Page d’histoire (Partie 2) : « Seti Yale, le fantôme du Zaïre. Comment « Zero One » a fait du CND l’arme absolue de Mobutu »

Par Gilbert MUHIKA/Analyste politique.

Prologue : 

L’homme que personne n’a jamais entendu parler…

Kinshasa, années 70. Les ministres tremblent, les ambassadeurs transpirent, les opposants disparaissent. Un seul nom circule à voix basse dans les couloirs du MPR : Seti. 

Personne ne l’a vu à la télévision. Personne ne l’a entendu en meeting. Mais tous savent : « Rien ne se décidait sans lui ». On le surnomme « Zero One ». Le premier après Mobutu. Le seul qui pouvait entrer dans le bureau du Maréchal sans frapper.

Jean Seti Yale ne commandait pas. Il murmurait. Et après son murmure, les carrières mouraient.

Acte I – 1970 : L’héritage de Nendaka passe à l’âge industriel

Quand Seti Yale arrive à la tête du renseignement au début des années 1970, il hérite du BIN artisanal de Victor Nendaka. Nendaka menaçait les ministres avec des kalachnikovs. Seti, lui, va les menacer avec des dossiers.

Fait saillant 1 : La naissance du CND

Le Centre National de Documentation est fondé au début des années 1970. Mission officielle : sécurité intérieure et extérieure, collecte d’infos politiques, économiques, sociales. 

Mission réelle, selon l’ancien premier ministre Nguz a Karl I Bond : « un outil d’intimidation envers la population ». Mobutu lui-même reconnaît les abus du CND dans des discours en 1977 et 1980.

Acte II – 1971-1979 : « Il savait tout, il voyait tout, il entendait tout »

Formé par Israël et les USA, Seti Yale copie les méthodes du Mossad et de la CIA. Il structure le CND en deux directions redoutables : DDI pour l’intérieur, DDE pour l’extérieur. De 1976 à 1979, il cumule les deux. Il contrôle tout.

Fait saillant 2 : Le faiseur de ministres

« C’est lui qui était à la base de toutes les nominations ministérielles. Bien que n’étant jamais au gouvernement, il était craint par tous les ministres. Il était la mémoire vive du régime, son filtre et son gardien. »

Fait saillant 3 : L’ombre des « Hiboux »

Pendant le règne de Mobutu, Seti est « accusé d’être l’autorité intellectuelle des « Hiboux », le fameux groupe des criminels qui décapitait les zaïrois pendant la nuit, et particulièrement les hommes qui s’opposaient au régime ». Aucune preuve judiciaire, mais la rumeur suffit à installer la terreur.

Acte III – 1979-1985 : Le pouvoir derrière le trône

En 1979, Seti quitte officiellement la direction du CND. Edouard Mokolo wa Mpombo prend la relève jusqu’en 1985. Mais personne n’est dupe : Seti reste « l’homme de l’ombre du grand Léopard ».

Fait saillant 4 : Le banquier du régime

« Cet homme connaissait tous les comptes du président Mobutu. On l’accuse souvent d’avoir détourné certains comptes du dictateur zaïrois après la chute du régime […] Selon certaines sources, il serait plus riche que Mobutu lui-même. »

Fait saillant 5 : La transmission à « Terminator »

En 1985, Seti place son homme : Honoré Ngbanda Nzambo. Le CND devient l’AND en 1986. La machine est prête. Ngbanda n’aura qu’à appuyer sur l’accélérateur.

Épilogue : La méthode Seti, ou l’art de régner sans gouverner

En 9 ans à la tête du CND, Seti Yale a fait mieux que Nendaka en 5 ans : 

 1. Il a dépolitisé la terreur : Plus besoin de troupes armées comme en 1961. Un dossier suffit.

 2. Il a institutionnalisé l’invisible : « Zero One » n’a jamais pris la parole en public. Le pouvoir absolu n’a pas besoin de micro.

 3. Il a créé l’État dans l’État : Le CND « a joué un rôle central dans la surveillance et la répression politiques au Zaïre ».

Quand il meurt en mars 2013 à Bruxelles, il emporte ses secrets. Mais il laisse un héritage : la conviction que, au Zaïre, le vrai pouvoir n’est pas au Palais de la Nation. Il est dans un bureau sans plaque, avec un homme qui sait tout.

Dans le prochain épisode : 1985-1990. Honoré Ngbanda, « Terminator », récupère la machine Seti. Et il la pousse jusqu’à la folie.

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