Les enfants de Kenge criaient et applaudissaient quand le petit avion de la compagnie Tracep Congo Aviation tournoyait en l’air, raconte-t-on, pensant à un spectacle dans le ciel alors le pilote se battait en vain pour maitriser un engin devenu fou et rebelle à sa commande.
Par sa bravoure, le pilote BARAKA dont l’avion survolait le grand marché central et les écoles à un moment de forte fréquentation, a évité à la ville de Kenge un drame et un bain de sang du type Somba Zikida en janvier 1997 à Kinshasa.
Face à un dilemme dans une contrée sans piste d’atterrissage alors que la détresse s’avérait périlleuse, le pilote Baraka qui avait le choix de recourir à la nationale numéro 1 pour apposer son appareil, a eu à abandonner cette option à cause de la forte présence humaine pour une un terrain inhabité. Malheureusement, ce choix a tourné au vinaigre, entrainant la mort d’une dizaine de personnes dont les grandes figures et hauts magistrats de la justice militaire au niveau national dont les lieutenants-généraux Lucien-René Likulia, auditeur général, et Joseph Mutombo Katalay, premier président de la Haute cour militaire. Un choix douloureusement judicieux pour sauver des milliers de vies au sol, mais qui a fait perdre à la République les grands tenants de l’appareil judiciaire militaire.
Ayant sacrifié non seulement la vie d’une dizaine de personnes, mais aussi la sienne pour ainsi sauver celle des centaines de personnes au sol, le pilote Baraka peut désormais être considéré comme un héros. Paix éternelle à son âme.
Kenge sans piste d’atterrissage, Kimbembe Mazunga dénonce le banditisme foncier
L’ancien gouverneur de la ville de Kinshasa fait savoir qu’en 2002, alors qu’il était en fonction, il s’était rendu à Kenge avec le professeur Théophile Mbemba, pour lancer les travaux d’aménagement de la piste de l’aérodrome.
« À l’époque, la piste faisait environ 900 mètres de longueur sur une vingtaine de mètres de largeur. Elle était entièrement en terre. Nous avons nous-mêmes atterri sur cette piste et, je dois l’avouer, nous avions une certaine appréhension. La terre n’était pas suffisamment compactée et la piste ne présentait pas encore toutes les garanties d’une bonne assise. Le pilote nous avait d’ailleurs clairement indiqué qu’il prenait un certain risque, puisque la portance et la compacité de la piste n’avaient pas encore été correctement testées. Nous avons néanmoins atterri et, heureusement, nous avons pu repartir sans incident.
À la suite de cette visite, en ma qualité de ministre des Travaux publics, j’avais donné des instructions pour que les travaux soient poursuivis et que cette piste soit correctement aménagée.
Quelques mois plus tard, je suis retourné à Kenge pour voir l’évolution des travaux. Il avait abondamment plu la veille et toute la nuit. La piste étant située sur un terrain en pente, les eaux de ruissellement avaient fortement dégradé l’ouvrage. Une grande partie de la terre qui avait été mise en place avait été emportée par les eaux.
Je pensais cependant qu’une telle infrastructure, située dans le chef-lieu d’un territoire appelé à devenir le centre administratif d’une future province, serait nécessairement préservée et développée au fil du temps.
Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour l’aérodrome de Kenge puisse tout simplement disparaître.
Or, hier, un ami travaillant dans le secteur de l’aviation m’a appris une nouvelle qui m’a profondément choqué. L’aérodrome n’existerait plus, le terrain aurait été morcelé en parcelles et progressivement transformé en lotissement. Des habitations auraient été construites sur la piste et l’emprise même de l’ancien aérodrome », relate Kimbembe Mazunga.
Pour lui, ce banditisme foncier caractérisé par la transformation d’une infrastructure destinée à l’intérêt public en propriétés privées, au mépris de sa vocation initiale, pourrait avoir eu des conséquences dramatiques lors du récent accident d’avion.
Kimbembe Mazunga estime également que la disparition de cette piste ne constitue donc pas simplement la disparition d’une bande de terre. C’est la disparition d’un outil de désenclavement et d’une infrastructure potentiellement stratégique pour la sécurité aérienne.
« L’histoire de l’aérodrome de Kenge devrait donc nous servir de leçon car lorsqu’un aérodrome disparaît sous les lotissements, lorsqu’un terrain de sport devient un quartier résidentiel ou lorsqu’un espace vert est progressivement morcelé, ce n’est pas seulement le présent que nous sacrifions. Nous privons les générations futures des infrastructures dont elles auront besoin », conclut l’ancien gouverneur de la ville de Kinshasa et ancien ministre national des Travaux publics.




