le commandait, ni une semaine plus tôt, ni une semaine plus tard. On ne fustige pas la lucidité tardive, on fustige la lucidité qui, comme par miracle, s’aligne toujours sur la source du pouvoir et des prébendes. Pendant onze ans, celui qui aujourd’hui découvre la vérité avait, lui-même, la charge de la dire aux Congolais. Il en était le porte-voix officiel, le gardien attitré du récit. Que faut-il penser d’un porte-parole qui, des années plus tard, plaide l’ignorance de ce qu’il était précisément chargé de connaître mieux que quiconque, lui qui, hier encore, traitait d’« acte irresponsable » les revendications de légitimité de celui dont le fils gouverne aujourd’hui le pays qu’il courtise ? Lui qui traitait Félix Tshisekedi de politicien de seconde zone avec qui il ne pouvait pas interagir parce que sa seule qualité était celle de proche parent d’Etienne Tshisekedi !?

Ma part de responsabilité, et mon doute

Je n’écris pas cette tribune du haut d’une innocence que je ne revendique pas. J’ai suivi cet homme. J’ai cru, comme beaucoup, que sa fidélité d’hier annonçait une cohérence de fond. J’ai accepté, récemment encore, une nomination qu’il m’a value comme Directeur de cabinet au Ministère des Relations avec le Parlement. Mais on ne peut indéfiniment fermer les yeux sur ce que l’on voit. Après ses dernières sorties médiatiques, où il se dépeint en victime « manipulée » par un homme qu’il a servi avec un dévouement sans faille pendant douze ans, j’ai un problème de conscience que je ne peux plus taire. Comment continuer à suivre un chef qui réécrit son propre passé avec autant d’aisance, qui efface d’un revers de main des années entières d’hostilité déclarée envers la famille du chef de l’État qu’il courtise désormais, et qui présente cette gymnastique comme une preuve de lucidité plutôt que comme ce qu’elle est : un calcul politique ?

Ma décision

Je ne me contenterai pas d’un constat. Après mûre réflexion, je prends aujourd’hui mes distances avec Lambert Mende et j’annonce ma démission de mes fonctions de Secrétaire général adjoint de la Convention des Congolais unis. Ce n’est pas une décision prise à la légère, après vingt ans d’engagement, mais elle m’est dictée par une exigence de cohérence que je ne peux plus concilier avec le silence.

Que les choses soient claires : je ne quitte pas le combat, je quitte un homme et une méthode. Je continuerai, à ma manière et avec mes propres convictions, à soutenir ce qui me paraît juste dans l’action du président Félix Tshisekedi pour le pays non pas en épousant les habits d’un converti de la dernière heure, encore moins en négociant une place dans son sillage, mais en construisant, sous un label politique nouveau et débarrassé des compromissions d’hier, un engagement qui n’aura de comptes à rendre qu’à mes convictions et aux militants qui voudront m’y rejoindre. On peut reconnaître la justesse d’un cap sans avoir à s’inventer un passé, et sans devoir sa conversion à un calendrier de nominations.

Ce que méritent les militants de la CCU, ce que mérite le Congo

Le Congo ne manque pas d’hommes capables de retourner leur veste avec élégance. Il manque cruellement d’hommes capables de rester debout, au bon endroit, y compris quand cela ne rapporte plus rien. Tant que nos partis continueront d’accueillir à bras ouverts les transhumants de la dernière heure, tant que nos institutions récompenseront le reniement plutôt que la constance, nous continuerons de produire une classe politique sans mémoire et sans colonne vertébrale prête à applaudir n’importe quel pouvoir, pourvu qu’il distribue.

Ce n’est pas Lambert Mende seul qui est en cause. C’est un système entier qui célèbre l’opportunisme comme s’il s’agissait de clairvoyance, et qui exige de ses militants une loyauté à sens unique : eux doivent rester fidèles, quand leur chef, lui, peut se réinventer sans jamais rendre de comptes. Je refuse ce marché. Après vingt ans de service, je préfère la constance sans éclat à la conversion qui rapporte. C’est fort de cette conviction que je tourne aujourd’hui la page de la CCU, non pour disparaître de la vie politique, mais pour la retrouver ailleurs, sous une bannière neuve, débarrassée des reniements et pour continuer, autrement, à servir un pays qui mérite mieux que des girouettes.

Alfred Mote, Acteur politique

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