Page d’histoire – Série II (les premiers ministres de Mobutu) : Kengo wa Dondo, deuxième passage à la tête du Gouvernement

Par Gilbert MUHIKA Analyste politique et Administrativiste 

Cette fiche est particulièrement importante : elle marque le passage d’un régime dominé par le parti unique à une période d’ouverture politique. Nous allons surtout expliquer pourquoi Mobutu rappelle Kengo, ce que celui-ci parvient à accomplir et pourquoi son mandat s’achève quelques jours après le discours historique du 24 avril 1990.

Comme pour les fiches précédentes, nous distinguerons les faits historiques, les motifs documentés et les interprétations politiques.

Une précision historique importante ressort de la vérification : la Primature situe la fin du deuxième mandat de Kengo au 25 avril 1990, date à laquelle Mobutu nomme Lunda Bululu à la tête du gouvernement de transition. Certaines chronologies retiennent plutôt le 4 mai 1990, vraisemblablement en référence à une étape ultérieure de formation gouvernementale. Nous retiendrons ici le 25 avril 1990 pour la succession à la tête du Gouvernement, sans confondre nomination et installation de l’équipe.

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  1. Deuxième passage : Le retour d’un homme de confiance

Le 26 novembre 1988, Mobutu rappelle Léon Kengo wa Dondo à la tête du Gouvernement, après le départ de Jules-Fontaine Sambwa Pida Nbagui.

Kengo connaît parfaitement la fonction. Il l’a exercée de novembre 1982 à octobre 1986, avant de poursuivre sa carrière au sein du régime.

Son retour répond à une préoccupation précise : rétablir la discipline, la cohésion et l’efficacité du Conseil exécutif. C’est l’explication rapportée à l’époque par des sources proches de la Présidence.

Mobutu recherche donc moins un homme nouveau qu’un responsable expérimenté, réputé pour sa rigueur administrative.

  • Un pays confronté à l’épuisement économique

Lorsque Kengo revient au Gouvernement, le Zaïre traverse une période particulièrement difficile.

L’endettement, les tensions monétaires, les problèmes de finances publiques et les difficultés des entreprises d’État fragilisent l’économie.

La rigueur administrative que Kengo entend incarner se heurte toutefois aux limites d’un système dans lequel les grands arbitrages demeurent concentrés autour du Président.

Kengo peut rechercher une meilleure discipline budgétaire et gouvernementale. Il ne dispose pas pour autant d’une autorité indépendante sur l’ensemble des décisions politiques et économiques.

  •  Le monde change autour de Mobutu

En 1989, l’environnement international se transforme profondément.

La chute du mur de Berlin et l’affaiblissement des régimes communistes d’Europe orientale modifient les équilibres géopolitiques.

Le Zaïre, longtemps considéré comme un allié stratégique occidental pendant la guerre froide, entre dans une période d’incertitude.

À l’intérieur du pays, les critiques deviennent plus audibles. Les revendications démocratiques, sociales et institutionnelles prennent de l’ampleur.

Le problème du régime n’est plus seulement économique. Il devient une crise de légitimité politique.

  •   Les consultations populaires de 1990

Au début de l’année 1990, Mobutu engage une vaste consultation populaire.

Les citoyens, les organisations sociales, les confessions religieuses et différentes composantes de la société expriment leurs attentes.

Les contributions mettent en évidence un mécontentement profond à l’égard du fonctionnement politique et économique du pays.

Mobutu reconnaîtra, dans son discours du 24 avril, avoir reçu 6 128 mémorandums issus de cette consultation.

Pour Kengo, la situation est désormais différente de celle de son premier mandat.

Il ne s’agit plus uniquement de gérer les finances et l’administration. C’est le cadre institutionnel dans lequel son Gouvernement fonctionne qui est remis en question.

  •  Le 24 avril 1990 : le tournant historique

Le 24 avril 1990, Mobutu prononce un discours qui marque un tournant majeur dans l’histoire politique du Zaïre.

Il annonce notamment la fin du rôle dirigeant institutionnalisé du MPR, la séparation du parti et de l’État, l’introduction d’un multipartisme initialement limité à trois formations, ainsi que la mise en place d’un gouvernement de transition.

Il annonce également des réformes institutionnelles et constitutionnelles.

Ce discours signifie que le système politique dans lequel Kengo avait été nommé en 1988 doit désormais être transformé.

Le Gouvernement de la rigueur administrative doit céder la place à un Gouvernement chargé d’organiser l’ouverture politique.

  • Pourquoi Kengo quitte-t-il le Gouvernement ?

Le 25 avril 1990, au lendemain du discours, Mobutu nomme le professeur Lunda Bululu à la tête du gouvernement de transition.

Le départ de Kengo ne doit pas être présenté sans preuve comme une disgrâce personnelle.

Trois éléments permettent de le comprendre :

* La cause immédiate : la nomination d’un nouveau chef du Gouvernement dans le cadre des décisions du 24 avril.

* Le contexte : l’annonce de la fin du monopole politique du MPR et l’ouverture d’une transition institutionnelle.

* La logique de fond : la nécessité de présenter une nouvelle équipe gouvernementale correspondant à la phase politique annoncée.

Kengo quitte donc ses fonctions au moment où le régime entre officiellement dans une nouvelle période. Il serait toutefois excessif d’affirmer que sa gestion aurait, à elle seule, provoqué son remplacement.

  • Pourquoi Lunda Bululu ?

Le choix de Lunda Bululu est révélateur. Juriste et universitaire, ancien conseiller juridique à la Présidence, il possède une expérience institutionnelle et diplomatique importante.

Mobutu lui confie la responsabilité de conduire le Gouvernement dans la nouvelle phase de transition. Mais cette nomination suscite immédiatement des réserves dans l’opposition, notamment à l’UDPS, qui reproche à Mobutu de continuer à choisir seul les principaux responsables du pouvoir.

Cette réaction annonce l’une des contradictions fondamentales de la transition zaïroise : comment instaurer un nouvel ordre politique lorsque les décisions essentielles continuent d’être prises selon les méthodes de l’ancien régime ?

  • Le deuxième Kengo : un mandat à la frontière de deux époques

Le deuxième passage de Kengo wa Dondo possède une signification historique particulière. Il commence dans un Zaïre officiellement organisé autour du parti-État. Il s’achève au lendemain de l’annonce de l’abandon de ce système.

Kengo aura donc été l’un des derniers chefs du Gouvernement de la période du MPR institutionnalisé. Son départ ne correspond pas simplement à un changement de personne. Il accompagne une transformation annoncée du cadre politique lui-même.

  • Son héritage

Le deuxième mandat de Kengo confirme son statut de technocrate auquel Mobutu fait appel lorsque la gestion gouvernementale devient difficile. Mais il montre également les limites de cette formule.

La rigueur administrative ne suffit plus lorsque les demandes de changement concernent la liberté politique, la représentation populaire, les institutions et la légitimité du pouvoir.

Le retour de Kengo en 1988 pouvait répondre à une crise de fonctionnement du Gouvernement.

En 1990, le défi dépasse désormais le Gouvernement. C’est le système politique lui-même qui est appelé à changer.

La leçon de Kengo — Deuxième passage

En 1988, Mobutu rappelle Kengo pour restaurer la discipline gouvernementale.

En avril 1990, il doit ouvrir une nouvelle phase politique sous la pression des évolutions nationales et internationales.

L’histoire de ce deuxième mandat nous enseigne une leçon fondamentale : On peut améliorer la gestion d’un Gouvernement sans résoudre la crise politique du régime auquel il appartient.

Kengo aura tenté d’incarner la continuité administrative et la rigueur. Mais le 24 avril 1990 révèle que le Zaïre attend désormais davantage qu’un bon gestionnaire.

Il réclame une transformation de ses institutions et de son système de pouvoir.

Repères chronologiques

26 novembre 1988 – 1989 : – Retour de Kengo à la tête du Gouvernement                          

 – Bouleversements politiques en Europe orientale    

Début 1990        Consultations populaires au Zaïre                                  

24 avril 1990     Discours de Mobutu annonçant l’ouverture politique                 

25 avril 1990     Nomination de Lunda Bululu à la tête du gouvernement de transition |

La prochaine fiche sera donc la Fiche n°10 — Lunda Bululu : « Le juriste chargé d’ouvrir la transition démocratique ».

Elle permettra de poser une question historique décisive : Mobutu avait-il réellement accepté de partager le pouvoir en 1990, ou cherchait-il à organiser une ouverture politique dont il conserverait la maîtrise ?

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