Au séminaire de l’IGF, Lambert Mende prêche pour des institutions fortes et une gouvernance publique assainie

« Il faut que le pouvoir arrête le pouvoir ». Cette célèbre maxime de Montesquieu a servi de fil conducteur, ce mercredi 10 juin 2026, à l’intervention du député national Lambert Mende Omalanga lors du troisième jour du séminaire de renforcement des capacités organisé à l’intention des partenaires de l’Inspection Générale des Finances (IGF).

Invité à réfléchir sur les principes organisationnels des pouvoirs publics en République démocratique du Congo et sur l’évolution des rapports entre les institutions depuis l’indépendance, l’ancien ministre de la Communication et Médias a livré une analyse à la fois historique, politique et institutionnelle de la gouvernance congolaise.

Dès l’entame de son exposé, Lambert Mende a dressé un constat préoccupant de la situation sociopolitique du pays. Selon lui, les difficultés auxquelles sont confrontés les Congolais traduisent des dysfonctionnements profonds qui affectent le fonctionnement normal de l’État et de ses institutions.

Il a évoqué les nombreux cris de détresse provenant des populations, les frustrations sociales croissantes ainsi que les tensions qui fragilisent la cohésion nationale. À ses yeux, ces déséquilibres constituent un terreau favorable à l’émergence de mouvements armés et de revendications identitaires qui tentent d’apporter des réponses à des problèmes insuffisamment pris en charge par les institutions publiques.

L’élu national a également rappelé que la RDC continue de subir les conséquences d’une guerre d’agression et de prédation dans sa partie orientale. Une situation qui, selon lui, décourage les investissements et ralentit la réalisation de nombreux projets indispensables au développement du pays.

Abordant le cœur de son intervention, Lambert Mende a précisé qu’il ne s’agissait pas de revisiter de manière exhaustive l’histoire constitutionnelle congolaise, mais plutôt d’analyser le fonctionnement concret des institutions et leur impact sur la vie des citoyens.

Revenant sur la notion de pouvoir, il a rappelé que celui-ci désigne la capacité d’un individu ou d’un groupe à imposer sa volonté ou ses décisions à d’autres. S’appuyant sur les travaux du sociologue Max Weber, il a souligné que le pouvoir repose sur une autorité reconnue comme légitime et sur la capacité à produire des effets concrets dans la société.

L’orateur a ensuite présenté les trois piliers de l’organisation institutionnelle de l’État congolais : le pouvoir législatif, chargé d’élaborer les lois et de contrôler l’action gouvernementale ; le pouvoir exécutif, responsable de la conduite des politiques publiques et de la gestion de l’administration ; et le pouvoir judiciaire, garant du respect de la loi et de la protection des droits et libertés des citoyens.

Selon lui, la séparation des pouvoirs demeure l’un des fondements essentiels de tout système démocratique moderne. Son objectif est d’éviter qu’une seule institution ou qu’un seul individu ne concentre l’ensemble des prérogatives de l’État.

Pour illustrer cette évolution, Lambert Mende a retracé plusieurs étapes marquantes de l’histoire institutionnelle du pays. Il a rappelé que la Loi fondamentale du 19 mai 1960, inspirée du modèle belge, avait instauré un régime parlementaire reposant sur une séparation équilibrée des pouvoirs et leur collaboration mutuelle.

Toutefois, cette architecture institutionnelle a rapidement été fragilisée après l’indépendance. Il a notamment évoqué la crise politique de 1960 et la mise en place du Collège des Commissaires généraux après la révocation du gouvernement de Patrice Lumumba. Selon lui, cet épisode a marqué le début de pratiques politiques qui se sont progressivement éloignées de l’esprit des textes constitutionnels.

L’ancien ministre a également analysé la période de la Deuxième République sous Mobutu Sese Seko, qu’il considère comme une phase de forte concentration du pouvoir. Durant cette période, a-t-il expliqué, le Parlement a progressivement perdu son rôle de contre-pouvoir tandis que la justice s’est retrouvée placée sous l’influence de l’exécutif.

À l’en croire, l’instauration du parti unique et la centralisation excessive du pouvoir ont considérablement affaibli les mécanismes institutionnels destinés à préserver l’équilibre démocratique.

Évoquant la Constitution du 18 février 2006, Lambert Mende a souligné qu’elle a marqué une étape importante dans la reconstruction institutionnelle du pays. Ce texte consacre la séparation des pouvoirs tout en mettant en place un système d’interactions et de contrôles réciproques entre les institutions.

Il a rappelé que le Gouvernement participe à l’initiative législative, que le Parlement dispose du pouvoir de censurer l’exécutif et que le Président de la République peut demander une seconde lecture des lois adoptées. Pour lui, ces mécanismes traduisent la volonté du constituant de prévenir toute dérive autoritaire.

Cependant, il estime que la pratique institutionnelle demeure encore éloignée des ambitions affichées par la Constitution.

S’agissant du pouvoir judiciaire, Lambert Mende a reconnu l’existence de nombreuses difficultés affectant son indépendance et son efficacité. Il a notamment évoqué l’insuffisance des ressources financières allouées aux juridictions ainsi que ses répercussions sur le fonctionnement de la justice.

Selon lui, ces contraintes compromettent parfois le respect de principes fondamentaux tels que la présomption d’innocence, l’impartialité des juges ou encore le droit à un procès équitable.

L’intervenant s’est également penché sur la question de la décentralisation. Tout en reconnaissant la pertinence de ce principe consacré par la Constitution de 2006, il a estimé que sa mise en œuvre a parfois été confrontée à des phénomènes de clientélisme, de corruption et de replis communautaires dans certaines provinces.

À cet égard, il a rappelé les appels du Président de la République, Félix Tshisekedi, en faveur d’une évaluation approfondie du processus de décentralisation afin de renforcer l’efficacité des institutions provinciales tout en préservant l’unité nationale.

Dans la dernière partie de son intervention, Lambert Mende a salué les résultats enregistrés par l’Inspection Générale des Finances depuis 2020 dans la lutte contre les irrégularités financières et la mauvaise gestion des ressources publiques.

Selon lui, les patrouilles financières ainsi que les différents mécanismes de contrôle déployés par l’IGF ont contribué à améliorer progressivement les pratiques de gestion au sein de plusieurs services publics.

Il estime que cette action favorise le renforcement de la redevabilité, la protection des ressources de l’État et la consolidation des bases nécessaires à une stratégie nationale de développement durable.

Pour Lambert Mende, la réussite des réformes engagées passe nécessairement par une mobilisation collective des institutions, des médias, de la société civile et de l’ensemble des citoyens.

Il a insisté sur la nécessité de promouvoir une culture de responsabilité, de discipline, de transparence et de respect de l’intérêt général afin de permettre à la RDC de tirer pleinement profit de ses immenses potentialités humaines et naturelles.

En conclusion, le député national a affirmé que malgré les nombreuses crises auxquelles le pays demeure confronté, l’espoir reste permis. Il a appelé les acteurs publics à dépasser les logiques partisanes et les intérêts particuliers afin de bâtir des institutions plus performantes, capables de répondre efficacement aux aspirations du peuple congolais.

Pour lui, le redressement de la RDC dépend avant tout de la capacité des Congolais à renforcer leurs institutions, à moraliser la gestion publique et à faire prévaloir l’intérêt national sur toute autre considération.

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