Par Félix Ilunga.
L’affaire du diamant découvert à Tshiaba, au Kasaï Oriental, illustre la complexité des dossiers miniers où se croisent autorité politique, vulnérabilité sociale et quête de justice. Face aux accusations d’extorsion visant le gouverneur Jean-Paul Mbwebwa (lire l’article de Scoop RDC : Saisie irrégulière de diamants au Kasaï Oriental : Une plainte contre le gouverneur Mbwebwa devant la Cour de cassation), le Gouvernement provincial a opté pour une réponse institutionnelle ferme, affirmant l’absence totale d’implication de l’autorité provinciale et le classement du dossier sans suite.
À travers une mise au point détaillée faite vendredi 06 février, l’exécutif provincial s’appuie sur des réunions de sécurité, des enquêtes administratives et des auditions parlementaires pour soutenir sa version des faits. Pour les autorités, ces éléments suffisent à dissiper les soupçons et à préserver la stabilité sociale dans une province où la question minière reste hautement sensible.
Mais derrière les communiqués et les procédures, subsiste une dimension humaine difficile à ignorer. Evo Bukasa, creuseur artisanal et acteur central de cette affaire, maintient sa plainte et affirme avoir été contraint de se rétracter publiquement. Sa parole, celle d’un homme issu du secteur informel et souvent marginalisé, entre en collision avec celle d’institutions puissantes et structurées. Ce déséquilibre alimente le doute au sein de l’opinion, bien au-delà des conclusions administratives.
L’enjeu dépasse ainsi la personne du gouverneur ou la véracité d’une vidéo contestée. Il interroge la capacité des mécanismes existants à garantir une justice perçue comme indépendante, surtout lorsque les faits concernent des ressources naturelles à forte valeur économique et symbolique. Dans ce contexte, le recours prioritaire aux instances sécuritaires, plutôt qu’à une procédure judiciaire pleinement contradictoire, laisse une partie de la population sur sa faim.
Au fond, le dossier du diamant au Kasaï Oriental révèle une fracture de confiance ; confiance entre citoyens et institutions, entre acteurs locaux et autorités provinciales, entre vérité administrative et vérité judiciaire. Tant que cette fracture ne sera pas résorbée par une décision de justice claire, transparente et acceptée, l’affaire continuera de peser sur le climat social et politique de la province.


