La lettre attribuée au Guillaume Ngefa, ministre d’État, ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, enjoignant le procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir publique contre deux membres du cabinet du ministre des Finances qui bloqueraient le paiement des honoraires des avocats de la République, continue de susciter une vive controverse.
Qu’elle soit authentique ou qu’elle relève d’une instrumentalisation, sa diffusion et son exploitation médiatique posent de sérieuses questions sur la méthode, le timing et surtout sur l’intention réelle qui sous-tend cette démarche.
En l’état, aucun élément irréfutable ne permet d’établir l’implication du ministre des Finances, Doudou Fwamba, dans les faits allégués contre ses deux membres du cabinet. Pourtant, le traitement médiatique du dossier a très vite opéré un glissement dangereux : des soupçons non établis ont été présentés comme des faits, exposant un membre du Gouvernement sans qu’une procédure contradictoire ni une concertation préalable n’aient été engagées.
Les incohérences du dossier interrogent. Le nom de Trésor Kiala, présenté comme chargé d’études au ministère des Finances, ne correspond à aucune personne identifiée dans l’organigramme officiel. Cette inexistence factuelle soulève l’hypothèse d’une usurpation d’identité ou d’un montage grossier. Aussi, ceux qui ont la maitrise du fonctionnement des ministères, des Finances soit-il, savent qu’un chargé d’études n’a aucune prérogative sur des grands dossiers, comme celui-ci, qui ne sont traités que par le directeur de cabinet ou encore le conseiller financier.
Par ailleurs, le Conseiller Yannick Isasi, cité dans cette affaire, n’a, selon les informations disponibles, jamais été impliqué ni approché dans le cadre de pratiques répréhensibles. Aucun contact direct ou indirect avec les avocats de la République ne lui est imputable.
Une autre question demeure centrale et demeure sans réponse : pourquoi le ministre d’État, ministre de la Justice, n’a-t-il pas privilégié une approche directe et institutionnelle auprès de son collègue, le ministre des Finances, avant toute initiative écrite exposant publiquement ce dernier ? Cette démarche tranche avec l’esprit de collaboration et de solidarité entre membres du Gouvernement, tel que consacré notamment par l’Ordonnance présidentielle n°25/293 du 15 décembre 2025 fixant les attributions des ministres, qui privilégie la concertation interne sur les dossiers sensibles.
Le contexte rend cette méthode encore plus troublante. Depuis son arrivée aux Finances, Doudou Fwamba a mis fin à des pratiques longtemps décriées : commissions occultes, rétrocommissions liées aux DTO, projets coûteux et inutiles pour le Trésor public. En verrouillant ces circuits, il a contrarié des intérêts puissants, installés depuis des années. Cette rupture dérange. Elle explique, pour nombre d’observateurs, l’acharnement dont il fait aujourd’hui l’objet.
Un autre élément alimente le soupçon d’une pression indirecte : les OPI obtenus l’année précédente arrivent à échéance le 31 janvier 2026, conformément à la loi des finances en vigueur. Certains avocats de la République, conscients de cette échéance, auraient-ils exercé une pression sur le ministre de la Justice pour créer un climat de contrainte médiatique et institutionnelle à l’encontre du ministre des Finances ? La question mérite d’être posée, tant le calendrier interroge.
Enfin, la fuite de ce document – qu’il soit authentique ou non – constitue en elle-même un problème majeur. Elle révèle la fragilité du circuit administratif et ouvre un boulevard aux détracteurs du régime, internes comme externes. Dans un contexte sécuritaire tendu, cette exposition publique affaiblit l’action collective du Gouvernement et donne le sentiment d’un sabotage politique plus que d’une quête sincère de vérité judiciaire.
Dès lors, une interrogation s’impose : le problème est-il réellement une affaire de corruption, ou assiste-t-on à une tentative de règlement de comptes politique contre un ministre qui a fermé le robinet de la mafia financière ? À mesure que les incohérences s’accumulent, l’hypothèse d’une manipulation gagne du terrain. Et dans l’opinion, une phrase revient avec insistance, sans équivoque, sans détour : « Doudou Fwamba fongola jeu ». Affaire à suivre.


