Faire croire à l’opinion congolaise que les parts de l’État ont été vendues ou bradées dans la société Plantations et Huileries du Congo (PHC), et ce dans le seul but de monter la population contre une entreprise qui prospère, relève sans doute de la démarche de personnes envieuses qui souhaiteraient mettre la main sur elle. Or, dans l’actionnariat de PHC, l’État congolais qui avait souscrit 23,76 % du capital social n’a jamais versé, depuis 23 ans d’existence, un seul franc de son apport initial de 85 millions USD, ni même l’apport additionnel exigé en 2025 pour l’augmentation de capital, jusqu’au moment de son retrait volontaire, conformément aux dispositions du droit OHADA.
Or, en droit OHADA, l’actionnaire qui n’a pas libéré ses parts souscrites est considéré comme défaillant. Et la loi est stricte : il perd de l’argent, des droits, et s’expose à la vente forcée de ses titres. Référence : Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales et du GIE, articles 770 et suivants, qui prévoient :
1. Sanctions automatiques dès le retard
Dès que l’échéance de libération est dépassée, l’actionnaire défaillant doit de plein droit, sans mise en demeure :
a. Payer des intérêts de retard : au taux légal + 5 points, courant chaque jour de retard. Art. 770 AUSCGIE.
b. Voir ses droits suspendus : il ne peut plus voter en assemblée générale, ni toucher de dividendes, ni exercer son droit préférentiel de souscription tant qu’il n’a pas payé, intérêts compris. Art. 771 AUSCGIE.
c. Ne pas céder ses actions : il ne peut vendre ses actions non libérées. La cession est nulle.
2. Procédure de mise en demeure par la société
La société doit le relancer formellement :
a. Mise en demeure : lettre recommandée + publication dans un journal d’annonces légales. Délai minimum d’un mois pour payer.
b. Si paiement après mise en demeure : il paie le capital + intérêts + frais de publication et récupère ses droits.
3. Si l’actionnaire ne paie toujours pas après mise en demeure :
La société dispose de trois options, au choix du conseil d’administration :
a. Exécution forcée : la société assigne l’actionnaire en justice pour le forcer à payer, avec dommages-intérêts.
b. Vente des actions : la société fait vendre les actions en bourse ou aux enchères, à ses frais et risques. Le produit sert d’abord à payer ce qu’il doit à la société. Le reliquat lui revient. Si le montant est insuffisant, la société peut le poursuivre pour le solde. Art. 772 AUSCGIE.
c. Déchéance : la société annule purement ses actions. Les sommes déjà versées restent acquises à la société à titre de dommages-intérêts. Les actions annulées sont remises en vente. L’ancien actionnaire perd tout.
4. Responsabilité des cédants
Piège : même s’il a vendu ses actions non libérées, les trois premiers cédants restent solidairement responsables du paiement pendant deux ans à compter de la cession. Art. 774 AUSCGIE. On ne “refile” donc pas l’action non libérée pour y échapper.
Le principe OHADA est clair : on protège la société et les autres actionnaires. Celui qui promet du capital doit l’apporter.
Ainsi, en se retirant volontairement de PHC en août 2025 à l’issue d’une assemblée générale légalement convoquée, l’État congolais — non comme puissance publique propriétaire du sol et du sous-sol, mais comme actionnaire au même titre que les privés — a évité une sortie forcée. D’ailleurs, la société PHC a fait preuve de clémence en ne le poursuivant pas en justice pour le paiement de dommages-intérêts, comme le prévoit et l’exige le droit OHADA.
Les éventuels tireurs de ficelles
Alors qu’il n’existe aucun conflit entre les deux associés de PHC, le différend ayant été réglé à l’amiable et le procès-verbal de l’assemblée générale publié au Journal officiel, trois personnes, selon plusieurs sources crédibles proches du dossier, seraient impliquées dans une entreprise de déstabilisation de PHC qu’elles envient et veulent affaiblir, en décourageant par des méthodes de diabolisation les actionnaires actuels pour les pousser à partir. Il s’agit :
1. D’un ancien “figurant” actionnaire chez Feronia
Lorsque le groupe Unilever a cédé la majorité de ses parts en 2009 au groupe Feronia, ce dernier devait, outre l’État congolais, compter au moins cinq autres associés pour atteindre le nombre de sept, minimum exigé à l’époque par la loi congolaise pour constituer une S.A. C’est ainsi que, symboliquement, trois actions ont été remises par Feronia au fils d’un ancien Premier ministre qui l’aurait accompagné et facilité l’achat des parts d’Unilever. Mais, à vrai dire, il n’avait pas d’apport en numéraire propre : tout l’argent venait de Feronia.
Quand Feronia a décidé de vendre ses parts à Kuramo Capital en 2020, il a été décidé, les affaires étant désormais régies par le droit OHADA, que les 76,24 % des parts qu’elle détenait, dont certaines attribuées symboliquement à des actionnaires “écrans”, soient fusionnées. Au cours d’une réunion du conseil d’administration, apprend-on, l’ancien “figurant” était d’accord avec cette recommandation. Mais, dans sa manœuvre, il se serait arrangé avec l’avocat de l’entreprise pour glisser dans le PV final de la réunion ses trois actions détenues chez Feronia. Ce qui a provoqué sa disgrâce vis-à-vis de Kuramo Capital, avec laquelle sa société Mafuta Investment Holding constituait un consortium dénommé Straight KKM2.
Depuis son éviction des activités de PHC, il lui en veut et mène tous les combats pour la déstabiliser.
2. D’un ancien directeur de cabinet au Portefeuille
À la nomination de Jean-Lucien Bussa à la tête du ministère du Portefeuille, il a trouvé un directeur de cabinet devenu presque chef coutumier à ce poste pour y avoir travaillé avec plusieurs ministres.
Mais Jean-Lucien Bussa, qui venait du ministère du Commerce extérieur et avait déjà son propre directeur de cabinet expérimenté — il est au gouvernement depuis décembre 2016, sous Samy Badibanga, Bruno Tshibala, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, Jean-Michel Sama Lukonde 1 et 2, jusqu’à Judith Suminwa 1 et 2 — a refusé les services du directeur de cabinet trouvé au Portefeuille et l’a écarté. Celui-ci est parti, visiblement frustré et rancunier.
La nouvelle ministre du Portefeuille l’a rappelé en février 2026 et, deux mois plus tard, le dossier PHC refait surface. Il serait de connivence avec l’ancien “figurant” actionnaire de Feronia, mais chacun poursuit son propre objectif. Si l’un cherche à régler ses comptes avec le ministre Bussa qu’il présente comme le vendeur des parts de l’État dans PHC, l’autre vise l’affaiblissement total de l’entreprise, pour décourager son ancien partenaire Kuramo Capital afin qu’il parte, puis engager les démarches de vente de PHC à un puissant homme d’affaires indien dont le média en ligne tait le nom.
3. D’un député national
Celui-ci a adressé une question orale avec débat au ministre d’État en charge de la Justice, lui demandant de s’expliquer sur le désengagement de l’État congolais de l’actionnariat de PHC S.A.
Visiblement contacté par les deux premiers, le député est entré dans la danse. Mais, au départ, son objectif différait du leur. Il y voyait une occasion de se constituer un matelas financier. Selon des informations crédibles parvenues à Scoop RDC, le député aurait réclamé 500 000 USD aux responsables de PHC pour “porter ce dossier et éteindre le feu”.
Face au refus de ces derniers, qui estiment à juste titre que le désengagement de l’État s’est déroulé en toute transparence et légalité, et refusant d’accéder à une demande assimilable à de la corruption, le député, dérouté, a changé de démarche.
Voilà comment trois personnes, engagées dans le même combat mais poursuivant chacune son intérêt personnel, cherchent malheureusement et inutilement à déstabiliser une société prospère qui contribue efficacement à l’essor économique de la RDC, loin des querelles politiques de certains.
C’est ce qui a amené les responsables de PHC, lors de la conférence de presse du lundi 1er juin, à déclarer que cette campagne est susceptible non seulement de nuire à l’amélioration du climat des affaires promue par le président de la République et le gouvernement, mais aussi de compromettre la paix sociale qui prévaut depuis plusieurs décennies entre l’entreprise, ses travailleurs et les communautés rurales qui bénéficient des retombées économiques et sociales de ses investissements.
Et ce n’est pas sans raison : selon sa direction générale, PHC paie chaque année des impôts et taxes évalués en millions USD. Elle emploie plus de 11 000 salariés sous contrat direct, dont plus de 90 % vivent dans les zones rurales des provinces de la Mongala, de la Tshopo et de l’Équateur. À ces bénéficiaires directs s’ajoutent les sous-traitants.
Dès lors, faire s’écrouler une telle société pour de petits intérêts personnels et égoïstes n’est pas seulement malveillant, c’est destructeur. Au président de la République, à l’Assemblée nationale et au gouvernement de ne pas céder aux chants de sirène : la vie de nombreux Congolais en dépend.



