Par Rigobert MUKENDI, inspiré par Wa Bantu
L’histoire politique de la République démocratique du Congo nous a trop souvent habitués à des scénarii immuables et tragiques : à chaque appel à la contestation, Kinshasa retient son souffle sous les gaz lacrymogènes, le crépitement des balles réelles et le spectre des pillages. Pourtant, la récente opération « Ville morte », du 3 juin 2026, vient de tordre le cou à cette fatalité. Au-delà des clivages partisans et des comptabilités stériles, le constat saute aux yeux et mérite d’être salué avec force : la non-violence a triomphé, signant ainsi un acte de maturation spectaculaire pour notre jeune démocratie.
Zéro décès, zéro blessé, aucun acte de vandalisme. Cette absence de sang et de fureur n’est nullement un fruit du hasard ; elle est, à n’en point douter, le reflet d’une double évolution majeure.
D’un côté, elle témoigne de la retenue et du sens de la responsabilité du régime en place. Les institutions ont su relever le défi le plus complexe d’un État de droit : garantir l’ordre public sans étouffer les libertés fondamentales. De l’autre côté, elle révèle un peuple congolais qui refuse désormais d’être le carburant sacrificiel des ambitions politiques, arbitrant avec lucidité et jugeote entre l’expression d’un mécontentement et l’impératif catégorique de la survie économique quotidienne.
Le véritable piment de cette journée réside dans le spectacle saisissant de la coexistence des libertés. D’une part, les opposants Martin Fayulu et Moïse Katumbi – en tout cas les seuls que j’aie pu entendre sur la voie des ondes – ont pu lancer leurs appels au boycott citoyen en toute liberté, sans voir leurs voix étouffées par la censure. D’autre part, l’État, à travers un communiqué clair du vice-premier ministre, ministre de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, relayé, pour la cause, dans tous les ministères, a rappelé le devoir de continuité du service public. Qu’a-t-on donc constaté sur le terrain ? Une démocratie en action, vivante et plurielle.
Pendant que certains ont choisi de rester calmement chez eux, d’autres ont vaqué librement à leurs occupations. Symbole ultime de cette tolérance nouvelle : le fonctionnement normal de l’hôtel Faden House, établissement pourtant associé à l’une des figures de proue de l’opposition précitée, prouve que Kinshasa est sorti des logiques mesquines de représailles ou de ciblage politique. Ceux qui voulaient s’exprimer par le vide l’ont fait ; ceux qui voulaient boycotter la « Ville morte » en travaillant l’ont fait tout autant. Les vitrines sont restées intactes, et les droits de chacun ont été respectés.
Je retiens donc qu’en démocratie, la victoire ne se mesure pas seulement au nombre de rideaux de fer baissés ou de pneus brûlés. Elle se mesure tout aussi à la capacité d’un système à permettre le désaccord sans basculer dans le chaos. En garantissant simultanément la sécurité de tous, la liberté de contester et le droit de travailler, la RDC vient de prouver qu’elle n’est plus un terrain de jeu pour apprentis sorciers, mais une nation qui s’élève par le débat et le respect mutuel.
Les discours s’envolent, dit-on, mais ces faits textuels restent. Pour cette fois, sans triomphalisme mais avec une fierté légitime, disons-le haut et fort : vive la démocratie !



