Mort du dactylo de la lettre des 13 parlementaires, Innocent Olenga dénonce « des ingrats » au pouvoir

Tiré d’AfricaNews.

Il avait tapé à ses risques et périls le texte fondateur de l’UDPS. Mort dans l’anonymat et la maladie, préfet Albert Lutonga relance le débat sur la mémoire du combat de la démocratie. Il n’est plus ! C’est par cette annonce sobre et brutale, sur fond bleu, que le journaliste Innocent Olenga Lumbahee El Tayese a annoncé mardi 25 août 2026 la mort de préfet Albert Lutonga Kana Kamwe. L’homme n’est pas une figure connue du grand public. Pourtant, son nom est lié à l’un des actes politiques les plus audacieux du Zaïre de Mobutu : la lettre ouverte des 13 parlementaires, adressée au Maréchal en novembre 1980 pour réclamer la démocratie. C’est lui qui l’avait dactylographiée. Gratuitement. Au péril de sa vie.

Dans son message d’hommage qui est vite devenu viral, Olenga, qui se présente comme son ancien élève, ne cache pas sa rage. Le ton est amer, accusateur : « Ils n’ont pas voulu t’assister malgré mes multiples appels pour te sauver de la maladie. Pourtant, ils jouissent actuellement du fruit de cette lettre ouverte […] dont la dactylographie t’avait exposé à un grand risque. Ils sont tous des ingrats ». Une charge directe contre les héritiers politiques des 13. Parmi les signataires de 1980 figuraient Etienne Tshisekedi, Marcel Lihau, Vincent Mbwakiem, Paul Kapita… Le socle de ce qui deviendra l’UDPS en 1982. Aujourd’hui au pouvoir à Kinshasa, l’UDPS est accusée par Olenga d’avoir abandonné un homme de l’ombre, artisan discret mais essentiel de son histoire.

Le gardien silencieux d’un acte de bravoure

En 1980, taper un tel manifeste contre le régime du parti-Etat MPR était un acte de haute trahison aux yeux du pouvoir. Le dactylographe n’était pas un simple exécutant ; il devenait complice. Albert Lutonga avait accepté de le faire sans rémunération, par conviction.

Sa mort dans des conditions précaires, évoquée comme une maladie non prise en charge malgré des appels à l’aide, vient percuter le discours officiel sur la reconnaissance des « combattants » et des « pionniers de la démocratie ».

Pour Innocent Olenga, patron du site « Scooprdc.net » connu pour son franc parler, c’est le symbole d’une amnésie politique : on célèbre les 13 parlementaires, on oublie celui qui a matérialisé leur courage. L’affaire tombe mal pour le pouvoir en place, qui se revendique héritier direct de la lettre de 1980.

Avec la disparition de Préfet Albert Lutonga, c’est un pan discret mais essentiel de l’histoire de l’UDPS qui s’éteint dans l’indifférence, et le rappel brutal que la fidélité à la mémoire devrait se mesurer à la manière dont on traite ses derniers témoins.

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