Gilbert Muhika/Analyste indépendant
Parler de la République démocratique du Congo sans évoquer la guerre serait une falsification. Mais parler de la guerre sans analyser l’État, l’économie et la société serait une paresse intellectuelle.
Fin 2025, la RDC se trouve à un moment charnière : celui d’un pays qui sort partiellement du fracas diplomatique des armes, sans être encore entré dans la paix vécue par ses citoyens.
Après près de trente ans de conflits récurrents, de violences armées et d’ingérences régionales, les Accords de Washington ont marqué un tournant. Ils ont abaissé le niveau de confrontation directe entre États, réintroduit la diplomatie comme outil central de gestion de crise, et redonné au Congo une écoute stratégique sur la scène internationale.
Mais il serait dangereux de confondre cessation des bruits des bottes entre capitales et fin des violences sur le terrain.
Dans l’Est du pays, la réalité demeure brutale. Les armes circulent, les groupes armés se recomposent, les civils continuent de payer le prix fort. L’histoire congolaise nous a appris une chose : les accords signés loin des villages n’ont d’impact que s’ils modifient concrètement la vie quotidienne. La paix n’est pas un communiqué, c’est un marché qui rouvre, une route sécurisée, une école qui fonctionne sans interruption.
Fin 2025, la RDC vit donc dans un entre-deux : ni guerre totale, ni paix effective. Cet entre-deux est politiquement fragile et socialement épuisant.
Sur le plan macroéconomique, les chiffres rassurent. La croissance est là, portée par les minerais stratégiques, les investissements extractifs et une relative stabilité monétaire. Les partenaires internationaux parlent de résilience. Pourtant, cette croissance est largement désincarnée.
Pour une majorité de Congolais, la vie reste chère, l’emploi rare, les services publics insuffisants. La guerre agit comme une taxe invisible : elle renchérit le transport, fragilise les chaînes d’approvisionnement, nourrit les tracasseries administratives et détourne les ressources publiques vers l’urgence sécuritaire.
Une économie de guerre peut croître, mais elle ne développe pas
Politiquement, l’État congolais gouverne sous pression. Pression sécuritaire, pression sociale, pression diplomatique. Chaque avancée institutionnelle est susceptible d’être remise en cause par une résurgence de violence. Cette situation favorise une gouvernance de réaction plutôt que de projection.
Or, un pays-continent comme la RDC ne peut se contenter d’une gestion à court terme. La stabilisation ne viendra pas uniquement de la force militaire ou des accords internationaux, mais d’une vision nationale capable de survivre aux crises.
2026 : L’année de vérité
L’année 2026 sera décisive. Trois trajectoires sont possibles.
La première, la plus souhaitable, est celle d’une accalmie utile : une baisse réelle des violences, une sécurisation progressive des zones économiques, un retour de l’État là où il était absent. Cette trajectoire suppose des mécanismes crédibles de désarmement, de réintégration et de justice, sans naïveté ni improvisation.
La deuxième, la plus probable, est celle du ni guerre ni paix : une diplomatie active, mais des poches de violences persistantes. C’est le scénario de la frustration sociale, où l’on annonce la paix pendant que les populations continuent à la subir partiellement.
La troisième, la plus dangereuse, est celle de la rechute : une remise en cause des accords, des incidents régionaux, une escalade progressive qui ferait de 2026 une année perdue.
Ce que les Congolais attendent vraiment
Les Congolais n’attendent pas des discours, mais des signaux tangibles. En 2026, la paix devra se voir. Elle devra se mesurer à la baisse des tracasseries sur les routes, à la reprise des activités agricoles, à l’accès effectif à l’école et aux soins, à la création d’emplois dans les zones stabilisées.
La légitimité de l’État ne se gagnera pas uniquement dans les chancelleries, mais dans la capacité à transformer une accalmie diplomatique en sécurité humaine.
Pour ma part, très humblement, j’estime qu’en cette fin 2025, la RDC n’est plus exactement en guerre, mais elle n’est pas encore en paix. Elle est à un carrefour historique. L’année 2026 dira si les Accords de Washington auront été un simple répit diplomatique ou le point de départ d’une reconstruction durable.
La paix n’est pas un événement. C’est un processus. Et pour le Congo, ce processus doit enfin descendre du ciel des accords pour toucher la terre des citoyens.


